Revue Littéraire : Le Corps de Stephen King

Bonjour à toi, lecteur d’Automne,

Cher lecteur, chère lectrice, nous continuons notre voyage au cœur de cet automne brumeux et pluvieux. À l’heure où j’écris ces lignes un crachin venteux piquette ma maison, ponctué de-ci de-là de rafales qui s’écrasent en mitraille sur mes fenêtres. Les nuages gris roulent sous l’impulsion violente du vent, alors que la lumière peine à filtrer. Sur ma table de fortune – votre serviteur travaille dans des conditions proches de l’esclavage pour vous amener le meilleur de ses lectures – un café chaud accompagne ma prose qu’une lampe de bureau doit éclairer, alors que nous sommes encore en journée, afin de ne pas fatiguer mes yeux déjà trop usés. La luminosité est plus faible ces jours-ci, la température aussi, c’est le temps idéal, vraiment, pour aller faire une balade en compagnie du Maitre. L’année dernière, Tomabooks a lancé l’automne du King sous le hashtag #automneduking, et ayant beaucoup apprécié le concept, j’ai remis ça cette année. Il s’agit de ma troisième lecture du King pour ce challenge après Élévation et L’Outsider. Je vais vous parler de la nouvelle la plus autobiographique écrite par Stephen King : Le Corps.

Quatrième de couverture :

J’allais sur mes treize ans quand j’ai vu un mort pour la première fois. Parfois, il me semble que ce n’est pas si lointain. Surtout les nuits où je me réveille de ce rêve où la grêle tombe dans ses yeux ouverts.
Été 1962, quatre adolescents un peu fous s’élancent le long de la voie ferrée, à la recherche d’aventure, de frisson… de danger ?

Mon avis :

Les choses les plus importantes sont les plus difficiles à dire, des choses dont on finit par avoir honte parce que les mots ne leurs rendent pas justice – les mots rapetissent des pensées qui semblaient sans limites, et elles ne sont qu’à hauteur d’homme quand on finit par les exprimer.

Stephen King

J’ai lu cette nouvelle il y a plus de 25 ans alors qu’elle faisait partie intégrante du recueil Différentes Saisons. À l’époque – et mon dieu que j’étais jeune ! – ce n’était pas la nouvelle qui m’avait le plus marqué alors que le livre en comptait 3 autres. Je dirais même pour être honnête que je ne m’en rappelais pas du tout. Cette relecture aura eu du bon, donc. Il est rare que je ne me rappelle pas d’une lecture, quand bien même elle date. Il faut croire que le temps finit par craqueler notre mémoire. Enfin, pas celle de King. Cette nouvelle le prouve.

On va tout de suite régler un point tout à fait personnel sur cette édition. Il ne s’agit en aucun cas d’un roman. C’est une nouvelle. Longue, certes. Mais une nouvelle. L’éditer seule ? je ne suis pas convaincu de l’intérêt pour le lecteur, la couverture ne justifie même pas l’achat. Où sont passées les belles illustrations des éditions de ma jeunesse ? Ces couvertures qui vous dévoilaient un monde, vous donnaient envie de vous y plonger ? Mon premier achat, Simetierre en version poche – oui, quand tu es lycéen tu lis du poche parce que c’est moins cher et ça prend moins de place – était entièrement motivé par la couverture avec ce cimetière fait de croix de bois au milieu d’une clairière et en arrière plan, un bosquet surplombé par deux yeux faits de jeux d’ombres, transperçant une lumière spectrale, qui vous observait. La motivation de cette présente édition me semble ici purement commerciale et non artistique, à mon grand regret, et je ne juge pas opportun d’éditer une nouvelle à la façon d’un roman dans ces conditions. Ceci étant dit, d’une manière générale, les couvertures du King, bien qu’il n’en soit pas responsable, me déçoivent d’année en année. J’aime les illustrations. J’aime les illustrateurs. Remarquez, on peut faire de belle couv’ en photo aussi, c’est un art également, mais les rééditions de ces dernières années en poche me laisse complètement sur ma faim, à croire qu’on ne veut plus engager d’illustrateurs, encore une fois pour des raisons économiques. Tristesse. Quand je vois les gens s’emballer sur la réédition du Fléau avec sa couverture tout en vert… mouais… moi aussi je sais dessiner un corbeau sur une couv’ bichromatique. Je préfère mon édition, donc pas de rachats pour moi. Désolé.

Mais bref ! Trêve de digressions sur ce sujet. Passons au cœur du livre. King nous livre une de ses plus belles préfaces. Une des plus intimes aussi. Pourquoi ? Pour nous prévenir. Cette nouvelle n’est pas une simple histoire, elle est autobiographique. Oh, bien sûr, pour ceux qui connaissent bien sa vie, son oeuvre, on sent où commence la vérité et où la fiction prend la relève pendant le récit, mais il a toujours mis une grande part de lui dans ses écrits, c’est connu.

Plus jamais je n’ai eu d’amis comme à douze ans, et vous?

Stephen King

Au travers d’un narrateur qui se nomme Gordy Lachance et qui ressemble étrangement à notre écrivain favori, nous allons vivre – ou revivre par procuration – une tranche de vie adolescente, en partageant l’expédition incroyable de quatre jeunes de 12 ans à la recherche du corps d’un garçon qui a disparu et qui semble se trouver au bord d’une voie ferrée. Le but du voyage ici n’est pas le plus important et je l’ai même oublié par moment lors de ma lecture. Non, le vrai but du récit est ailleurs. Cette randonnée morbide n’est qu’un prétexte pour King pour nous remémorer ce que c’était d’être une bande de copains à douze ans. J’ai bien dit copain, je pense que cette histoire entrera plus en résonance auprès d’un public masculin « d’âge mûr » on va dire, car il faut être un garçon qui a un peu vécu et laisser son adolescence loin dans le rétroviseur pour comprendre certaines situations. J’ai lu beaucoup de commentaires disant que les termes homophobes qui émaillent le récit dans la bouche des quatre ados, dérangeaient. Et bien désolé, je n’ai pas l’âge du King et de loin, mais ces tendances existaient encore de mon temps, et il faut avoir été un garçon pour le comprendre. Si je devais expliquer ces pratiques, je dirais que c’est une question d’affirmation, comme montrer qu’on est un mâle alpha parmi d’autres, afin de ne pas se faire dévorer par la meute, un truc de virilité alors qu’on y est pas encore.

C’est un croisement terrible que le Maître nous amène là. L’enfance et la mort.

Le récit est bien construit malgré quelques longueurs inutiles, il s’articule comme un parcours initiatique où chaque étape est déterminante et permet à chaque garçon de réaffirmer qu’il sera bientôt un homme – avec ce que ça implique – à grands coups de bravaches verbales et de tours de force. C’est surtout pour chacun, une manière de tromper leur angoisse commune à tous, de la maintenir terrée tout au fond sous cloche, avec interdiction de remonter. Parce que quand on a douze ans, on ne sait pas ce qu’est la mort. La mort c’est un truc d’adulte. On ne l’imagine même pas. Et ça, c’est terrifiant. C’est un croisement terrible que le Maître nous amène là. L’enfance et la mort. Tout du long, jamais il ne dira qu’ils ont vraiment peur, jamais il ne dira combien ils ne veulent pas lâcher par fierté, parce que « les hommes » fonctionnent – bêtement aurais-je envie de dire – comme ça. Mais il illustrera ça de manière magnifique par leurs comportements, leurs mots. King a un don pour parler de l’enfance. Il se rappelle très bien de ses codes, et il a cerné de manière très précise toute la psychologie qui en découle. Ce voyage symbolise le rite de passage vers l’âge adulte. N’oubliez jamais : nous sommes tous le produit de notre enfance et nous faisons nos premiers choix dans notre vie d’adulte en conséquence. Cette nouvelle aborde ce fait, d’une certaine manière.

Conclusion :

En remontant le rail vers Le Corps, King remonte le temps et nous rappelle combien nous étions impressionnables et en même temps si insouciants étant jeunes. Alors que pour certains l’avenir semble déjà se dévoiler sous des funestes auspices et qu’ils en ont vaguement conscience, on continue à croire aux légendes urbaines, comme celle du chien du gardien de la décharge, ou aux histoires qui font peur, celles qu’on se raconte au coin du feu dans la nuit étoilée. On est persuadé que nos bobards sauront tromper nos parents, et qu’ils ne comprennent rien, sans nous douter qu’ils ont eu notre âge un jour et qu’ils s’en souviennent, aussi … oui… oh, oui.

Le King nous parle d’une époque plus lente, plus douce et plus violente aussi, dont ma génération a connu les derniers soubresauts avant de sombrer dans l’ère du numérique et du dématérialisé, dans l’air de la violence sociale en réseau. C’est une lecture triste et nostalgique. Oui. Bon nombre de lecteurs ont semblé déçus, persuadés de trembler de peur en lisant cette histoire. Malheureusement pour eux, point d’horreur mêlée de fantastique ici. Et c’est probablement la force de ce récit : la réalité est parfois bien plus horrible. King par son talent narratif arrive une fois de plus à traiter de thèmes profonds en quelques pages et à nous montrer que le plus terrifiant réside dans ce quotidien voilé derrière chaque fenêtre. Il ouvre, comme souvent, une porte sur l’innocence perdue avec notre enfance, et cela restera le thème majeur de son oeuvre, selon moi. Sa capacité à se remémorer nos codes, nos comportements, nos croyances, lors de cette époque d’insouciance bénie est sans aucun doute unique. Un récit sur l’enfance donc, et ses drames invisibles, ses horreurs muettes. Un petit bijou en quelque sorte, malgré quelques pages qui auraient pu être coupées sans pour autant gâcher le récit. Mais on lui en voudra pas, on adore l’écouter raconter !

La Note : 7,5/10

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Edition présentée : Albin Michel. Paru le : 2/10/2019 ISBN :2226445366 Traduction : Pierre Alien

Revue littéraire : L’Outsider de Stephen King

Bonjour, ami du noir..

L’automne est là… Les feuilles commencent à tomber autour de chez moi sous l’impulsion des vents froids du Nord et de l’Est qui balayent la lande granitique dont la verdure se gorgeant de l’eau qui tombe en trombe, semble pulsée d’une aura radioactive. C’est bientôt Halloween et son cortège de fantômes, d’esprits maléfiques, c’est la saison de la peur, de l’horreur, la saison où tout semble pouvoir devenir réel. C’est l’automne du King… alors plutôt que de créer une Illusion en reprenant les codes littéraires et visuels du Maitre de Bangor afin de vous servir un plat réchauffé – dédicace en douceur aux sorties prévues cet automne – nous allons tout simplement éviter l’imitation et parler à la place de son avant dernier livre : L’Outsider. Il y a peu je vous ai présenté Élévation, un petit roman qui tient plus de la nouvelle, et j’expliquais à quel point Stephen King maîtrisait toutes les formes d’écriture, tous les formats. L’Outsider est un roman, avec tout ce que cela implique chez King. Il a des pages, beaucoup de pages, mais il sait nous entraîner avec lui pour un petit tour dont il a le secret et on ne voit pas le temps passer, il nous emmène, là-bas, au coin de la rue… dans le noir.

Quatrième de couverture :

Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.

Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.

Et si c’était vrai ?

Mon avis :

L’année dernière, lors du précédent automne lancé par Tomabooks, j’avais lu Docteur Sleep, la suite de Shining, que j’avais énormément apprécié. Je trouvais que le King avait réussi à renouer avec sa narration fluide, bien à lui, tout en proposant du fantastique et de l’horreur de qualité comme lui seul sait le faire, avec cette capacité à fouiller les travers humains et leurs psychologies complexes. Ici, il a choisi pour cadre une petite ville typique américaine de l’Oklahoma. Depuis quelques années, ses histoires se situent de moins en moins dans le Maine. Duma Key, La trilogie Mercedes, Dôme, Stephen King voyage et nous en fait profiter par la même occasion, même s’il y a bien une chose qui ne change pas, c’est le moyen de transport. Avec naturel, il va nous lancer dans l’histoire, quasiment en plein dans l’action, sans avertissement. Il a toujours eu cette capacité à vous agripper et ne plus vous lâcher, mais dans ce début de livre c’est encore plus flagrant.

Ce livre démarre comme une enquête policière – au passage, il écrit beaucoup sur ce thème, le policier je veux dire, depuis quelques années – la particularité de cette affaire réside dans le meurtrier présumé, un homme respectable sous tout rapport. King va nous démontrer à quelle point la bienveillance et la présomption d’innocence s’envole très vite, y compris chez les enquêteurs, lorsqu’une petite communauté où tout le monde se connait, est touchée de plein fouet par le meurtre violent et horrible d’un enfant. Seulement voilà, Terry Maitland, le coupable présumé, proclame son innocence alors que les preuves sont accablantes. Toute la première partie du livre s’attache à creuser non seulement les différents éléments de l’enquête – scientifiques, emploi du temps etc – et ses incohérences, mais également les réactions et pensées de chacun des protagonistes qui ont des parcours bien différents suivant les liens affectifs, face à l’horreur qui frappe.

Et c’est là que ça devient du King pur et dur et qu’on peut constater que son talent reste intact. Cette sensation de descente, de voyage au fond de l’irréel, l’improbable, le paradoxal. Il faut noter au passage que dans cette seconde partie plus fantastique, certains personnages de ses livres précédents, mais néanmoins récents, entrent en jeu. Si vous n’avez pas lu les livres concernés, ce n’est pas pour autant pénalisant dans la compréhension globale. Au pire une autre histoire vous sera légèrement dévoilée. Les éléments de l’intrigue s’enchaînent, se recoupent, pour petit à petit nous amener à cette sensation de dédoublement. Nous sommes dans le livre et sur notre canapé… entre deux mondes. Le rythme, assez soutenu tout le long du livre, s’accélèrent vers un dénouement qui pour une fois fera probablement mentir les détracteurs du Roi que beaucoup accusent de ne pas savoir « finir » ses romans. Je ne partage pas ce point de vue – sauf peut-être pour une seule histoire rharrgg !! – et si vous lisez un jour Écriture : mémoire d’un métier, vous comprendrez son processus créatif et sa façon de travailler qui explique en partie le type de fin qu’il nous propose depuis plus de 40 ans ! Pour ma part, les fins des ses derniers romans m’ont plutôt bien accroché, et celle-ci particulièrement.

Conclusion :

Une très bonne cuvée du King, un pur moment de lecture, plein de frissons extatiques, encore plus que Docteur Sleep selon moi que j’avais pourtant adoré ! Malgré ses presque 800 pages, je l’ai dévoré en à peine 4 jours, c’est dire à quel point le rythme, la narration sont maîtrisés et l’histoire palpitante. Alors si vous croisez un type que vous connaissez, regardez-y à deux fois. Il pourrait s’agir d’un Outsider….

Notes : 10/10

Pour info comme le bandeau de mon édition livre de poche l’indique, une série diffusée par OCS est disponible. J’ai juste visionné le premier épisode, et bien que le casting me semblait attrayant, je n’ai pas été emballé par le rythme. Il faudra que je réessaye dans de meilleur condition peut-être. Parfois la persévérance a du bon.

Comme toujours, merci d’être passé ici. On se retrouve très vite avec une prochaine revue. En attendant prenez-soin de vous, gestes barrières et tout !
Bonsai !

Edition présentée : Livre de poche. Paru le : 19/02/2020 ISBN :2253260622 Traduction : Jean Esch

Vous pouvez aussi retrouver les avis de : Symphonie, Tomabooks, Hildr

Revue Littéraire : Élévation de Stephen King

Bonjour !

Ce n’était pas prévu que je lise ce roman (qui tient plus de la nouvelle en fait) maintenant, ni que j’en fasse une revue, mais les hasards de la vie font parfois drôlement les choses et nous amènent à des découvertes inattendues. Alors que je suis dans les starting-blocks pour la sortie, le 2 octobre, de Les Osseleurs, le 6e tome du livre des Martyrs édité par Leha, je cherchais une lecture rapide. Je ne suis pas un aficionados des petits livres comme vous l’aurez peut-être remarqué, je ne sais pas pourquoi au fond, peut-être une question de plaisir, plus c’est gros plus la relation va durer, plus elle sera profonde, ce genre de chose. En tout cas, c’est un auteur en particulier qui m’a donné ce goût avec bien d’autres choses aussi et je me rappelle même de quand c’était. Je veux parler de Stephen King bien sûr, celui avec qui j’ai démarré ce blog et avec qui je le terminerai peut-être un jour. Je n’ai jamais développé plus que ça, ici, mon amour du King, ni ma connaissance de son oeuvre. Je ne sais pas si c’est le lieu ou l’endroit pour le faire mais après tout c’est ma taverne, alors laissez moi vous en parler un peu, histoire de donner un peu de contexte de lecture à cette revue.

Il fut mon premier grand amour. Je sortais d’une relation assez longue et scientifique, pleine de candeur et d’émerveillement, avec Jules Verne quand Steve sans crier gare m’attrapa par le revers de ma veste en jean au détour d’un tabac-journaux, alors que j’avais 16 ans, et m’emmena faire un tour avec lui. À bord de sa Plymouth Fury 1958, il m’emmena dans un cimetière, et là, tous ses personnages prirent vie, remplissant la mienne. Je dévorai en deux jours donc, mon tout premier King, Simetierre, dont la couverture m’avait happé. Je lisais partout : en cours, le livre caché sous la table à l’insu de mes profs, au self du lycée en mangeant, planqué dans les douches, plus tard le soir, pour avoir de la lumière alors que le dortoir scolaire était plongé dans le noir et que les murmures et les ronflements de cinquante de mes camarades peuplaient le silence nocturne. Je lisais dans le car qui me ramenait de ma semaine de classe, je lisais entre les morceaux de mes répétitions de musique le weekend, je lisais à table chez mes parents au grand dam de ma mère, je lisais aux toilettes. Si vous aviez demandé à mes camarades de l’époque où me trouver, ils vous auraient dit : « Assis sur les marches du bahut, il est avec son blouson jean, tu peux pas le louper avec ses patchs, ses badges et pin’s de Metallica, Iron Maiden, AC/DC, la tête enfouie sous ses grand tifs noirs dans un livre du King. Il aura ses écouteurs grésillant de metal sur les oreilles, un clope au bec et un café du distributeur à portée de main, tu t’inquiètes pas il tape des pieds aussi en rythme». Le Fléau, Christine, Ça, Shining, Le pistolero, Danse Macabre, tout y passait. Et sa prose comblait un vide essentiel en moi, il apportait des réponses à mes questions sur la nature humaine. Il me montra qu’il y aurait toujours des Henry Bowers ou des Greg Stillson, que notre nature profonde relevait souvent de notre enfance et de ce que nous y avons vécu. Que le mal est en chacun de nous. Il m’aida à mieux comprendre le monde qui m’entourait et à l’accepter tel quel. Car la teneur essentielle de son message, surtout, c’est que je ne pouvais rien y changer, tout juste à mon niveau essayer de vivre et de trouver une place qui me convienne. En trois ans, j’ai lu quasiment tout ce que le King avait écrit jusque là, y comprit les titres sous le pseudo de Richard Bachman et qui étaient dans un sens encore plus terrifiants et grinçants. Et puis au fur et à mesure j’ai commencé à suivre les sorties de ses livres, attendant avec plus d’impatience les tomes concernant La Tour Sombre. Nous nous quittâmes un été 2006 après la lecture du dernier tome. Je n’étais pas radieux de cette fin. Puis nous renouâmes en 2012 avec son chef d’oeuvre : 22/11/63. Depuis, je tente de rattraper le temps perdu et de lire les livres que j’ai en retard. Je me rends compte à quel point il m’a manqué, à quel point nous avons changé lui et moi, mais à quel point nous nous comprenons encore. Ces dernières années ont été en un sens productives, notamment grâce au challenge de l’Automne du King lancé à l’initiative de Tomabooks l’année dernière et qui revient cette année, pour un deuxième round. J’ai presque recollé au peloton, au point d’avoir même déjà lu L’Outsider. Il me reste encore quelques romans de la période post accident à lire, mais je commence à en voir le bout.

J’avais donc ce « petit » King dans ma bibliothèque qui traînait. Parfait pour une lecture rapide entre deux pavés comme je les aime. Parfait pour un tête à tête entre moi et le Roi.

Quatrième de couverture :

À Castle Rock, Scott Carey est affecté par un mal étrange. Il perd rapidement du poids tout en conservant extérieurement la même masse corporelle. Avec l’aide du docteur Bob Ellis, il tente de comprendre cet inquiétant phénomène. Parallèlement à cela, Carey a un litige avec ses voisines concernant le chien de celles-ci. Si l’une de ces voisines, Missy, est très amicale, l’autre, Deirdre, est glaciale. Toutes deux essaient de lancer un restaurant mais le fait qu’elles soient ouvertement mariées provoque l’hostilité d’une bonne partie des habitants de la ville. Apprenant leur problème et confronté au sien, Carey décide de les aider à vaincre les préjugés de la population locale.

Mon avis :

Stephen King, maîtrise aussi bien l’art du méga roman que celui de la nouvelle, ou de la petite histoire. Il vous sert ça généralement comme une petite sucrerie à déguster en douce, entre deux. Élévation n’échappe pas à la règle. La prose glisse, et nous entrons rapidement dans le vif de l’histoire, car le maitre sait qu’il n’y a pas besoin d’emphase à rallonge, que nous le connaissons depuis si longtemps, qu’il sait qu’on acceptera sans mal le côté fantastique aussi tôt dans le récit, comme un deal tacite. Allez, viens, c’est ce que tu veux de toute façon, c’est pour ça qu’on est là, alors pourquoi faire des manières, passer par des préliminaires ?

Le passé est de l’histoire le futur est un mystère

Stephen King

Il s’agit essentiellement d’un roman feel good à mon sens. Il célèbre la vie, mais celle qui se nourrit du partage, de l’entraide, de l’acceptation des différences. En vieillissant, je trouve que le King aborde les sujets sous un autre angle. S’il y a 30 ans, il aurait profiter de cette idée pour faire une exploration des délires psychotiques de certains habitants de Castle Rock à l’encontre de deux femmes lesbiennes et déchaîner les enfers, aujourd’hui il en profite pour tourner en ridicule ses anciennes muses et donner la belle part à un vrai gentil. Un vrai de vrai. Notre héros va s’élever spirituellement dans une métaphore induite par sa perte de poids, et découvrir après des années de déprime qu’il aime la vie, et qu’il veut faire quelque chose de bien avant de … Et bien.. il ne sait pas, même si nous, on a une petite idée assez rapidement. Nous sommes peu surpris par l’évolution de l’histoire, mais Steve sait quand même nous mettre en haleine avec sa verve habituelle et son sens inné de la narration. Il va surtout profiter du prétexte fantastique de son histoire pour aborder d’une manière tellement simple et naturelle, un peu comme ce tweet à l’adresse de JK Rowling, un thème polémique au sein de certaines communautés : l’homosexualité. Avec douceur et force, il transcende toutes formes d’objections et renvoie les réfractaires dans leur caverne, suggérant par là-même que si les médias relayaient certaines infos sous un meilleur angle, c’est à dire de façon naturelle et sans accentuer la différence dans la mise en scène, les gens de tout bord vivraient mieux. Un instant j’ai failli écrire, les minorités à la place de gens de tout bord, mais là encore, je me rends compte que c’est un élément de langage visant finalement à accentuer une différence, et le message de ce livre c’est clairement : quelle différence ? Vous et moi au bout du voyage finiront tous au même endroit, ce qui compte vraiment c’est ce que nous auront fait entre-temps.

Si c’est ce qu’on ressent quand on meurt, on devrait se réjouir de partir.

Stephen King

Conclusion :

Élévation est une bonne petite histoire, genre conte de noël, à savourer avec un bon café et un plaid, au chaud, alors que la tempête Alex ravage l’extérieur. Il y célèbre la vie, avec son bouquet final. Il y parle d’acceptation, d’amour de son prochain, le tout sous Fantastique 4000 le remède prescrit par votre pharmacien préféré qui réside à Bangor Maine USA, et qui permet de perdre du poids sans maigrir.

La note : 8/10


Ce livre a été lu dans le cadre du challenge de L’automne du King lancé par Tomabooks. #automneduking sur les réseaux sociaux.

À bientôt pour de nouvelles revues, d’ici là portez vous bien et lisez trop !

Bonsai !

Edition présenté : Livre de Poche paru le 03/04/2019 Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel. ISBN 2253820075

l’Automne du King : mon tout premier challenge!

Un article un peu différent pour une fois, car je vais passer en revue non pas un mais quatre romans! J’ai découvert tout à fait par hasard l’existence du challenge #automneduking sur Instagram. Comme je venais de finir de lire Le signal de Maxime Chattam, je me trouvais imprégné de l’humeur nécessaire à ce genre de lecture. De plus il y avait encore pas mal de livres du maitre que je n’avais pas lu et qui dormaient dans ma PAL. Je me suis donc fait une petite sélection de 4 livres à lire entre le 20 septembre et le 20 octobre : Roadmaster, Doctor Sleep, Mr Mercedes et Carnets Noirs. Pourquoi ne pas aller jusqu’au 20 décembre comme le suggère le challenge? Parce que Steven Erikson m’attendait avec la suite de son Livre des Martyrs dont le tome 4 sortait le 18 octobre et il y avait encore d’autres livres que je m’étais promis de lire avant la fin de l’année. Voici donc mes retours dans leur ordres de lectures pour ce petit challenge, mon tout premier.

Mr Mercedes

En 2009, dans le Midwest, alors que des centaines de chômeurs font la queue à l’entrée d’un salon consacré à la recherche d’emploi, une Mercedes fonce à toute allure dans la foule et fuit après avoir tué huit personnes. Un an plus tard, Bill Hodges, policier à la retraite, reçoit une lettre du conducteur, toujours en liberté, l’entraînant dans un vaste jeu du chat et de la souris.

Depuis longtemps j’étais attiré par cette trilogie dont tout le monde parle. J’ai donc entamé avec un certain plaisir ce King que je n’avais jamais lu. L’histoire se situe pendant la crise des subprimes en 2009, une crise financière qui a générée de grave problème d’emploi et d’économie aux USA, une crise que nous avons ressenti aussi en Europe mais avec une force moindre. Ici encore une fois, Stephen King nous dépeint l’Amérique profonde avec justesse et empathie. Si l’intrigue est plutôt agréable à suivre, je n’ai pas senti le Roi très à l’aise avec l’intégration des nouvelles technologies dans son roman (internet, téléphone portable etc.) De plus le temps utilisé ici est le présent, et clairement ce n’est pas ma tasse de thé. Certes, cela donne un rythme que l’auteur cherchait peut-être à imprimer pour simuler la course en avant de la chasse ouverte entre un flic et sa proie…
Ou est-ce l’inverse?
En tout cas ça a gâché en partie mon plaisir de lecture, tout comme le fait de connaitre le tueur fou à la Mercedes assez rapidement dans le livre. Je peux comprendre ce choix narratif qui rend possible le jeu du chat et de la souris qui se déroule entre Hodges et le chauffard, mais au final ça, plus d’autres interactions entre les personnages que j’ai trouvé peu réaliste (je ne vous en dit pas trop pour ne rien dévoiler), ne m’ont pas aidé à faire décoller le plaisiromètre. Peut-être suis-je devenu trop exigeant avec le maitre? Un bon moment mais sans plus.

La note: 6/10

Roadmaster

Un inconnu s’arrête dans une station-service perdue au fin fond de la Pennsylvanie, au volant d’une Buick « Roadmaster », un magnifique modèle des années 1950… qu’il abandonne là avant de disparaître. Alertée, la police vient examiner le véhicule, qui se révèle entièrement factice et composé de matériaux inconnus.

Et si rouvrir les portières de la mystérieuse automobile revenait à ouvrir les portes de l’horreur ?

Alors qu’il rentrait de sa résidence en Floride pour Bangor dans le Maine, Stephen King s’arrête à une station service en Pennsylvanie où il manque de tomber dans une rivière en sortant des toilettes situées à l’arrière du bâtiment. Sa curiosité l’a entraîné trop prêt du bord abrupt et seul un empan métallique se dressant au milieu de sa descente parmi une monceau de pièces mécaniques dormant sur le bord du cours d’eau, lui permettra d’arrêter sa chute. Il ne lui en faut pas plus pour mûrir une idée au volant de sa voiture alors qu’il reprend la route : Roadmaster est né.
Ce récit m’a transporté malgré un passage à vide vers la moitié du livre. Nous allons suivre la vie d’une unité de police d’état en Pennsylvanie qui cache dans un hangar une Buick Roadmaster depuis les années 70. Le jeune Ned Wilcox, dont le père il n’y pas si longtemps était encore un membre de cette unité, profite d’un boulot d’été dans le service des transmissions au sein de l’équipe policière pour remonter le temps et découvrir comment son père disparu trop tôt est mêlé d’une manière très intime à l’histoire de cette voiture.
A mi-chemin entre le fantastique et l’horreur, un peu à la mode de Lovecraft, ce livre est avant tout une histoire d’amour, celle d’un fils pour son père parti trop tôt. Avec sa narration si spéciale faite de flasback et de différents points de vue, il nous emmène sur les chemins de la mémoire le tout teinté d’une profonde réflexion sur la différence ou plutôt l’inconnu et les peurs qui en découlent. Un voyage dont on ressort fasciné par sa qualité narrative. Pas de grands méchants ici, ni de péripéties explosives, juste des hommes soudés entre eux par un secret qui les relie, dépassant leur entendement, et un jeune homme en quête d’identité et qui cherche à faire revivre son père au travers des souvenirs de ses collègues de la police

La note : 8/10

Danny Torrance a grandi. Ses démons aussi… Hanté par l’idée qu’il aurait pu hériter des pulsions meurtrières de son père Jack, Dan Torrance n’a jamais pu oublier le cauchemar de l’Hôtel Overlook. Trente ans plus tard, devenu aide-soignant dans un hospice du New Hampshire, il utilise ses pouvoirs surnaturels pour apaiser les mourants, gagnant ainsi le surnom de « Docteur Sleep ». La rencontre avec Abra Stone, une gamine douée d’un shining phénoménal, va réveiller les démons de Dan, l’obligeant à se battre pour protéger Abra et sauver son âme.

Le point d’orgue de cet automne frissonnant. Le chef d’oeuvre de ce mois de lecture royale. Stephen King renoue avec un personnage qu’il avait laissé alors âgé de 5 ans devant un hôtel en cendre et orphelin de père. J’ai lu Shining il y a plus de 25 ans et c’est donc avec un réel sentiment d’avoir vieilli en temps réel avec lui, que j’ai retrouvé le petit Dan Torrance qui va avoir une vie bien difficile après la mort de son père. Entre son pouvoir qui ne cesse de le tourmenter et les traumatismes laissés par son père, il va tout doucement rejoindre le bar des loosers et s’abandonner dans la boisson. King parle souvent de l’alcool dans ses livres, notamment dans Les Tommyknockers où il nous campe un alcoolo en quête de rédemption. Ici, encore une fois, il retourne vers ses démons personnels au travers de l’écriture, avec la nuance qu’il ne boit plus, ce qui nous donne un récit où il n’est plus cet alcoolique cherchant à arrêter de boire mais plutôt le parrain qui guide Danny vers la voie de la sobriété. On parle souvent de cet aspect du livre lorsqu’on lit la promotion qui l’accompagne, mais le vrai nœud (sans aucun jeu de mot!) de l’intrigue se situe ailleurs, avec Abra, une petite fille que l’on va voir venir au monde, puis grandir et s’éveiller au Shining d’une manière bien plus puissante que Danny. Jusqu’ici tout va bien dans l’univers du King, sauf que forcément un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.
Ah non ce n’est pas ça…
Un grand pouvoir attise la convoitise de ceux qui s’en nourrissent. Et ce pouvoir va devenir l’attention du Noeud Vrai, sortes de vampires qui se nourrissent de l’énergie vitale et surtout de la souffrance.
Avec ce livre, Stephen King revient à ses premiers amours avec brio et signe un récit fantastique-Horreur de grande qualité, porté par des personnages passionnant. J’avais vraiment l’impression de relire un de ces premiers romans, où la prose glisse toute seule et nous emmène au coin de la rue, dans le noir, là où les monstres existent et nous attendent. Un pur chef-d’oeuvre.

La note : 9/10

En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’est compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges.

Pour conclure ce challenge autour du King, je me suis plongé dans la suite de la trilogie Hodges. M’y plonger fut facile, en ressortir fut laborieux, en cause le temps utilisé dans le récit. Ce dernier se coupe en deux. Tout d’abord le passé : Fin des années 70, on nous raconte l’histoire de Morris Bellamy fan invétéré de Jimmy Gold, un personnage fictif de roman, qui vient s’en prendre à son auteur pour cause de retraite anticipé de son héros. Comment ne pas voir Misery derrière cette partie de l’histoire, la grande peur du King, le fan qui devient fou face à l’évolution de son personnage favori, et quand on voit certains débordements aujourd’hui autour de certaines grandes licences cinématographiques, on se dit qu’il a raison d’en avoir peur. Cette partie est rédigée à l’ancienne avec les temps classiques de la narration et c’est clairement dans ce récit qui fait un peu plus de la moitié de l’histoire, que j’ai pris le plus de plaisir. Le décor, les personnages, la magie fonctionnait bien qu’il n’y ait rien de fantastique dans cette histoire. Serais-je nostalgique des années de mon enfance?
La seconde partie se passe dans cette ville du Midwest présentée dans Mr Mercedes et débute le jour où Brady, le tueur fou à la Merco, fonce dans une foule en tuant 8 personnes, et en blessant d’autres gravement. Le père de Peter Saubers, un jeune adolescent, fait partie des victimes et c’est le jeune Peter qui malgré son âge va trouver une solution pour aider ses parents en temps de crise économique et familiale. Bien que l’histoire des Saubers et le lien qui est fait avec la première partie du récit soit plutôt bonne, encore une fois le retour du présent comme temps de narration ne m’a pas convaincu. De plus Hodges fait presque office de personnage secondaire, il a toujours un temps de retard. Le final est quand même bien écrit et plus réaliste que le premier, et le maitre nous donne les clés de liaison entre Monsieur Mercedes et le dernier tome de la trilogie, Fin de Ronde, au travers d’une unique séquence plutôt savoureuse. Une bonne lecture, mais qui aurait pu avoir une meilleure note sans mon aversion pour le présent en temps principal de récit.

La note : 7,5/10

Voilà, j’espère que cette revue de non pas un, mais quatre romans du King vous a plu! Pour ma part je me dirige vers d’autres eaux littéraires puisque je viens de terminer La Maison des Chaines, le quatrième tome du Livre des Martyrs de Steven Erikson , et que je vais entamer la suite de Wild Cards, Aces High, l’anthologie présenté par GRR Martin, mais pas avant avoir déguster Nightflyers et autres récits en guise de mise en bouche.
En attendant bonne lecture, et bon voyage sur les sentiers de l’imaginaire…

Bonsai!

Editions présentés dans cet article, pour Albin Michel : Carnets Noirs, traduit par Océane Bies et Nadine Gassie ISBN:9782226388971 . Roadmaster traduit par François Lasquin ISBN:2226150765. Pour j’ai lu : Mr Mercedes traduit par Océane Bies et Nadine Gassie ISBN:9782253132943 ; Doctor Sleep traduit par Nadine Grassie ISBN:2253183601