Revue Littéraire : Wyld Tome 1 – La Mort ou la Gloire de Nicholas Eames

Bonjour ami Rôliste !

On se retrouve aujourd’hui avec ma Revue de Wyld de Nicholas Eames. Ça fait un moment que je veux en parler mais bizarrement alors que ça a été un vrai coup de cœur relayé par bons nombres de blogueurs, j’ai eu du mal à m’y mettre tant cette lecture fut très personnelle. J’ai lu ce livre au tout début du confinement et il faut bien le dire, il m’a beaucoup aidé à m’évader bien que j’ai la chance de vivre à la campagne et que je ne souffrais nullement de « l’emprisonnement urbain ». Sa tonalité joviale, son humour décapant, ses aventures dignes d’une partie de jeu de rôle – ce qui a fortement résonné en moi, étant rôliste – mais surtout le parti-pris assumé de présenter des clichés courants à tout univers Med-Fan sans pour autant tomber dans la redite ou le déjà-vu, avec en toile de fond le mode de vie d’un groupe de Rock, ont fait de ce moment de lecture un pur délice. Il est tant pour nous de nous diriger vers le Cœur du Wyld

Illustration par Pierre Santamaria Didier Graffet

Quatrième de couverture :

La dernière tournée

Clay Cooper et ses hommes étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci des Terres du Wyld – de véritables stars adulées de leurs fans. Pourtant leurs jours de gloire sont loin. Les redoutables guerriers se sont perdus de vue. Ils ont vieilli, se sont épaissis et ont abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs.

Mais un jour, un ancien compagnon se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Même si cela revient à se lancer dans une mission que seuls les plus braves et les plus inconscients seraient capables d’accepter.

Le temps est venu de reformer le groupe… et de repartir en tournée.

Mon avis :

— Vous êtes une roquebande ? demanda Clay.

— Nous sommes des roquebandits, corrigea la jeune femme. Mais j’aime à penser qu’il nous reste un peu d’espoir.

« C’est l’histoire d’une bande de potes…» Ça pourrait presque se résumer à ça. Ce livre est un de mes nominés des Incontournables SFFF, et si je l’ai choisi, c’est parce que pour la première fois un livre reliait deux de mes passions, le jeu de rôle et le Rock au sens large (hard rock, metal, etc). Le jeu de rôle et la fantasy se sont nourris mutuellement pendant des décennies, l’un et l’autre amenant tout un tas de clichés, et ce livre ne les évite pas, bien au contraire ! Pourtant l’auteur a su éviter l’écueil de nous resservir un plat réchauffé, et à la place, nous a gratifié d’une Fantasy renouvelée et trépidante !

Mais prenons dans l’ordre. Tout d’abord l’auteur a mis à disposition sur son blog une petite playlist, elle m’a accompagné tout le long de ce récit – vous pouvez la retrouver juste là, enjoy mon son préféré ! – et tous mes classiques y passent ! De Neil Young à Lynyrd Skynyrd en passant par AC-DC, les Who, chaque chapitre a sa BO et je n’écouterai plus jamais ces chansons sans penser à Wyld. Cette approche est pour le moins rafraîchissante et nous plonge immédiatement dans l’ambiance : nous ne serons pas dans une aventure comme les autres. Le rock a cette image de liberté, de non-compromis, et c’est bien de cela qu’il s’agit à mon sens. La liberté de prendre un genre, avec ses clichés et d’en faire autre chose, comme on dépoussière une vieille guitare au fond du garage mais sur laquelle on innove. Nicholas Eames va renouveler le genre sans pour autant en faire trop comme d’autres. Et cela tient surtout à sa toile de fond (Fantasy teintée de Rock), mais aussi et surtout à ses personnages.

— Nous reformons le groupe ! s’exclama Moog. Tu comprends, Matty ? Ce sera comme au bon vieux temps ! Nous cinq en route pour le Cœur du Wyld !

Ils sont tous plus attachants les uns que les autres. Exit les héros jeunes et pleins de peps et de muscles ! Ici on a le droit à d’anciens aventuriers vieillissants et sur le retour mais qui vont devoir reformer le Roquebande – Rockband = groupe de rock, chapeau bas au passage à la traduction – et repartir sur les routes. Alors que chaque groupe a son manager – c’est bien connu – nos compagnons n’ont pas gardé de grande relation avec le leur, et là j’ai une pensée ému pour Nightwish et tant d’autres qui se sont séparés de membres du groupe ou de leur manager pour d’infâmes histoires de coucheries, ou de gloire qui monte à la tête. Nous avons le leader ou frontman, Gabe le Magnifique que l’on pourrait comparer au chanteur. Il y a aussi le bassiste ‑ oups pardon – disons le tank – encore pardon, déformation de langage ludique ! – enfin bref le bonhomme au bouclier, pilier du groupe sans qui ils seraient probablement déjà tous morts, Clay Cooper. Nous avons aussi Moog – le claviériste – , le magicien un peu excentrique qui apporte une très bonne dose d’humour et de tendresse, et enfin Mattrick – le batteur –, le voleur roublard, le roi de la dague, le virtuose du combat rapproché, le métronome implacable à la précision chirurgicale. Enfin tout groupe ne serait rien sans un bon découpeur, une machine de mort, parsemant le combat d’une foultitude de cadavres, Ganelon, le guerrier à la hache – le guitariste. Chacun joue sa partition à la perfection, la jeunesse en moins. Leur légende les précède. Comment se nomme-t-il ? Saga – tiens, tiens…. comme un groupe de rock progressif.

Les rencontres et aventures s’enchaînent, pleines d’actions, d’humour, vers un final impressionnant, un Woodstock incroyable, le tout parsemé de clins d’œil soit au monde du rock – dédicace à Freddy Mercury – soit à D&D. Certaines rencontres sont plus marquantes que d’autres comme toujours, par exemple cet Ettin – un ogre à deux têtes en quelque sortes – ou cette Harpie, enfin cette dive (Diva ?) qui m’ont apporté de très bons moments de lecture par leur personnalité et leur originalité. Il est à noter que bien qu’on soit dans de la Fantasy classique, les personnages ont une vraie psychologie, personnalité, et on est très loin du simplisme malgré la prise de position de l’auteur autour des clichés . Chacun est bien travaillé, avec son passé, ses ambitions, ses convictions et c’est toujours appréciable pour l’immersion. L’auteur sait également mettre en relief les différences entre générations en confrontant nos héros au regard de la vague montante. Là encore, Nicholas Eames dépeint avec justesse la trace du temps sur les membres de Saga alors que les jeunes qu’ils rencontrent oscillent entre respect, un peu comme Metallica tournant avec Ozzy Osbourne en 1986 ou avec Van Halen – RIP legend – en 1988, et esprit de compétition, voire carrément de mépris, symbolisant le choc générationnelle. Mais Legends never die !

Conclusion :

Si je devais retenir un seul mot pour qualifier ce livre je dirais : jouissif.

Le rythme, les personnages, la toile de fond, tout est bien trouvé et surtout bien mis en scène. L’auteur a su créer un environnement rafraîchissant à partir de clichés et surtout il a su rendre ça hyper divertissant et original par sa touche musicale ! Humour, castagne, aventures, décors grandioses, une lecture divertissante sans prise de tête. Just Have Fun. Si je devais retenir un seul mot pour qualifier ce livre je dirais : jouissif. Je reviendrai dans le Coeur de Wyld avec son deuxième tome, Rose de Sang très bientôt.

La Note : 8,5/10

Pour conclure, ce livre a remporté le prix Hellfest Inferno 2020, un magnifique festival de Metal, pas loin de chez moi, et ça c’est la classe ! Allez pour une fois pas de « bonsai » mais un bon vieux ..

Rock on!

Vous pouvez aussi lire les avis de Hildr, Apophis, L’Ours Inculte, Xapur, Symphonie

Edition présentée : Bragelonne grand Format. Date de parution: 16/10/2019 ISBN: 1028107668 traduction : Olivier Debernard

Revue littéraire : Mage de Bataille de Peter A Flannery

Bonjour !

Comme prévu on se retrouve avec une de mes lectures de fin d’été. Bon, on va annoncer la couleur tout de suite, cette revue ne vendra pas du rêve. Ce ne sera pas le monde des Bisounours bienveillant. Je me demande encore comment je peux être dans un tel décalage avec mes confrères blogueurs SFFF. J’ai abandonné ce livre au chapitre 30 sur les 52 qu’il en compte, avec un semblant de début de réponse sur ce qui ne fonctionnait pas pour moi, mais pas de réponse sur le fait que tout le monde (et j’ai parcouru pas mal d’avis avant, pendant et après ma lecture) semble avoir adoré ce livre, malgré quelques petits bémols pour certains. Alors il s’agit de quoi ? D’un roman d’un auteur écossais, Peter A. Flannery. Si on en croit sa fiche wiki, pas un clampin, pas un novice, un auteur reconnu… mais pas en littérature fantasy. C’est un dramaturge et scénariste anglais. Il est surtout connu pour son travail à la Royal Shakespeare Company à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Il a notamment écrit aussi des scénarios pour la TV et pour le jeu de rôle. Mes recherches ont été dures car il n’a pas non plus l’aura d’autres auteurs plus reconnus. Donc si j’ai bien compris, Mage de Bataille est son second roman après First and Only, un thriller parapsychologique qui apparemment à rencontrer un bon succès et a été adapté à l’écran, mais n’a pas été traduit (encore) chez nous. Ce roman était l’un des deux livres choisis pour lancer l’excellente gamme de chez Albin Michel Imaginaire en 2018, et heureusement ce choix plus que discutable à mon sens, ne remettra pas en cause mon intérêt pour cette collection, dont j’ai déjà lu quelques titres et que je trouve excellente.

Quatrième de couverture :

Falco Danté est un gringalet dans un monde en guerre peu à peu conquis par l’armée infernale des Possédés. Pire, Falco est méprisé, mis à l écart, à cause de son père qui fut un immense mage de bataille avant de sombrer dans une folie meurtrière. Alors que la Reine tente de rassembler toutes les forces armées pour repousser les Possédés, Falco prend une décision qui va l’amener aux marges du désespoir : il va entrer à l’académie de la guerre, une école d excellence pour les officiers. Là, il devra surmonter ses doutes, ceux de ses amis et même ceux de la Reine. Le monde brûle ; seul un mage de bataille pourra sauver ce qu’il en reste. Falco réussira-t-il à libérer son pouvoir, à invoquer un dragon à sa mesure ou succombera-t-il à la folie… comme son père ? 

Mon avis :

Il s’agit ici d’une construction classique en fantasy avec trois jeunes gens : deux garçon une fille : Harry, Ron et Hermione. Ah, non, ça c’est autre chose je crois… bref. Falco, notre héros, est comme beaucoup de héros : tempérament maladif, extraction noble et rejeté par les autres à cause de son père qui a sombré dans la folie à cause de son dragon, compagnon de tout mage de bataille, et qu’on a donc dû éliminer (classique on vous dit). Sous fond de guerre contre des forces démoniaques, notre jedi en herbe va devoir entreprendre un long chemin initiatique pour sauver le monde, déjouer les complots et surtout laver le nom de sa famille.

Bien que les scènes de batailles soit plutôt sympa et que le cœur de l’histoire semble tout à fait intéressant et trépidant, que quelques trouvailles comme l’armée démoniaque et les mages de bataille avec leur dragon sont plutôt bien pensés, je n’ai pas accroché pour plusieurs raisons. Tout d’abord, quand on choisit une construction classique d’histoire, il faut des personnages charismatiques, et pour qu’ils le soient il faut que la narration les mette en valeur. Relire la même histoire racontée différemment ne me dérange pas. Comment ne pas voir en Harry Potter un pastiche de Star Wars, lui-même inspiré d’autres histoires ? Je ne vais pas vous faire une translation détaillée, mais réfléchissez et remplacez Luke par Harry, Ron par Han Solo, Dumbledore par Obiwan etc. Pour comprendre pourquoi de telles histoires fonctionnent, je vous renvoie au livre de Joseph Campbell, L’homme aux mille visages. Ce genre d’histoire réveille en nous la notion de parcours initiatique et nous renvoie directement à notre enfance et notre parcours de vie. Donc ce qui va faire la différence n’est non pas la position des protagonistes ou leurs choix mais bien souvent le worldbuiding et la narration.

En ce qui concerne le worlbuiding, je n’ai pas de grands reproches à faire ici, il est cohérent et fourni, bien qu’encore une fois classique. Sauf que … Tomber nez à nez avec Sébastien Cabal et Dominic Ginola… ça fait tâche, et ça tue l’immersion. Pour une grande idée bien trouvée, comme l’armée démoniaque ou les mages et leur dragon, même le cercle des Thaumaturges (et les rôlistes doivent doucement sourire en voyant un tel nom), on a des créations dignes d’un Maitre du Jeu qui n’a pas préparé sa partie et qui balance des noms au hasard, suite aux actions de ses joueurs, en puisant dans sa mémoire et en modifiant une lettre du nom, technique bien connu de tous les MJ. Si elle marche autour d’une table de jeu de rôle, et encore, à condition que les références en question ne soient pas accessibles aux joueurs, il en va tout autrement dans un livre.

L’autre gros point noir à mon sens est le choix de narration. Prenons l’exemple du Trône de Fer dont je vous parlerai un jour, Martin multiplie les points de vues dans un but bien précis, pouvoir rentrer dans la tête de chaque protagoniste et nous livrer sa logique, ses pensées et surtout ses émotions. Ici, pas de psychologie de personnages, pas d’introspection, pas d’émotion, tout simplement parce qu’il n’y a pas de point de vue réel. La caméra est toujours placée de trois quart arrière à l’extérieur. C’est handicapant pour rentrer dans l’histoire. On passe d’un personnage à l’autre sans changement de chapitre, à peine sans changement de paragraphe, et le temps alloué aux « pensées » ou émotions de chacun est tellement bref, superficiel, qu’il semble juste là pour tenter d’esquisser l’explication de certaines réactions moteurs de l’histoire. Alors certes, ce qui compte c’est l’histoire, mais tout le monde sera d’accord sur le fait que la manière dont elle est racontée a une importance. Après il s’agit d’une traduction, mais mal traduit ou pas, la narration ne peut être modifiée. Je ne pense pas que le traducteur se serait amusé à décrire des dialogues qui ont été écrit (je déteste les dialogues décrits… show don’t tell). Une narration est propre à l’auteur, non au traducteur qui lui s’affaire plus sur le sens des mots choisis et l’agencement des phrases pour restituer l’effet de départ.

Conclusion :

Tout ça mis bout à bout, vous l’aurez compris, j’ai dû faire un choix, tiraillé entre mon envie de connaitre la suite de l’histoire qui semble somme toute intéressante avec quelques bonnes trouvailles, mais tellement gâchée par des choix grotesques par moment, voire carrément par la narration en elle-même, que je n’ai pu continué de m’infliger ça. Je suis peut-être exigeant, sélectif, par manque de temps et par le choix, aujourd’hui pléthorique, d’œuvres disponibles en SFFF, ou alors je n’ai pas su ressentir ce que mes camarades blogueurs ont décelé de génial dans ce livre, je ne sais pas, je n’ai pas la réponse. Je l’ai acheté en E-book, peu de temps après sa sortie officielle, lorsque j’ai acquis ma liseuse en décembre 2018, et les avis fleurissant sur la toile ainsi que la couverture, qui est somptueuse soit-dit au passage, formant avec le deuxième tome un panorama, m’avait laissé entrevoir un moment de lecture épique, à tel point que j’ai acheté le tome 2 en E-book aussi sans me poser de question avant même d’avoir lu le premier. Le problème du numérique c’est qu’on ne peut pas échanger, ou prêter, ou déposer dans une boite à livres, encore moins le revendre en occasion. Me voilà donc avec un livre pas fini et un autre que je ne lirai pas sur les bras. Ceci sera donc le premier avis en demi-teinte sur ce livre de toute la blogo. Gilles Dumay, Je suis désolé.

La Note : 4,5/10

Vétérans de la Fantasy donc s’abstenir. Ma note est pour vous. Pour tous les autres qui cherchez une entrée en High Fantasy, ce roman fera l’affaire et même plus par son côté manichéen et épique. Je vous retrouve très bientôt pour de nouvelles revues, si j’arrive à décoller mon nez du tout nouveau Steven Erikson qui vient juste de sortir chez Leha : Les Osseleurs !

Bonsai !

Edition présenté : Mage de Bataille Tome 1 chez Albin Michel Imaginaire. Traduction : Patrice Louinet. Illustration : Alain Brion. Paru le :26/09/18. ISBN : 2226435778

Revue Littéraire : Elric – Intégrale 1 de Michael Moorcock

Bonjour à tous,

Après une petite pause de quelques jours, me revoici pour parler d’une lecture faite il y a quelque temps déjà (qui a dit l’année dernière ??). Il est temps de nous pencher sur une oeuvre considérée comme un classique de la fantasy, et une fois n’est pas coutume son auteur est encore bien vivant, bon, plus tout jeune, certes, mais vivant. Paradoxalement, alors que je lis de la fantasy depuis assez longtemps, et que je pratique un de ses dérivés, le jeu de rôle, je n’ai découvert l’existence de cette série que récemment. Pourtant Elric avait tout pour me séduire. Anti-héros, personnage torturé, utilisateur de la magie et doté d’une épée légendaire, Stormbringer, il est l’incarnation du Champion  éternel dans le multivers de son créateur.

Sorti tout droit de l’imagination de l’auteur britannique Michael Moorcock, Elric fait sa toute première apparition en 1961 dans la nouvelle « La cité qui rêve » publiée dans le n°47 du magazine Science Fantasy. Pendant près de 30 ans, Moorcock reviendra nous conter les aventures du prince albinos, qui seront également scénarisées en BD et même déclinées en jeu de rôle chez Chaosium avec le célèbre Stormbringer.  Bien que le personnage soit un héros d’un « autre temps », et même d’une autre époque littéraire, il continue de séduire et de vivre dans le cœur de milliers de fans de tout âge. Récemment d’ailleurs un ultime tome, Les Buveurs d’Âmes, coécrit avec l’auteur français Fabrice Colin a été édité. L’auteur a parcouru la vie de son héros de manière chaotique, publiant ses aventures au gré de ses inspirations et des idées qui lui venaient sans se soucier de respecter la temporalité. Cette édition Intégrale a pris le parti, elle, de retracer l’histoire d’Elric dans l’ordre chronologique. Ce choix est-il pertinent ?

Quatrième de couverture :

Melniboné, l’île aux Dragons, régnait jadis sur le monde. Désormais les Dragons dorment et Melniboné dépérit. Sur le trône de Rubis siège Elric, le prince albinos, dernier de sa race, nourri de drogues et d’élixirs qui le maintiennent tout juste en vie. La menace plane ; alors il rend visite au Seigneur du Chaos, Arioch, et conclut un pacte avec lui. Il s’engage ainsi sur le chemin de l’éternelle aventure : le Navire des Terres et des Mers le porte à la cité pestilentielle de Dhozkam, et son destin le pousse à franchir la Porte des Ténèbres ; au-delà, deux épées noires attendent leur maître et leur victime…

Préface de Jean-Luc Fromental

Mon avis :

L’intégrale s’ouvre sur la nouvelle Elric des Dragons. Publié en 1972, soit 11 ans après la toute première, elle revient sur les débuts du prince albinos en tant qu’empereur de Menilboné, l’île au dragon, un pays qui fut jadis le plus puissant de tous mais aujourd’hui décadent, cruel, engoncé dans son immobilisme, désintéressé de tout hormis des plaisirs et de ses rêves issus d’un passé glorieux. Nous découvrons un prince malade au teint pâle, faible, ne survivant que grâce aux élixirs qu’on lui prépare, et qui goûte peu les rites et travers de son peuple. Mélancolique et désabusé, Elric ne supporte plus les manigances de son cousin Yrkoon qui tente de lui ravir l’amour de Cymoril, sa propre sœur, ainsi que son trône. Il est rêveur, attentionné, il aimerait gouverner avec plus de justice et ne plus se soumettre comme ses prédécesseurs aux seigneurs du Chaos qui ont offert la domination du monde à son peuple grâce à la sorcellerie. C’est sur cette fresque terne et amère que l’histoire va s’écrire. Une bataille maritime, une descente aux enfer et la renaissance d’Elric des Dragons, transfiguré par une épée aussi magique que légendaire, vont donné naissance à un des héros les plus charismatiques de la littérature. Elric devient l’incarnation du champion éternel du Chaos qui s’oppose à la Loi, des concepts bien connu de tous les amateurs de jeu de rôle lorsqu’il s’agit de choisir l’alignement de son personnage. Comme il est étrange de voir que c’est en voulant éviter certaines routes toutes tracées que l’on se retrouve finalement dans leurs sillages. Le destin est au cœur de l’histoire de ce personnage emblématique. Il est intéressant de s’attarder sur le style de l’auteur, un peu pompeux par moment, poétique à d’autre, mais toujours au service de l’histoire et de son héros en proie à ses émotions et ses tourments philosophiques, incapable d’y résister. Les mots glissent, nous entraînent, et rendent très visuelles les scènes d’action. Intéressant également de remettre en contexte et de se dire que l’auteur a mis plus de 10 ans à écrire sur le passé de son personnage, avant que celui-ci soit « héroïque ».

Moi, Elric, dernier du sang royal de Melniboné, mes yeux ont vu l’horreur et mon coeur a courtisé les Ducs de l’Enfer. Pourquoi connaitrais-je à présent la peur ?

Michael Moorcock

La seconde nouvelle, La Forteresse de Perle, nous emmène dans une aventure que je qualifierais d’onirique. Elric a donc abandonné son trône pour parcourir les Jeunes Royaumes pendant une année afin de découvrir le monde. Il est bien loin de chez lui, au cœur d’une contrée chaude et pleine de sable. Le voyage est dépaysant, on passe d’une cité décadente et véreuse, perdue au milieu des dunes de sable avant de terminer dans le royaume des rêves. Comme toujours le style de Moorcock se marie parfaitement aux thèmes abordés et nous offre de bons moments aussi bien cinématographiques que philosophiques. Nouvelle écrite en 1989 bien après la conclusion du cycle, on y constate une évolution claire du style de l’auteur. Mais après tout ce temps, pourquoi avoir décidé de revenir dans l’univers d’Elric ? La conclusion du récit ainsi que ses péripéties expliqueront-t-elles des éléments à venir ? Je le découvrirai en lisant les deux autres recueils j’imagine. Bien que le début était quelque peu poussif je me suis laissé entraîner par cette histoire aux senteurs très différentes de la première, mais toujours teintée de la mélancolie, du romantisme et des colères de son protagoniste. Et que dire de cette idée géniale d’une épée buveuse d’âmes de laquelle Elric tire sa vigueur, lui permettant de repousser sa faiblesse et de franchir les obstacles ? Il y a une métaphore réel ici à mon sens de l’amour avec le revers de la médaille qui l’accompagne, car Elric souffre intérieurement de cette dépendance. Attention je ne dis pas que notre héros aime son épée, loin de là, juste que cette dernière est l’incarnation de la plus grande force des hommes mais aussi leur plus grande faiblesse.

— Les projets du Destin ne sont jamais déjoués. Ce qui est arrivé est arrivé parce que le Destin en avait ainsi décidé, si toutefois le Destin existe et si les actions des hommes ne sont pas simplement la réplique aux actions d’autres hommes.

Cymoril – Elric Des Dragons

La dernière nouvelle du recueil s’intitule Le Navigateur sur les mers du destin. Toujours en voyage, au cœur de cette année de découverte qu’il s’est donnée afin de régner plus justement sur Melniboné, Il va vivre trois aventures périlleuses aux confins du Multivers, thème cher aux auteurs de fantasy et des rôlistes, mis en scène ici par Moorcock. Notre sorcier albinos, toujours accompagné de son épée maudite Stormbringer, va rencontrer trois autres incarnations du Champion Éternel issus de l’imagination débridée de Michael Moorcock : CorumHawkmoon et Erekosë. Ils sont tous une projection d’eux même, comme quatre faces identiques d’un tétraèdre, qui se rencontrent pour la première fois, venant tous du multivers, des sortes de monde miroir. Ils doivent débarrasser l’univers de deux étranges sorciers. Notre héros va ensuite être rejeté dans un monde parallèle, où il va être confronté à un ancêtre melnibonéen hanté par une histoire d’amour dramatique, l’occasion pour Elric d’en apprendre plus sur le passé de son peuple et de son monde. Si le récit possède plusieurs unités d’action, il ne m’a pas paru autant homogène que les autres. Je n’ai guère été emballé par la première partie et la rencontre des autres héros de l’auteur. Par contre le final m’a captivé. J’aime toujours les révélations quand je lis, surtout quand elle concerne le monde et ses secrets. Ce procédé donne invariablement de la profondeur à l’univers, à condition que ce soit bien fait et c’est le cas ici. Écrite en 1976, là encore, Moorcock revisite son personnage phare après avoir terminé son histoire.

Conclusion :

Sensationnel ! Avec son imagination fertile et non formatée, Moorcock à créé un héros afin de contrecarrer l’héritage laissé par Howard et son Conan. Elric est son exact opposé. C’est un plaisir de tous les instants. L’écriture quasi cinématographique nous emmène au sein du Multivers ou dans les profondeurs apocalyptiques où règnent les Seigneurs de l’Ordre et du Chaos et présente de puissants personnages aux tempéraments bien trempés. Tournure à l’ancienne, répétitions en début de phrase, vocabulaire recherché, comme Tolkien les mots chantent et éveillent en nous des sensations bien plus fortes que seulement les images qu’ils évoquent. Elric est-il bon ou mauvais? Le lecteur perd ses repères et se met à aimer un héros aux pratiques plus que discutables.

j’aurai pu dire : Elric c’est moi. À présent je déclare : Elric c’était moi, celui que j’ai été.

Michael Moorcock – introduction à l’intégrale 2

La note : 8/10

Ce monument de la Fantasy, écrit alors que Le Seigneur des Anneaux commence à gagner en popularité et que Gary Gigax réfléchit à la création de Donjons et Dragons, peut réellement être considéré comme un classique. Quant à la pertinence d’une édition chronologique, je reste partagé. Quand, comme moi, on découvre ce récit sur le tard, c’est sûrement plus facile de suivre l’histoire, mais, (mais !) il est parfois dans l’écriture des procédés intentionnels. Prenons l’exemple facile et populaire de Star Wars : si vous regardez les épisodes dans l’ordre chronologique, est-ce que le final de l’épisode 5 a la même saveur que, si comme moi en mon temps, vous découvrez la révélation de Vador à Luke lors du duel final de L’Empire contre-attaque ? Non. Clairement pas. Et, croyez-moi, je suis heureux d’avoir pu les voir dans leur ordre de création. Alors la suite du cycle me dira sûrement si ce choix est fondé, mais au vu de la lecture de la deuxième nouvelle, j’ai comme le début d’un frémissement de soupçon d’un doute ^^.
Allez, à la revoyure pour de nouvelles aventures.

Bonsai !

Édition présenté : Elric Intégrale 1 aux éditions Pocket. Paru le 23/05/2013. Traducteurs : George W. BARLOW, Daphné HALIN, Brian HESTER, Gérard LEBEC. ISBN :978-2-266-24073-4

Revue Littéraire : Les lames Du Cardinal de Pierre Pevel

Nous voici de retour après une pause de plusieurs semaines. Comme toujours je profite des vacances pour écrire un peu et lire beaucoup! Je vais enfin vous parler de ce livre que j’ai lu aux vacances de Pâques. Il faut que j’arrête d’attendre si longtemps car bien que je prenne des notes, je pense perdre une partie de la magie de certaines de mes lectures. Heureusement quand je repense à celui-ci, les murs de la Taverne en frémissent encore de plaisir, et le souvenir de son histoire est encore vivace dans ma mémoire, tout comme les odeurs infernales et nauséabondes des rues du Paris du XVIIe siècle dans lequel Pierre Pevel m’a plongé!

Quatrième de couverture:

Paris, 1633. Les dragons menacent le royaume.

Surgis de la nuit des temps, ils sont décidés à restaurer leur règne absolu. Usant de sorcellerie, ils ont pris apparence humain et créé une puissante société secrète, la Griffe noire, qui conspire dans les plus grandes cours royales d’Europe.

Pour déjouer leurs complots, Richelieu dispose d’une compagnie d’aventuriers et de duellistes rivalisant de courage, d’élégance et d’astuce. Des hommes et une femme aux talents exceptionnels, prêts à braver tous les dangers et à risquer leur vie pour la Couronne : les Lames du Cardinal !

Mon avis:

Le capitaine La Fargue est rappelé par Richelieu pour résoudre des énigmes. Avec lui, le mousquetaire Leprat, le sang-mêlé Saint-Lucq, la baronne Agnès de Vaudreuil, le bourru Ballardieu, l’épéiste Almadès et le nonchalant Marciac vont tenter de déjouer les intrigues éternelles des puissances européennes avec l’Espagne à leur tête, qui en veulent à cette France qui prend l’ascendant sur le continent. Ensemble, les lames du Cardinal comme ils s’appellent , vont se dresser non pas contre le trône d’Espagne mais contre la Loge draconique d’Espagne. En effet la France est le dernier royaume européen à ne pas avoir encore de Loge en son royaume, et les dragons comptent bien y remédier.

Quel plaisir de mêler Histoire avec un grand H et fantasy! Pierre Pevel a le ton juste, la précision chirurgicale de l’historien, et une imagination nourrissant un récit haletant du début à la fin! Ses descriptions du Paris du XVIIe, sa connaissance pointilleuse de la géopolitique de l’époque nous rendent crédible un monde dans lequel des dragons, prenant apparence humaine bien entendu afin de mieux infiltrer et manipuler les sociétés humaines, complotent contre la couronne de France. Une fois n’est pas coutume, Richelieu n’est plus l’ennemi comme dans les Trois Mousquetaires de Dumas mais bien son plus ardent défenseur.

Richelieu à la Rochelle

L’aventure se situe sur plusieurs niveaux, politique et diplomatique, mais aussi à la pointe de l’épée, les combats étant plus réalistes les uns que les autres. Mon maitre d’arme est de ceux qui conseilla Pierre Pevel qui venait régulièrement à la salle d’arme pour comprendre les rouages de l’escrime de l’époque. L’auteur a été animé d’un souci de réalisme tout au long du processus d’écriture et ça s’en ressent lors de la lecture. Nous n’avons pas du tout l’impression de lire un récit de Fantasy, mais plutôt une fiction historique réaliste. Tout a été pensé en ce sens, de la culture draconique (les sous-races, leurs pouvoirs, les maladies, leur histoire), à l’intégration de ceux-ci à nos sociétés et des problèmes que cela engendre, jusqu’aux dialogues échangés par nos héros avec les plus grandes célébrités de l’époque.

Le style est très cinématographique, concis, précis et rythmé sans être excessif dans le vocabulaire. Il n’est pas pour autant simpliste au contraire. Les descriptions sont précises au point de voir s’animer le Paris de l’époque sous nos yeux avec le bruit et, excusez-moi, l’odeur. D’ailleurs l’auteur en fait un peu trop de ce coté là dans le deuxième tome qui n’est que puanteur alors que l’été bat son plein dans la ville. Les intrigues s’emmêlent au gré des scènes d’actions très vivantes le tout ponctué de dialogues souvent savoureux tant nos héros ont tous des personnalités bien différentes et trempées dans l’acier, ce qui lorsque vous les associez crée forcément parfois des situations explosives. Tout au long de cette lecture, ma préférence a été pour le personnage de Saint Lucq, un sang mêlé aux capacités très spéciales, héritage de son double lignage, mais qui en fait quelqu’un de très précieux aux yeux du capitaine La Fargue, et Almadès la fine lame. Jusqu’à la fin du livre je n’ai cessé de dresser des conjectures aux sujets des protagonistes, et c’est dans un tournoiement de capes et d’épées que j’ai terminé ce livre en quelques jours, ivre de bonheur.

Conclusion:

C’est avec un certain plaisir que j’ai lu cette intégrale qui regroupe en fait les trois tomes originellement publiés : Les Lames du Cardinal, L’alchimiste des Ombres et Le Dragon des Arcanes en un seul. Le coté historique m’a ravi forcément en tant que grand fan d’Histoire, mais en plus avec cette petite touche de fantasy qui permet de s’amuser encore plus, et de laisser son imagination voler, voler…
Merci Monsieur Pevel pour ce moment de ravissement et d’évasion.


La note:

9/10

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Bonsai!

L’édition présenté: Les Lames du Cardinal – L’Intégrale. Edition Bragelonne. Parution le 08/07/2011 ISBN :978-2-35294-490-4

Revue Littéraire : Chronique du Chevalier Errant de George R.R. Martin

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un univers qui a fait couler beaucoup d’encre cette année à cause d’une saison qui était très attendue, et qui en fera couler beaucoup encore pendant un moment, du moins jusqu’à ce que George termine sa série et publie déjà pour commencer le fameux The Winds Of Winter, je veux bien sûr parler du Trône de Fer. Pour ma part, j’ai découvert cet univers en 2012 alors que j’étais en convalescence. Un ami m’avait prêté les saisons 1 et 2 de GoT (surnom officiel pour Game of Thrones), la saison 3 était encore à venir. Après les avoir visionnées assez rapidement, je me mis en quête des livres que je m’empressai de lire en version intégrale, plus proche de l’édition Originale U.S Le revers de la médaille, c’est que je suis obligé d’attendre que tout « le découpage » soit publié avant de pouvoir en profiter ; je l’ai vécu avec l’intégrale 5 et c’était pas drôle! Mais bref revenons à nos moutons. J’ai donc rapidement lu les différents tomes déjà parus en français et en Intégrale J’ai Lu (oui je suis sélectif sur mes éditions en plus !) dépassant rapidement la série TV. Puis la série TV a de nouveaux dépassé les livres, avant de s’offrir une année de pause.
Début 2019, comme j’étais en manque de Westeros, et que la saison 8 semblait encore lointaine, je m’étais réservé un petit shoot que j’avais bien planqué entre les coussins du canapé pour pas qu’on me le pique : Les Chroniques du chevalier Errant. Je connaissais l’existence de cette série qui ressemble plus à de longues nouvelles qu’à des romans, mais je préférais attendre d’en avoir fini avec la saga principale avant de le lire. De plus, le temps que j’en finisse et que je me penche également sur Game of Thrones Origine de la Saga, le magnifique ouvrage présenté comme une Histoire complète des Sept Couronnes (et vous ai-je déjà dis que j’aimais l’histoire?), George Martin s’était décidé à publier une aventure supplémentaire, L’Oeuf de Dragon.

Le fameux livre d’histoire de westeros

En arpentant le Store de ma Kobo toute neuve, cadeau de la mère Noël, parce que je suis un petit garçon très sage qui lit tout plein, je repérai une édition qui regroupait les trois nouvelles de cette série plus connu sous le nom des Aventures de Dunk et l’Oeuf. L’occasion rêvée de lire tout ce que Martin avait déjà écrit sur ces Héros!

Quatrième de couverture :

Qu’il joute ou qu’il guerroie, le chevalier errant n’a d’autre code que celui de l’honneur. Il loue ses services aux causes les plus nobles et prend la défense des opprimés. Ser Arlan suit cette ligne de conduite et l’inculque à son écuyer Dunk. La rencontre de ce dernier avec un étrange garçon qui se fait appeler Oeuf va changer à jamais son destin.

Mon avis:

Le livre se découpe donc en trois parties, trois histoires. Elles sont présentées dans l’ordre de parution qui se trouve être également leur ordre chronologique mais elles sont totalement indépendantes les unes des autres.
Le recueil débute par Le chevalier Errant, une nouvelle originellement écrite pour l’anthologie Légendes (1998). Dunk, est un jeune homme d’environ dix-sept ans mais déjà fort grand et vigoureux. Écuyer de Ser Arlan de l’Arbre-Sous, il va reprendre le flambeau de celui-ci, mort d’un refroidissement et se rendre au grand tournoi de Cendregué pour y participer sous le nom de Ser Duncan le Grand. En chemin, il va rencontrer l’Oeuf, un enfant au crâne chauve qui veut absolument être son écuyer.
Ces joutes seraient des plus classiques si la famille royale n’y était mêlée. Comme l’histoire se situe 90 ans avant les événements de la saga principale, en 209 selon le comput des Sept Couronnes, ce sont encore les Targaryens qui sont au pouvoir. A l’époque de la parution de la nouvelle en 1998, Feu et Sang, le tout dernier roman de l’auteur, racontant l’histoire de cette lignée légendaire n’était pas encore paru, c’est donc la première fois que nous rencontrons réellement ces êtres chevaucheurs de dragons, avec leurs longs cheveux blonds et leurs yeux aux couleurs étranges, dans leur fonction de Haut-seigneur et dirigeant. Martin va donc nous entraîner à travers ces réjouissances d’une autre époque et nous présenter aussi bien les Seigneurs avec leurs suites, chevalier à l’héraldique complexe à mémoriser, que le petit peuple composé d’artisans ou de saltimbanques, jouant sur les thèmes et les codes chers à la chevalerie : l’honneur, la justice et la défense des opprimés. Ce que j’aime avec les textes de Martin, c’est que malgré le contexte historique, il y aborde des thèmes sociaux qui sont toujours d’actualité.


Nous poursuivons notre lecture avec L’Épée Lige publié à l’origine dans l’anthologie legend of fantasy (1999). Deux ans ont passés depuis Cendregué, Ser Duncan le Grand et son écuyer l’Oeuf, sont entrés au service de Ser Eustace Osgris, un chevalier fieffé peu riche. Alors que la sécheresse sévit, et apporte souffrance et misère à une bonne partie du royaume, ils vont devoir régler un différend de voisinage, où les fantômes du passé vont resurgir, mêlant allégeance, romance et mystère. Les rébellions d’hier nourrissent les rancœurs d’aujourd’hui et encore une fois les codes et les rites de l’époque médiévale sont passés en revue pour nous offrir un récit très vivant, qui permet de mettre en relief l’Histoire des Sept Couronnes, aussi complexe et conflictuelle que notre propre Moyen-âge, pour au final, nous offrir une bonne histoire, très plaisante à lire.


La dernière nouvelle, l’Oeuf de Dragon a été écrite pour figurer dans l’anthologie Warriors co-éditée avec son partenaire de Wild Card, Gardner Dozois (2010). Nous sommes quelques mois plus tard dans la chronologie, mais pas dans la vie de l’auteur (!). Nos deux compères ont décidé de monter vers le Nord afin de se mettre au service des Stark de Winterfell pour y combattre les Fers-nés et pourquoi pas voir le Mur. Chemin faisant, ils vont tomber sur un cortège de chevaliers se rendant à Mur-Blanc afin d’assister à un mariage et participer au tournoi donné en son honneur. La récompense du vainqueur ne serait rien de moins qu’un Oeuf de Dragon. Cherchant à remplir sa bourse trop légère à son goût, Ser Duncan décide de s’y rendre. Il ne sait pas qu’il va entraîner l’Oeuf au milieu d’un nid de vipères où Martin va prendre un malin plaisir à jouer avec notre perception, présentant dans toute sa finesse le jeu des trônes : prophétie, duperie, mensonge, faux-semblant, dans un huis-clos (en pierre blanche !) stressant. L’histoire nous montre une nouvelle facette de Westeros ainsi que la complexité de sa société et l’auteur réussit avec brio à nous tenir en haleine jusqu’à la toute dernière page.

Conclusion:

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce recueil des aventures de Dunk et L’Oeuf, la longueur est très abordable contrairement à la saga principale et chaque nouvelle a surtout le mérite de pouvoir se lire indépendamment. Elles sont toutes trois pleines de rebondissements et il est toujours difficile de deviner comment elles vont se terminer même si on connait l’univers et l’écriture de Martin. Malgré la rencontre de personnages parfois peu recommandables, de complots divers, l’ambiance de l’histoire reste bon enfant puisque elle est essentiellement axée sur la relation bienveillante entre Dunk et l’Oeuf. Le chevalier d’ailleurs n’arrête pas de promettre des «taloches à l’oreille» à son écuyer, très vif d’esprit et de tempérament contrairement à lui plus long à la détente, sans jamais passer à l’acte. Le style est on ne peut plus accessible et assez fluide malgré trois traductions différentes assurées respectivement par Paul Benita, Jean Sola et Patrick Marcel. C’est une véritable lecture plaisir et j’attends impatiemment la suite, George R.R. Martin ayant prévu d’écrire plusieurs nouvelles racontant toute l’histoire de nos deux compères depuis leur rencontre jusqu’aux tragiques événements de Lestival. Espérons qu’il tienne parole !

La note:

8/10

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Bonsai!

L’édition présenté: « Les chroniques du Chevalier Errant » de chez Pygmalion. Parution le 04/03/2015 ISBN : 2756411159.

Revue littéraire (Audio) : Légende de David Gemmell

Je suis Druss! Druss la légende!

Et nom de dieu! Je vais tous vous écarteler!

Si je suis toujours en vie c’est parce que tous ceux qui ont voulu ma mort n’ont pas réussi !

Oups!

Pardon, excusez-moi, je m’égare. C’est peut-être parce que je suis encore trop imprégné de cette lecture et que je sens mon côté Viking sortir par tous les pores de ma peau.

Quelle lecture! quel livre! Pour un premier roman, David Gemmell a fait fort.

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Résumé (quatrième de couverture) :

Ces exploits sont connus de tous.

Surnommé le Capitaine à la Hache lors de ses plus grandes batailles, il aurait pu devenir riche en tant que mercenaire… Au contraire, fuyant la célébrité, il a choisi de vivre retiré loin des hommes, perché au sommet d’une montagne glacée.

Il a remisé son arme, vivant reclus, se contentant de la compagnie de quelques léopards des neiges. Il attend patiemment son ennemie de toujours: la Mort. Dros Delnoch est une forteresse imprenable.

Passage indispensable à la frontière de deux mondes, c’est l’ultime limite qu’une armée doit impérativement franchir si elle veut envahir l’Empire drenaï.

Protégée par six remparts, elle est la place forte mythique. C’est aussi le dernier foyer d’une résistance désespérée, car tous sont déjà tombés devant l’envahisseur nadir.

Il lui faudrait un atout déterminant, un chef charismatique : Druss, le vieux guerrier. Quand Conan rejoint Fort Alamo, un demi-million d’envahisseurs barbares face à huit mille guerriers barricadés…

Druss pourra-t-il faire la différence ? Deux mains ancrées à une hache pour empêcher une tragédie…

Mon avis :

C’est alors qu’il attendait les résultats d’un test permettant de savoir s’il était atteint d’un cancer ou non que David Gemmell décide de commencer la rédaction de ce roman sur les conseils de sa femme, histoire de passer le temps. Ayant déjà pas mal bourlingué dans sa vie il avait fini par devenir journaliste free-lance. Et je suppose que cette activité, couplée à sa grande gouaille, lui ont permis d’avoir le bon style, les bonnes techniques d’écriture pour faire de ce roman un succès, car c’en est un à n’en pas douter.

Quand Conan rencontre Fort Alamo…

Il y a tous les éléments d’un bon film pour tenir le lecteur en haleine, les personnages sont attachants, même si parfois un peu caricaturaux, et l’action est très bien amenée.

Le style est simple, efficace, épuré, on va droit à l’essentiel, pas de longues descriptions inutiles, juste ce qu’il nous faut pour se représenter le décor et ensuite les personnages, qui eux sont très vivants, évoluent au cours d’une histoire où la tension est maintenue jusqu’au tout dernier chapitre.

– Vous ne l’aimez pas, monsieur ?
– L’aimer ? Bien sûr que je l’aime ! gronda le chirurgien. Il tue les gens d’un coup, mon garçon. Ça m’évite du travail.

Deux personnages ressortent à mon sens: bien évidemment il y a le guerrier, Druss, Druss la légende. À maintenant 60 ans, le vieux guerrier à la hache doit faire un choix : va-t-il mourir comme un vieux dans ses collines ou finira-t-il héroïquement sur un champ de bataille, à affronter sa vieille ennemie, la Mort ?

le second c’est la forteresse en elle-même, car elle possède 6 murs de forme concentrique avec chacun un nom. Elle est montée comme un cône sur le flanc de la montagne, chaque rempart étant de diamètre plus petit que le précédent au fur et à mesure que l’on monte vers le donjon. Ce qui signifie évidemment que plus vous vous rapprochez du cœur plus la défense devient efficace.

Il y a un demi-million de guerriers nadirs. Un chiffre gigantesque. Suffisamment pour obscurcir le cerveau. Mais les murs ne sont pas extensibles. Les ennemis ne pourront pas tous se présenter en même temps. Nous les tuerons au fur et à mesure, et nous en tuerons des centaines de plus lorsqu’ils escaladeront les remparts. Et jour après jour, nous les épuiserons.

Druss

Comme vous le voyez, tous les éléments sont réunis dans ce livre pour un combat titanesque et des actes héroïques. Je suis passionné de fantasy, je pense que vous commencez à le savoir, et j’aime les héros hauts en couleur. J’ai été aspiré par cette histoire, en grande partie grâce à la voix de Nicolas Planchais qui encore une fois m’a subjugué. L’action est à son comble quasiment tout du long. Et, bien que l’auteur sache faire traîner l’arrivée de l’armée Nadir et le début du siège, afin de faire monter l’angoisse étreignante de l’attente, nous ne sommes pas en reste avec les différents protagonistes qui se débattent pour trouver des solutions afin de remporter la victoire, là où personne n’a encore réussi face à Ulric, le chef Nadir.

En conclusion?

David Gemmell, pour un premier roman, a campé un monde simple, efficace, très inspirée du nôtre finalement. En effet comment ne pas voir dans le roi des Nadirs un Gengis Khan ou Attila le hun ? Comment ne pas penser à la bataille des Thermopyles ou à d’autres batailles de notre histoire qui se sont déroulées dans les mêmes conditions, à 1 contre 100 ?

Ce fut un vrai bon moment de lecture finalement (audio, certes 😉 ), un des meilleurs de 2018, avec un livre d’une taille tout à fait acceptable d’environ 400 pages. Si l’auteur ne s’attarde pas à nous parler plus que ça de son monde, l’arrière plan fonctionne, et nous savons déjà que nous pourrons y retourner quand nous le souhaitons puisque il existe d’autres livres qui se passent au même endroit. le cycle Drenaï compte plusieurs tomes dont la légende du marche mort et Druss la légende, pour ne citer que ces deux-là. Une chose est sûre, je retournerai avec plaisir vers les livres de David Gemmell, je regrette même de ne pas les avoir connus plus tôt car c’est typiquement le genre de livre pour lequel j’aurais pu me passionner quand j’avais 15 ans.

La note :

9,5/10

L’info en plus:

 David Gemmell a toujours revendiqué son goût pour l’histoire et la littérature historique. Les liens entre son œuvre de fantasy et l’histoire comme je vous l’ai dit plus haut sont évidents et récurrents.

Le personnage de Regnak, est basé sur la personnalité de l’auteur.

Le personnage de Druss est basé sur le beau-père de l’auteur

Le personnage de Virae est inspirée de la première femme de l’auteur : Val Gemmell.

Alerte Spoiler!!

Dans Légende, l’auteur s’inspire directement et ouvertement du siège de Fort Alamo, événement célèbre de l’histoire des États-Unis au xixe siècle. La citadelle de Dros Delnoch peut être considérée comme une réplique « fantasy » du Fort Alamo. La différence essentielle entre Légende et la vraie histoire d’Alamo, est que la forteresse de Dros Delnoch résiste finalement à l’envahisseur. En effet, ayant étudié l’histoire de Fort Alamo, David Gemmell a conclu que sa perte fut la conséquence de mauvais choix et d’une accumulation d’inepties. Ce qu’il souhaitait alors retranscrire dans Légende c’est « L’esprit d’Alamo – ou ce qu’il aurait dû être ».

Alerte fin Spoiler!!

En tout cas j’espère que cette revue vous a plu, n’hésitez pas à me laisser vos commentaires et remarques, et attendant la prochaine je vous dis…

Retrouvez les avis de : Hildr

Bonsai!

Edition présentée Format Audio de chez Hardigan lu par Nicolas Planchais.

Revue littéraire: Le cycle de La Tour Sombre par Stephen King (partie 1/3)

Pour ce premier article du blog, j’ai choisi de vous parler d’un cycle que l’auteur a mis 36 ans à écrire et que j’ai lu sur 12 ans. Enfin pas tout à fait, disons que quand je l’ai découvert il n’y avait que trois tomes déjà écrits et que je n’ai pu lire la fin que 12 ans plus tard quand les trois derniers tomes ont été écrits par le Roi (King= Roi    — Ah bon?     — oui oui…).

Once upon a time…

«Heureuse rencontre que la nôtre, si fait.» 

Roland Deschain, Magie et Cristal.

Bonjour!

Venez, entrez, asseyez-vous! Vous devriez pouvoir vous trouver une place, l’endroit est tout neuf. Vous ne sentez pas l’odeur de la peinture fraîche? Si hein? Moi aussi, d’ailleurs je ne sens pas que ça, je sens le trac aussi. La frousse, les chocottes, les miquettes!  Tu m’étonnes! Ce n’est pas facile de soumettre sa plume au regard des autres. Pourtant j’ai décidé de le faire. En fait, c’est surtout parce que je brûle de partager ces passions qui m’emportent depuis tout petit. Ces refuges de l’âme, des endroits créés par d’autres mais que l’on peut parcourir grâce à notre imagination. Et autant quand j’étais enfant il n’y avait pas d’autres choix que de rencontrer réellement des  gens pour échanger là-dessus, autant aujourd’hui on peut venir vers eux par écrit, sur un blog par exemple. Ce que je tente. J’espère que mes articles vous apporteront des renseignements ou des éclairages sur mes sujets de prédilections qui je pense sont les même que vous, sinon vous ne seriez pas ici. J’espère surtout qu’ils vous divertiront à défaut d’être suffisamment techniques.

Bien, vous êtes prêt? Allez, on y va…

«Il y aura de l’eau, si dieu le veut.»

Stephen King, La Tour Sombre.

Pour ce premier article du blog, j’ai choisi de vous parler d’un cycle que l’auteur a mis 36 ans à écrire et que j’ai lu sur 12 ans. Enfin pas tout à fait, disons que quand je l’ai découvert il n’y avait que trois tomes déjà écrits et que je n’ai pu lire la fin que 12 ans plus tard quand les trois derniers tomes ont été écrits par le Roi (King= Roi    — Ah bon?     — oui oui…).

Donc il y a six tomes me direz-vous. En fait, non il y en a sept, plus un huitième paru en 2012.

Ok, mais là on s’y perd, pourrait-on avoir un ordre chronologique, quelque chose qui nous éclaire sur comment aborder ce cycle long de plus de 5000 pages? Et puis ça parle de quoi d’abord? D’horreur, d’Aliens, de monstres? Stephen King est connu pour ça.

Bien, alors on va prendre dans l’ordre voulez-vous? On va d’abord parler de la chronologie des tomes dans ce premier article puis nous aborderons les  thèmes dans le suivant, ce qui me permettra de vous donner dans le dernier de cette revue en trois partie, mon analyse (et mon avis, promis!) sur ce cycle, le tout en faisant le parallèle avec la vie de l’auteur, parce que voyez-vous la vie d’un auteur n’est pas un long fleuve tranquille et forcément sa vie impacte son œuvre, et vice-versa.

La composition du cycle

La génèse

Comme je l’ai dit précédemment il est composé de sept tomes plus un huitième écrit presque 10 ans après la fin du cycle.

Tout commença en 1966 lorsque le jeune Steve alla au cinéma pour regarder Le Bon La Brute et le Truand  de Sergio Leone. Ce film, il faut bien le dire est un monument du Western (Comment ça j’adore ça? Ça se voit tant que ça? Ah bon? Ah ben oui  alors). Stephen King sera marqué par l’interprétation de Clint Easwood, par les décors, par la musique grandiose d’Ennio Morricone. Et du coup il rêve d’écrire sur ce sujet. Mais il se trouve qu’à l’époque ce qui se fait de mieux ce sont les Hobbits . Comme il nous l’explique dans la préface de la réédition du Pistolero (le premier tome de la saga) en 2003 qui s’intitule «on n’est pas sérieux quand on a 19 ans», il rêve également de suivre les traces de Tolkien mais il ne souhaite pas faire quelque chose qui ressemblerait à ce qu’il a écrit. Alors une idée germe dans le cerveau du futur auteur de best-seller : et si on combinait le genre de la fantasy et du western, ça donnerait quoi?

Il ne s’y attelle pas de suite, il a le temps, beaucoup de temps devant lui, il est jeune! Il n’a même pas publié son premier livre.

En 1970, Il a un job à la bibliothèque de l’université du Maine, en parallèle de ses études. Un lot de ramettes de couleurs dans des dimensions excentriques (17,5 X 25) et d’un grain proche de celui de la carte apparaît dans les stocks mais sans aucune trace sur les comptes. Ils décident donc de se la partager entre étudiants travaillant là : sa future femme (Tabitha) en prit une (la bleu œuf de merle), son petit copain de l’époque une autre (la jaune coucou) et la verte lui échut.

Ce papier agit comme un moteur, un élément déclencheur et c’est sur ce papier vert d’un format peu conventionnel, hérité d’un stock fantôme (probablement un papier magique comme il le dit lui-même dans la postface de la première édition du Pistolero, puisque les trois étudiants sont tous devenus auteurs) qu’une nuit de mars 70, il couche la première phrase de cette fresque romanesque, devenu légende depuis :

«L’homme en noir fuyait à travers le désert et le pistolero le suivait.»

Pour la petite histoire, lors de la première édition française il était écrit «L’homme en noir fuyait à travers le désert et le pistolero le poursuivait.» Cette traduction sera révisé en 2003 par Marie de Prémonville (qui a révisé, harmonisé l’ensemble du cycle et traduit les derniers tomes) mais nous en parlerons tout à l’heure.

Il mettra 11 ans pour rédiger le premier tome, narrant les aventures de Roland de Gilead dernier Pistolero de l’Entre-Deux Monde parti en quête de La Tour Sombre. Il sera composé de cinq parties «Le pistolero», «Le relais»,« L’oracle et les montagnes», Les lents mutants» et « Le pistolero et l’homme en noir», qui seront publiées indépendamment dans un magazine appelé  » The Magazine of Fantasy and Science Fiction » entre octobre 78 et novembre 81 (après la publication de ses premiers romans). En 1982 les cinq parties sont réunies en un unique volume intitulé Le pistolero édité à 10 000 exemplaires. Ils disparaîtront rapidement laissant les fans perplexes sur ce livre apparaissant dans sa bibliographie au début de ses romans, mais impossible à obtenir. Très vite une forte demande intervient auprès de son éditeur de l’époque (Doubleday) pour une réédition et une suite.

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Les tomes 2, 3 et 4: L’auteur célèbre est né.

En 1987, alors qu’entre temps le succès est arrivé, ce sera donc la suite tant attendu Les trois cartes. Il a déjà vendu plusieurs centaines de milliers de livres dont plusieurs best sellers adaptés au cinéma ou à la télévision comme Carrie, Shining, Salem, Le Fléau, et sa notoriété n’est plus à faire. Il est traduit dans plus de quarante langues et bien qu’il ne soit pas reconnu par les instances littéraires « sérieuses » son statut d’auteur populaire lui convient très bien. Ce tome poursuit les aventures de Roland qui va rencontrer de nouveaux compagnons de routes dans sa quête pour la Tour, alors qu’il était seul depuis bien longtemps.

En 1991, ce sera Terres Perdues publié au milieu d’autres livres (Stephen King est très prolifique) dont les genres commencent à différer de l’horreur fantastique dont il nous avait jusque là gratifié ( des livres comme Misery par exemple ou Jessie). Ce roman permet le vrai départ, celui de la direction véritable que nos héros doivent prendre pour atteindre leur but: La Tour (« ta foutue Tour » comme dirait Eddie au Pistolero). On l’imagine presque se profiler à l’horizon au fil des pages alors qu’en réalité elle est encore loin, bien loin.

Mais il écrit cette histoire relativement lentement par rapport à ses autres livres et cela le peine autant que ses lecteurs. D’après lui seul 50% de ses Fidèles Lecteurs (comme il les appelle) ont lu son cycle de La Tour Sombre, et cela s’explique peut-être parce qu’il s’agit de Fantasy, bien que l’on y retrouve beaucoup du style (et d’autres choses …) de ses autres livres à l’intérieur, mais tout le monde n’aime pas ce genre (les a priori ont la peau dure!). Le King sort quasiment un livre par an si ce n’est deux, mais il n’a jamais réussi à faire deux années de suite sur La Tour, il a besoin de  se ressourcer entre chaque tome, ou d’attendre que la suite lui vienne (il a une explication sur le sujet), et il a d’autres histoires à raconter, qui parfois, elles aussi, sont difficiles à écrire comme Insomnie sortie en 1995.

En 1997 arrive le quatrième tome Magie et Cristal (qui a dit que c’est mon préféré? J’entends quelqu’un qui le suggère là au fond, en chuchotant! Eh bien oui c’est vrai. Nous y reviendrons lors des prochains articles quand je parlerai des thèmes de l’œuvre et de mon avis dessus). Pour la première fois nous allons visiter le passé de notre héros, Roland, et obtenons des réponses sur ce qui n’avait été que suggéré dans les tomes précédents.

The Turning Point

Nous voici donc à la fin du XXème siècle, la fin du monde nous est promise par des rigolos de tout genre et on parle du Bug informatique géant qui doit survenir dans les horloges de tous les ordinateurs du monde lors du passage à l’an 2000. Cela fait bientôt 25 ans que le Roi nous divertit par ses romans et autres nouvelles (il a composé de nombreux recueils, plus intéressants les uns que les autres). Mais pour lui le bug informatique aura le goût de l’acier, et de la morphine.

Le 19 juin 1999 alors qu’il se promène, comme souvent près de chez lui l’après midi, un van bleu le percute sur le bord de la route. Il s’envole dans les airs, projeté à 3 mètres de hauteur puis retombe, la tête pas très loin d’une grosse pierre, brisé de partout. Il est gravement blessé et passe très près de la mort. Après de nombreux mois à l’hôpital et  de nombreuses opérations pour sauver sa jambe droite notamment, il peut enfin rentrer chez lui et se remettre tout doucement au travail. L’écriture comme il le dit, dans son cas, sera réparatrice. Et malgré la douleur de la position assise, il recommence à écrire.

Pourquoi je parle de ça me direz vous?

Parce qu’alors qu’il est en convalescence, la première chose à laquelle il pense c’est qu’il a bien failli mourir sans finir sa plus grande œuvre! Si fait! Il repense à ces lettres envoyées par des fans lui demandant de lui raconter la fin de cette histoire alors qu’ils sont sur le point de quitter notre monde (Stephen King nous parle dans son livre Ecriture : mémoire d’un métier de deux de ces lettres, je vous y renvoie si vous souhaitez en savoir plus)

Et, grand merci, Sai c’est alors qu’il se décide à terminer une bonne fois pour toute cette histoire qui n’a jamais cessé de le hanter. Il sent qu’il faut le faire et il en jurerait par sa montre et son billet.

Le grand Final (Tome 5,6,7)

«Monsieur, notre affaire à nous, c’est le plomb.»

Steeve Mac Queen, Les sept mercenaires.

Après avoir refait une courte incursion dans le monde du Pistolero en 2002 dans le recueil de nouvelles Tout est fatal avec « Les petites sœurs d’Elurie », l’auteur s’attaque enfin au gros morceau. Il publiera ces trois derniers tomes en l’espace de deux ans. Tout d’abord Les loups de la Calla en 2003, roman complètement inspiré du film Les sept mercenaires de John Sturges (à qui il rend hommage en nommant un des lieux de l’histoire « Calla Bryn Sturgis » ), lui-même inspiré du film Les sept samouraïs de Akira Kurosawa.

Puis viendra Le Chant de Susannah en 2004, roman centré sur le personnage éponyme et dans une structure plutôt différente des autres. Ce roman se lit plutôt vite comme si l’auteur avait réussi à calquer le rythme de l’histoire qui s’accélère pour ses personnages, le temps jouant contre eux, au sentiment qu’il doit se dépêcher, que finalement « le type au radar » comme il l’appelle est dans son quartier et qu’il va pas tarder à passer pour lui présenter la note de frais, le reléguant au même rang que Chaucer et Dickens et leurs œuvres inachevées.

Et puis fin 2004 l’auteur sort enfin le dernier opus intitulé sobrement La Tour Sombre, le plus gros volume de la série. Ça y est! Enfin! Roland approche du bout du chemin!

…Ou est-ce de « la clairière au bout du sentier », image représentative de la mort dans le cycle?

En tout cas, ce volume conclut enfin l’histoire de notre Pistolero et de sa quête de La Tour Sombre. Comme dira Stephen King dans la toute dernière Postface :

« On ne peut pas dire que je raffole de cette fin, pour vous dire la vérité, mais c’est la juste fin. La seule fin, en fait. »

La collection avec les textes révisés des premières éditions.

En 2012, le Maître reviendra une nouvelle fois vers le monde de Roland, le temps d’un court roman intitulé La clé des Vents. L’auteur n’a finalement pas tout dit sur le monde du Pistolero et il en trouve encore le chemin. « Pour les fidèles lecteurs, ce livre s’intercale entre Magie et Cristal et Les Loups de la Calla… ce qui fait de lui, je suppose, l’épisode 4,5. » dira l’auteur.

Il ne nous est d’ailleurs pas interdit d’imaginer que suite à l’adaptation cinématographique (dont je ne parlerai pas ici faute de l’avoir vu), King puisse trouver un regain d’intérêt à écrire sur cet univers.

Pour conclure sur la structure du cycle, je vais faire un petit aparté sur la traduction française. On traduira les romans de la Tour Sombre à partir de 1990, quand l’auteur commencera à vendre en France en fait, à raison d’un par an (il n’y en a que trois d’écrit à ce moment là). Magie et cristal paraîtra en français un an après sa parution américaine, soit en 1998. Il en sera de même pour les trois derniers tomes : 2004 pour le tome 5 et 2005 pour les tomes 6 et 7. La traduction sera d’abord assuré par Gérard Lebec  (tome 1 et 2), Jean-daniel Brecque (tome 3 et le tome 4.5) puis à partir de 2002 Marie de Prémonville (tome 5,6,7) qui assurera également l’harmonisation de la traduction pour tout le cycle.

Si vous voulez en savoir plus sur ce travail de l’ombre, je vous renvoie vers cet excellent article d’un site francophone unique sur La Tour Sombre:

http://www.latoursombre.fr/news-211–exclusif-interview-de-marie-de-premonville-traductrice-de-la-tour-sombre

Ce site est une encyclopédie, sur le riche univers de cette série sans égal dans l’œuvre du King. Leur travail est formidable, et je tenais à leur glisser un clin d’œil ici (entre fan on va dire!)

Je vous remercie beaucoup-beaucoup de m’avoir lu jusqu’ici. Dans la deuxième partie, je parlerai des thèmes de La Tour Sombre, en attendant:

«Que vos jours soient longs et vos nuits plaisantes.»

S.K.

Bonsai!

Edition présenté: PANINI COMICS (6 février 2008) ISBN-13: 9782356160041 Collection : BEST OF FUSION