Revue Littéraire : Le Corps de Stephen King

Bonjour à toi, lecteur d’Automne,

Cher lecteur, chère lectrice, nous continuons notre voyage au cœur de cet automne brumeux et pluvieux. À l’heure où j’écris ces lignes un crachin venteux piquette ma maison, ponctué de-ci de-là de rafales qui s’écrasent en mitraille sur mes fenêtres. Les nuages gris roulent sous l’impulsion violente du vent, alors que la lumière peine à filtrer. Sur ma table de fortune – votre serviteur travaille dans des conditions proches de l’esclavage pour vous amener le meilleur de ses lectures – un café chaud accompagne ma prose qu’une lampe de bureau doit éclairer, alors que nous sommes encore en journée, afin de ne pas fatiguer mes yeux déjà trop usés. La luminosité est plus faible ces jours-ci, la température aussi, c’est le temps idéal, vraiment, pour aller faire une balade en compagnie du Maitre. L’année dernière, Tomabooks a lancé l’automne du King sous le hashtag #automneduking, et ayant beaucoup apprécié le concept, j’ai remis ça cette année. Il s’agit de ma troisième lecture du King pour ce challenge après Élévation et L’Outsider. Je vais vous parler de la nouvelle la plus autobiographique écrite par Stephen King : Le Corps.

Quatrième de couverture :

J’allais sur mes treize ans quand j’ai vu un mort pour la première fois. Parfois, il me semble que ce n’est pas si lointain. Surtout les nuits où je me réveille de ce rêve où la grêle tombe dans ses yeux ouverts.
Été 1962, quatre adolescents un peu fous s’élancent le long de la voie ferrée, à la recherche d’aventure, de frisson… de danger ?

Mon avis :

Les choses les plus importantes sont les plus difficiles à dire, des choses dont on finit par avoir honte parce que les mots ne leurs rendent pas justice – les mots rapetissent des pensées qui semblaient sans limites, et elles ne sont qu’à hauteur d’homme quand on finit par les exprimer.

Stephen King

J’ai lu cette nouvelle il y a plus de 25 ans alors qu’elle faisait partie intégrante du recueil Différentes Saisons. À l’époque – et mon dieu que j’étais jeune ! – ce n’était pas la nouvelle qui m’avait le plus marqué alors que le livre en comptait 3 autres. Je dirais même pour être honnête que je ne m’en rappelais pas du tout. Cette relecture aura eu du bon, donc. Il est rare que je ne me rappelle pas d’une lecture, quand bien même elle date. Il faut croire que le temps finit par craqueler notre mémoire. Enfin, pas celle de King. Cette nouvelle le prouve.

On va tout de suite régler un point tout à fait personnel sur cette édition. Il ne s’agit en aucun cas d’un roman. C’est une nouvelle. Longue, certes. Mais une nouvelle. L’éditer seule ? je ne suis pas convaincu de l’intérêt pour le lecteur, la couverture ne justifie même pas l’achat. Où sont passées les belles illustrations des éditions de ma jeunesse ? Ces couvertures qui vous dévoilaient un monde, vous donnaient envie de vous y plonger ? Mon premier achat, Simetierre en version poche – oui, quand tu es lycéen tu lis du poche parce que c’est moins cher et ça prend moins de place – était entièrement motivé par la couverture avec ce cimetière fait de croix de bois au milieu d’une clairière et en arrière plan, un bosquet surplombé par deux yeux faits de jeux d’ombres, transperçant une lumière spectrale, qui vous observait. La motivation de cette présente édition me semble ici purement commerciale et non artistique, à mon grand regret, et je ne juge pas opportun d’éditer une nouvelle à la façon d’un roman dans ces conditions. Ceci étant dit, d’une manière générale, les couvertures du King, bien qu’il n’en soit pas responsable, me déçoivent d’année en année. J’aime les illustrations. J’aime les illustrateurs. Remarquez, on peut faire de belle couv’ en photo aussi, c’est un art également, mais les rééditions de ces dernières années en poche me laisse complètement sur ma faim, à croire qu’on ne veut plus engager d’illustrateurs, encore une fois pour des raisons économiques. Tristesse. Quand je vois les gens s’emballer sur la réédition du Fléau avec sa couverture tout en vert… mouais… moi aussi je sais dessiner un corbeau sur une couv’ bichromatique. Je préfère mon édition, donc pas de rachats pour moi. Désolé.

Mais bref ! Trêve de digressions sur ce sujet. Passons au cœur du livre. King nous livre une de ses plus belles préfaces. Une des plus intimes aussi. Pourquoi ? Pour nous prévenir. Cette nouvelle n’est pas une simple histoire, elle est autobiographique. Oh, bien sûr, pour ceux qui connaissent bien sa vie, son oeuvre, on sent où commence la vérité et où la fiction prend la relève pendant le récit, mais il a toujours mis une grande part de lui dans ses écrits, c’est connu.

Plus jamais je n’ai eu d’amis comme à douze ans, et vous?

Stephen King

Au travers d’un narrateur qui se nomme Gordy Lachance et qui ressemble étrangement à notre écrivain favori, nous allons vivre – ou revivre par procuration – une tranche de vie adolescente, en partageant l’expédition incroyable de quatre jeunes de 12 ans à la recherche du corps d’un garçon qui a disparu et qui semble se trouver au bord d’une voie ferrée. Le but du voyage ici n’est pas le plus important et je l’ai même oublié par moment lors de ma lecture. Non, le vrai but du récit est ailleurs. Cette randonnée morbide n’est qu’un prétexte pour King pour nous remémorer ce que c’était d’être une bande de copains à douze ans. J’ai bien dit copain, je pense que cette histoire entrera plus en résonance auprès d’un public masculin « d’âge mûr » on va dire, car il faut être un garçon qui a un peu vécu et laisser son adolescence loin dans le rétroviseur pour comprendre certaines situations. J’ai lu beaucoup de commentaires disant que les termes homophobes qui émaillent le récit dans la bouche des quatre ados, dérangeaient. Et bien désolé, je n’ai pas l’âge du King et de loin, mais ces tendances existaient encore de mon temps, et il faut avoir été un garçon pour le comprendre. Si je devais expliquer ces pratiques, je dirais que c’est une question d’affirmation, comme montrer qu’on est un mâle alpha parmi d’autres, afin de ne pas se faire dévorer par la meute, un truc de virilité alors qu’on y est pas encore.

C’est un croisement terrible que le Maître nous amène là. L’enfance et la mort.

Le récit est bien construit malgré quelques longueurs inutiles, il s’articule comme un parcours initiatique où chaque étape est déterminante et permet à chaque garçon de réaffirmer qu’il sera bientôt un homme – avec ce que ça implique – à grands coups de bravaches verbales et de tours de force. C’est surtout pour chacun, une manière de tromper leur angoisse commune à tous, de la maintenir terrée tout au fond sous cloche, avec interdiction de remonter. Parce que quand on a douze ans, on ne sait pas ce qu’est la mort. La mort c’est un truc d’adulte. On ne l’imagine même pas. Et ça, c’est terrifiant. C’est un croisement terrible que le Maître nous amène là. L’enfance et la mort. Tout du long, jamais il ne dira qu’ils ont vraiment peur, jamais il ne dira combien ils ne veulent pas lâcher par fierté, parce que « les hommes » fonctionnent – bêtement aurais-je envie de dire – comme ça. Mais il illustrera ça de manière magnifique par leurs comportements, leurs mots. King a un don pour parler de l’enfance. Il se rappelle très bien de ses codes, et il a cerné de manière très précise toute la psychologie qui en découle. Ce voyage symbolise le rite de passage vers l’âge adulte. N’oubliez jamais : nous sommes tous le produit de notre enfance et nous faisons nos premiers choix dans notre vie d’adulte en conséquence. Cette nouvelle aborde ce fait, d’une certaine manière.

Conclusion :

En remontant le rail vers Le Corps, King remonte le temps et nous rappelle combien nous étions impressionnables et en même temps si insouciants étant jeunes. Alors que pour certains l’avenir semble déjà se dévoiler sous des funestes auspices et qu’ils en ont vaguement conscience, on continue à croire aux légendes urbaines, comme celle du chien du gardien de la décharge, ou aux histoires qui font peur, celles qu’on se raconte au coin du feu dans la nuit étoilée. On est persuadé que nos bobards sauront tromper nos parents, et qu’ils ne comprennent rien, sans nous douter qu’ils ont eu notre âge un jour et qu’ils s’en souviennent, aussi … oui… oh, oui.

Le King nous parle d’une époque plus lente, plus douce et plus violente aussi, dont ma génération a connu les derniers soubresauts avant de sombrer dans l’ère du numérique et du dématérialisé, dans l’air de la violence sociale en réseau. C’est une lecture triste et nostalgique. Oui. Bon nombre de lecteurs ont semblé déçus, persuadés de trembler de peur en lisant cette histoire. Malheureusement pour eux, point d’horreur mêlée de fantastique ici. Et c’est probablement la force de ce récit : la réalité est parfois bien plus horrible. King par son talent narratif arrive une fois de plus à traiter de thèmes profonds en quelques pages et à nous montrer que le plus terrifiant réside dans ce quotidien voilé derrière chaque fenêtre. Il ouvre, comme souvent, une porte sur l’innocence perdue avec notre enfance, et cela restera le thème majeur de son oeuvre, selon moi. Sa capacité à se remémorer nos codes, nos comportements, nos croyances, lors de cette époque d’insouciance bénie est sans aucun doute unique. Un récit sur l’enfance donc, et ses drames invisibles, ses horreurs muettes. Un petit bijou en quelque sorte, malgré quelques pages qui auraient pu être coupées sans pour autant gâcher le récit. Mais on lui en voudra pas, on adore l’écouter raconter !

La Note : 7,5/10

Vous pouvez aussi retrouver les avis de : Tomabooks

Edition présentée : Albin Michel. Paru le : 2/10/2019 ISBN :2226445366 Traduction : Pierre Alien

Revue Littéraire : Cthulhu : Le Mythe Livre II par H. P. Lovecraft (Recueil édité par Bragelonne)

H.P. Lovecraft. Quand j’étais au Lycée, je ne connaissais ce nom que par le biais de Stephen King qui le citait dans certaines de ses préfaces et également par le Jeu de Rôle l’Appel de Cthulhu auquel je ne jouais pas, trop attiré par son grand frère Donjons et Dragons. Le temps passant, je rangeai ce nom dans un tiroir de ma mémoire, ne le consultant que lors de rares références lues dans un article ou dans un roman. Il y a quelques temps – même des années finalement, le temps file si vite – je me penchai à nouveau sur cet auteur que j’avais classé au rang de « référence » en me fiant de manière certaine aux témoignages des autres sans pour autant prendre le temps de juger par moi-même. Cela commença par une découverte audio grâce à Hardigan qui proposait de découvrir gratuitement L’Appel de Cthulhu. Je tombai sous le charme de ce style si particulier, découvrant ou plutôt redécouvrant la mise en abîme, un procédé efficace lorsqu’il s’agit d’un récit horrifique. Suite à cet écoute, je profitai là encore d’une opération promotionnelle de Bragelonne au début de l’été 2019 pour acquérir sur ma liseuse le premier recueil, Cthulhu : Le Mythe I, du même éditeur dans lequel on retrouve en pièce maîtresse le texte cité plus-haut que pour ma part j’ai aimé malgré certaine critique sur sa faiblesse narrative. Quelques lectures plus tard, la lumière du jour déclinant, le froid recouvrant de son voile paralysant nos contrées maritimes et novembre accompagné de son cortège funéraire d’Halloween se présentant sur le pas de ma porte, me permirent de me plonger, m’immerger, dans cet univers fait de textes courts, de nouvelles, longues pour certaines, pendant des heures de lectures inoubliables, bercé par les hurlements des molosses au loin et des sifflements plaintifs du vent, secouant mes volets, balayant ma lande noyée sous une pluie diluvienne et apocalyptique en ce début d’hiver, le dernier peut-être?

Très vite, après ces premières frayeurs digérées, le tome 2 m’attira, comme un appel irrépressible. Il fut bientôt mien et je parcourus rapidement ses pages impies alors que les fêtes de Noël battaient leur plein. Le père Noël n’oublia pas de contribuer à ma folie en laissant sous le sapin le somptueux livre illustré par François Baranger et préfacé par Maxime Chattam: Les Montagnes Hallucinées. Ça tombait bien, parce qu’il ne s’agissait que de la première partie et que dans le deuxième recueil de Brage que je lisais à ce moment-là, il y avait la nouvelle en intégrale avec sa traduction revue et son nouveau titre, Les Montagnes de la démence, plus proche de la VO, mais moins poétique à mon goût. Mais avant d’arriver à cette dernière il me fallait franchir bien des frayeurs, parcourir bien des sentiments, pour la plupart terrifiants, confinant à la folie. Le maitre de Providence avait-il réussi à instiller une peur atavique dans mon esprit avec ses mots, son phrasé cyclopéen venu d’une époque littéraire précambrienne, rédigé sous l’emprise d’une horreur sans nom venue des confins du cosmos?

Tout d’abord, suite à cette présentation des circonstances de ma rencontre avec le mythe, je dois signaler avant d’entrer dans le vif du sujet, que lors de ma lecture, j’ai recherché avidement des avis sur ce tome 2, mais mis à part celui de Lorkhan, je n’en ai pas trouvé beaucoup. Plutôt que de rédiger un avis sur le premier tome finalement assez chroniqué par beaucoup de bloggueurs, j’ai donc choisi de vous parler de celui-ci, et peut-être des deux autres suivants que je n’ai pas encore lus, si l’occasion se présente.

Au menu :

Azathoth
Histoire du Necronomicon
Nyarlathotep
Dagon
De l’au-delà 
Le molosse
La musique d’Erich Zann
Par-delà le mur du sommeil
Le temple
La peur qui rôde
La couleur tombée du ciel 
L’ombre immémoriale
Les montagnes de la démence

Mon avis

Les trois premiers titres ne sont que de courts écrits de quelques pages à peine. Très poétique, teinté d’une musicalité exquise avec une phrase d’ouverture d »un style complexe devenu rare de nos jours à l’heure de la littérature « efficace », le premier texte, Azathoth, nous offre un panorama assez précis sur les capacités de l’auteur. Vous pouvez y voir une critique des styles actuels, oui, pourtant ce n’est pas le cas, je garde tout simplement une tendresse particulière pour ces artisans de l’écriture qui prirent le temps de peaufiner leur art, sur leur machine à écrire où la moindre rature, où un mot mal choisi entraînait invariablement la chute de la page dans la corbeille sous le bureau. En fait, je constate simplement que de nos jours, dans beaucoup de livres, nous rencontrons des phrases courtes à la structure simple et même si je peux comprendre l’utilisation de ce procédé suivant le contexte – accélération du rythme, création d’une dynamique – je pense toutefois que dans une certaine mesure c’est le manque de maîtrise grammaticale qui en est peut-être la raison profonde. Sans plagier mon confrère blogueur cité plus haut, tout comme lui je ne peux m’empêcher de vous livrer ce passage afin de vous permettre de juger de la qualité du style de Lovecraft :

Lorsque la vieillesse tomba sur le monde et que les hommes perdirent leur capacité à s’émerveiller, quand les villes grises dressèrent dans les cieux voilés les hautes tours funestes et laides dans l’ombre desquelles on ne pouvait plus rêver ni au soleil, ni aux prés florissant du printemps, quand le savoir dépouilla la terre de son manteau de beauté et que les poètes ne chantèrent plus que les fantômes déformés par leurs regards troubles et tournés vers l’intérieur, quand toutes ces choses arrivèrent, effaçant pour toujours les espoirs enfantins, un homme quitta la vie pour voyager dans l’espace où s’étaient enfuis les rêves du monde.

H. P. Lovecraft – Azathoth

Les deux textes suivants sont dans des registres différents : Histoire du Necronomicon se veut un historique précis, relatant les dates importantes qui émaille sa création et sa vie – oui, les livres ont une vie aussi. Ce genre de texte me convient parfaitement dans ce type d’ouvrage constitué comme un canevas de textes reliés entre eux dans un univers commun, il rajoute de la profondeur et du réalisme au mythe. Nyarlatothep par contre ne m’a pas convaincu. Trop vague, lien peu évident avec le reste, même si l’on reverra cette entité sous une autre forme plus tard, il manque des références pour vraiment en savourer la profondeur. Un histoire peu passionnante au final.

Dans les autres nouvelles qui m’ont laissé de marbre, ou ont eu peu d’impact sur ma fièvre de lecture on peut citer De l’au delà, La peur qui rôde et Par-delà le mur du sommeil. Des trois c’est encore cette dernière qui était la plus intéressante par son thème, surtout que l’auteur nous la relie, pour qui s’intéresse à l’histoire de l’astronomie, à un phénomène bel et bien réel survenu en 1901 dans la constellation de Persée. Autant dans le premier tome nous avions droit à un « préambule » sur l’auteur et son oeuvre, autant ici il est dommage que ces informations ne soient pas données. Comme je suis un lecteur curieux du contexte d’écriture, je n’hésite pas à me documenter sur le texte que je suis en train de lire, mais il aurait été utile et agréable d’avoir une sorte d’appendice, rendant justice à l’auteur sur la qualité de sa documentation et de ses recherches en matières de sciences, sa véritable passion après l’écriture et paradoxalement source de ses pires angoisses, ainsi que sur le contexte d’écriture – commande, production personnelle – et l’origine de ses inspirations. Si la première et la dernière nouvelles de ce triptyque pas si mauvais mais moins captivant sont de la pure SF tournant autour du de l’idée de plan astral, La peur qui rôde est une pure nouvelle d’horreur, avec un style efficace mais sur un sujet peu intéressant à mon goût tant les a priori raciaux de Lovecraft sont présents. C’est un des aspects que j’aime le moins chez lui, et même si sur la fin de sa vie, son racisme et son antisémitisme s’atténueront reconnaissant de lui-même s’être fourvoyé, certains de ses textes vu de notre époque sont un peu durs, de plus dans ce registre j’ai largement préféré L’abomination de Dunwitch du Livre I.

On monte en qualité…

Nous allons continuer à monter crescendo vers le meilleur de ce recueil, avec cette fois-ci un quatuor de nouvelles dans des registres bien différents mais aux thèmes et styles efficaces qui m’ont procuré beaucoup de fray.. euuuh , plaisir, je voulais dire plaisir cher lecteur et chère lectrice. Tout d’abord Dagon, un texte très court qui nous renvoie au Cauchemar d’Insmouth, dans le précédent livre et qui se déroule pendant la première guerre mondiale. Un récit maritime, encore une fois conçu comme les souvenirs couchés par écrit d’un soldat fait prisonnier en pleine mer et qui après s’être échappé est le témoin oculaire d’une manifestation étrange. L’océan et ses profondeurs sont au cœur de ce récit, sources des grandes peurs de l’auteur, et offrent un décor proche de ce que sera L’Appel de Cthulhu, bien que l’entité divine qui donna son nom au mythe ne soit pas le point central du récit, ni même présente, et que la technique narrative de la mise en abîme ne soit pas utilisée dans ce texte daté de 1917. Il s’agit donc ici d’une vraie réussite en peu de pages.

Viennent ensuite La Musique d’Erich Zahn et Le Molosse. Si le premier est un texte un peu à part dans l’oeuvre de l’auteur puisqu’il nous parle de musique, aucunement un de ses domaines de prédilection, le second est un pur récit Horreur-Fantastique dans un style baroque. Là où le premier se passe dans ce qui semble être une rue parisienne où logent essentiellement des étudiants, ainsi que le narrateur à une époque, mais qu’il ne retrouve plus, le second nous promène dans des lieux sombres où le mal hante les nuits. Caves, simetierres (clin d’œil assumé, ne m’en voulez pas! Je ne peux m’en empêcher) et jeux morbides sont au rendez-vous du Molosse, alors que violoncelle, virtuosité et mélancolie nous étreignent avec Erich Zahn. Et si la peur n’est pas dévoilée mais latente, tapie derrière le rideau, attendant son heure au cœur du quartier parisien transfiguré, vous aurez droit à de vraies terreurs sanglantes au son de hurlements inhumains sous une pâle lune blafarde avec la seconde nouvelle.

Le temple fait partie de ces nouvelles « classiques » chez le maitre de Providence mais dont l’efficacité est redoutable. Là encore, il s’agit d’un témoignage, comme pour Dagon et tant d’autres textes (dont ceux que j’ai gardé pour la fin, en guise de clou du spectacle), il préfigure l’efficacité qui caractérise les derniers écrits de Lovecraft. Toujours sur fond de conflit mondial, le narrateur, un officier allemand de la Kriegsmarine, nous raconte sa descente vers les profondeurs de la folie tant au sens littéral que figuré. Le choix de du point de vue n’est pas anodin puisque l’officier allemand de l’époque incarne le sérieux, la rigidité, la véracité pure, et même si celui-ci semble par moment caricatural, il donne un réalisme saisissant à ce récit qui nous entraîne inéluctablement en apnée vers le fond de l’océan, pour une fin en apothéose. Abyss à coté n’est rien (bon, j’exagère un peu).

L’apothéose.

Il faut croire que chez Bragelonne, on a le sens de la mise en scène car les 3 dernières nouvelles montent crescendo en qualité dépassant de loin à mon sens le reste du Livre II. On a tout d’abord La couleur tombée du ciel. France Culture nous propose une lecture audio de cette histoire sur son site en replay : La couleur tombée du ciel.

Ici, Lovecraft déploie tout son art pour mêler Fantastique, Horreur et Science- Fiction. Encore une fois le contraste entre les gens de la ville et des campagnes environnantes est saisissant, héritage d’une éducation bourgeoise et aisée qui l’incite à certains raccourcis sociaux et moraux sur ses semblables ruraux. H. P. est un héritier, plus précisément un héritier sans héritage, ce qui explique en partie certains traits de caractère de l’auteur dont la mélancolie et son pessimisme. Il faudrait un autre article pour analyser son oeuvre et ici n’est notre but. Quoiqu’il en soit le résultat est génial! Nous vivons encore une fois par le biais d’un témoignage oral cette fois-ci, l’histoire de la descente aux enfers d’une famille paysanne ayant été les témoins de la chute d’une météorite dans leur champ. Le narrateur, un ami de la famille en question, nous livre pas à pas les détails de l’affaire qui attira les scientifiques d’Arkham (ville fictive chère à l’auteur) 30 ans plus tôt, et les conséquences croissantes de cet événement jusqu’au clou final, hypnotique, terrifiant, qui vous glacera le sang dans votre fauteuil.

Où le cosmicisme est à son zénith.

« Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l’infini, et nous n’avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu’à présent ; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel âge de ténèbres. »

H. P. Lovecraft

On arrive aux deux derniers textes. Ce sont les deux plus longs, et comme on dit : plus c’est long plus c’est bon. L’adage se vérifie en ce qui nous concerne ici. L’ombre immémoriale se construit comme un témoignage à nouveau. Il s’agit de l’histoire d’un professeur d’université qui nous raconte dans une première partie comment pendant 5 ans il a disparu. Pas physiquement non, seulement sa personnalité, envolée, remplacée, laissant les commandes de son corps à une autre « personne ». Et où était-il pendant ce temps-là ? C’est lors de rêves survenant après « son retour » qu’il va le deviner sans vouloir y croire. Dans la deuxième partie du récit, notre narrateur va entreprendre un voyage sur les traces de ses prémonitions oniriques qui le conduiront au bord de la folie, lui dévoilant de manière empirique l’horreur indicible de son « absence ». Je dois vous avertir que j’ai lu ce titre après l’ouvrage illustré des Montagnes Hallucinées et qu’il a drôlement fait écho à ce dernier qui se situe juste après dans le recueil. Aurait-il fonctionné sur moi avec la même intensité à l’inverse? Toujours est-il que tout les thèmes chers à l’auteur et à ce Cosmicisme dont il est l’instigateur se retrouvent dans cette histoire : civilisation antédiluvienne, horreurs cosmiques et, ce que je préfère, cité perdue. Il y a d’ailleurs ici probablement à un moment de l’histoire une référence à La cité sans nom, le premier texte du Livre I, mais l’auteur se garde de l’expliciter préférant laisser le lecteur tirer ses propres conclusions.

On arrive à la pièce maîtresse de ce recueil qui est presque en soi un roman tant le texte est long. Direction les terres glaciales et inhospitalières de l’Antarctique, continent à la force évocatrice incomparable et quasi inexploré à l’époque de la rédaction de Les montagnes de la démence – nouvelle traduction des Montagnes Hallucinées donc. Dernier bastion indompté de notre planète, c’est au travers du compte-rendu d’une expédition essentiellement à but géologique et financée par l’université de Miskatonic d’Arkham, que nous allons encore une fois être confronté à notre ignorance, notre impuissance face à un passé remontant au plus lointains éons géologiques et réapparaissant de manière fortuite au gré des recherches, nous rabaissant au statut de fourmis au sein de notre propre monde. Le texte est d’une qualité rare, peut-être son meilleur. Le vocabulaire scientifique est fouillé, maîtrisé, je ne me suis jamais autant intéressé au passé géologique de notre planète et les différentes périodes qui le composent, que lors de cette lecture. Je sais qu’il existe plusieurs sortes de lecteurs, ceux qui lisent et ne s’arrêtent pas sur un mot inconnu s’il ne nuit pas à la compréhension du texte et rentrent dans le cadre global d’un contexte entendu, et ceux – je confesse faire partie de cette catégorie – qui ne peuvent manquer l’opportunité de s’enrichir même si ce mot ne sera pas revu ou réutilisé ultérieurement. Ce récit est une véritable mine d’or de par sa richesse stylistique et lexicale. L’auteur prend son temps usant et abusant de plus en plus au fil de la narration des adjectifs qui sont sa marque de fabrique, nous amenant d’un récit scientifique vers une horreur sans nom, indicible. La peur d’ailleurs ne se situe pas toujours où l’on veut le croire, et Lovecraft sait créer l’angoisse sans nous en montrer l’origine.

«Si je désapprouve cette méthode, laisser la porte fermée plutôt que de l’ouvrir, c’est parce que je pense que ceux qui l’utilise partent déjà perdant.»

Stephen King Anatomie de l’horreur chapitre 6

Vous le savez, j’adore le Roi, mais là pour le coup je lui donne tort. Peut-être l’arrogance de sa jeunesse et son succès fulgurant le poussa-t-il à écrire cette phrase, peut-être avait-il oublié le visage de ses pères, il n’empêche que Lovecraft nous donne à tous une leçon dans le domaine : il n’est point besoin de montrer pour terrifier, car il s’agit bien ici de terreur. Au fur et à mesure que le récit avance et que l’expédition bascule tout d’abord dans l’horreur puis dans la terreur, le décor déjà immense, inquiétant, hostile, s’agrandit afin de rendre l’espèce humaine encore plus insignifiante, nous laissons deviner que nous sommes les derniers rejetons d’un univers trop vaste et incompréhensible pour notre condition humaine.

Conclusion :

Ce deuxième recueil m’a encore plus marqué que le premier par la qualité de ses textes, surtout les trois derniers, et je m’étonne qu’on en parle pas plus que du premier qui lui est inférieur sur bien des aspects. Lovecraft manie la plume d’une manière qui lui est propre, inimité, avec un lexique recherché et fort à propos, tout bonnement exquis pour tout amateur de fiction horrifique et fantastique. Une lecture à mettre donc dans toutes les bonnes bibliothèques de l’imaginaire sans tarder. Attention tout de même à ne pas le laisser trop près de votre lit, on ne sait jamais, les portes du rêve pourraient bien vous expédier aux confins de l’univers, là où tapies dans l’ombre des profondeurs noires et glaciales, les grandes entités cosmiques attendent de vous rendre fou.

la note : 8,5/10

Edition présenté : Cthulhu : Le mythe Livre II aux éditions Bragelonne ISBN :978-2-8205-2320-4 traduit par Arnaud Demaegd, illustrateur: Loïc Muzy, 434 pages.

l’Automne du King : mon tout premier challenge!

Un article un peu différent pour une fois, car je vais passer en revue non pas un mais quatre romans! J’ai découvert tout à fait par hasard l’existence du challenge #automneduking sur Instagram. Comme je venais de finir de lire Le signal de Maxime Chattam, je me trouvais imprégné de l’humeur nécessaire à ce genre de lecture. De plus il y avait encore pas mal de livres du maitre que je n’avais pas lu et qui dormaient dans ma PAL. Je me suis donc fait une petite sélection de 4 livres à lire entre le 20 septembre et le 20 octobre : Roadmaster, Doctor Sleep, Mr Mercedes et Carnets Noirs. Pourquoi ne pas aller jusqu’au 20 décembre comme le suggère le challenge? Parce que Steven Erikson m’attendait avec la suite de son Livre des Martyrs dont le tome 4 sortait le 18 octobre et il y avait encore d’autres livres que je m’étais promis de lire avant la fin de l’année. Voici donc mes retours dans leur ordres de lectures pour ce petit challenge, mon tout premier.

Mr Mercedes

En 2009, dans le Midwest, alors que des centaines de chômeurs font la queue à l’entrée d’un salon consacré à la recherche d’emploi, une Mercedes fonce à toute allure dans la foule et fuit après avoir tué huit personnes. Un an plus tard, Bill Hodges, policier à la retraite, reçoit une lettre du conducteur, toujours en liberté, l’entraînant dans un vaste jeu du chat et de la souris.

Depuis longtemps j’étais attiré par cette trilogie dont tout le monde parle. J’ai donc entamé avec un certain plaisir ce King que je n’avais jamais lu. L’histoire se situe pendant la crise des subprimes en 2009, une crise financière qui a générée de grave problème d’emploi et d’économie aux USA, une crise que nous avons ressenti aussi en Europe mais avec une force moindre. Ici encore une fois, Stephen King nous dépeint l’Amérique profonde avec justesse et empathie. Si l’intrigue est plutôt agréable à suivre, je n’ai pas senti le Roi très à l’aise avec l’intégration des nouvelles technologies dans son roman (internet, téléphone portable etc.) De plus le temps utilisé ici est le présent, et clairement ce n’est pas ma tasse de thé. Certes, cela donne un rythme que l’auteur cherchait peut-être à imprimer pour simuler la course en avant de la chasse ouverte entre un flic et sa proie…
Ou est-ce l’inverse?
En tout cas ça a gâché en partie mon plaisir de lecture, tout comme le fait de connaitre le tueur fou à la Mercedes assez rapidement dans le livre. Je peux comprendre ce choix narratif qui rend possible le jeu du chat et de la souris qui se déroule entre Hodges et le chauffard, mais au final ça, plus d’autres interactions entre les personnages que j’ai trouvé peu réaliste (je ne vous en dit pas trop pour ne rien dévoiler), ne m’ont pas aidé à faire décoller le plaisiromètre. Peut-être suis-je devenu trop exigeant avec le maitre? Un bon moment mais sans plus.

La note: 6/10

Roadmaster

Un inconnu s’arrête dans une station-service perdue au fin fond de la Pennsylvanie, au volant d’une Buick « Roadmaster », un magnifique modèle des années 1950… qu’il abandonne là avant de disparaître. Alertée, la police vient examiner le véhicule, qui se révèle entièrement factice et composé de matériaux inconnus.

Et si rouvrir les portières de la mystérieuse automobile revenait à ouvrir les portes de l’horreur ?

Alors qu’il rentrait de sa résidence en Floride pour Bangor dans le Maine, Stephen King s’arrête à une station service en Pennsylvanie où il manque de tomber dans une rivière en sortant des toilettes situées à l’arrière du bâtiment. Sa curiosité l’a entraîné trop prêt du bord abrupt et seul un empan métallique se dressant au milieu de sa descente parmi une monceau de pièces mécaniques dormant sur le bord du cours d’eau, lui permettra d’arrêter sa chute. Il ne lui en faut pas plus pour mûrir une idée au volant de sa voiture alors qu’il reprend la route : Roadmaster est né.
Ce récit m’a transporté malgré un passage à vide vers la moitié du livre. Nous allons suivre la vie d’une unité de police d’état en Pennsylvanie qui cache dans un hangar une Buick Roadmaster depuis les années 70. Le jeune Ned Wilcox, dont le père il n’y pas si longtemps était encore un membre de cette unité, profite d’un boulot d’été dans le service des transmissions au sein de l’équipe policière pour remonter le temps et découvrir comment son père disparu trop tôt est mêlé d’une manière très intime à l’histoire de cette voiture.
A mi-chemin entre le fantastique et l’horreur, un peu à la mode de Lovecraft, ce livre est avant tout une histoire d’amour, celle d’un fils pour son père parti trop tôt. Avec sa narration si spéciale faite de flasback et de différents points de vue, il nous emmène sur les chemins de la mémoire le tout teinté d’une profonde réflexion sur la différence ou plutôt l’inconnu et les peurs qui en découlent. Un voyage dont on ressort fasciné par sa qualité narrative. Pas de grands méchants ici, ni de péripéties explosives, juste des hommes soudés entre eux par un secret qui les relie, dépassant leur entendement, et un jeune homme en quête d’identité et qui cherche à faire revivre son père au travers des souvenirs de ses collègues de la police

La note : 8/10

Danny Torrance a grandi. Ses démons aussi… Hanté par l’idée qu’il aurait pu hériter des pulsions meurtrières de son père Jack, Dan Torrance n’a jamais pu oublier le cauchemar de l’Hôtel Overlook. Trente ans plus tard, devenu aide-soignant dans un hospice du New Hampshire, il utilise ses pouvoirs surnaturels pour apaiser les mourants, gagnant ainsi le surnom de « Docteur Sleep ». La rencontre avec Abra Stone, une gamine douée d’un shining phénoménal, va réveiller les démons de Dan, l’obligeant à se battre pour protéger Abra et sauver son âme.

Le point d’orgue de cet automne frissonnant. Le chef d’oeuvre de ce mois de lecture royale. Stephen King renoue avec un personnage qu’il avait laissé alors âgé de 5 ans devant un hôtel en cendre et orphelin de père. J’ai lu Shining il y a plus de 25 ans et c’est donc avec un réel sentiment d’avoir vieilli en temps réel avec lui, que j’ai retrouvé le petit Dan Torrance qui va avoir une vie bien difficile après la mort de son père. Entre son pouvoir qui ne cesse de le tourmenter et les traumatismes laissés par son père, il va tout doucement rejoindre le bar des loosers et s’abandonner dans la boisson. King parle souvent de l’alcool dans ses livres, notamment dans Les Tommyknockers où il nous campe un alcoolo en quête de rédemption. Ici, encore une fois, il retourne vers ses démons personnels au travers de l’écriture, avec la nuance qu’il ne boit plus, ce qui nous donne un récit où il n’est plus cet alcoolique cherchant à arrêter de boire mais plutôt le parrain qui guide Danny vers la voie de la sobriété. On parle souvent de cet aspect du livre lorsqu’on lit la promotion qui l’accompagne, mais le vrai nœud (sans aucun jeu de mot!) de l’intrigue se situe ailleurs, avec Abra, une petite fille que l’on va voir venir au monde, puis grandir et s’éveiller au Shining d’une manière bien plus puissante que Danny. Jusqu’ici tout va bien dans l’univers du King, sauf que forcément un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.
Ah non ce n’est pas ça…
Un grand pouvoir attise la convoitise de ceux qui s’en nourrissent. Et ce pouvoir va devenir l’attention du Noeud Vrai, sortes de vampires qui se nourrissent de l’énergie vitale et surtout de la souffrance.
Avec ce livre, Stephen King revient à ses premiers amours avec brio et signe un récit fantastique-Horreur de grande qualité, porté par des personnages passionnant. J’avais vraiment l’impression de relire un de ces premiers romans, où la prose glisse toute seule et nous emmène au coin de la rue, dans le noir, là où les monstres existent et nous attendent. Un pur chef-d’oeuvre.

La note : 9/10

En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’est compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges.

Pour conclure ce challenge autour du King, je me suis plongé dans la suite de la trilogie Hodges. M’y plonger fut facile, en ressortir fut laborieux, en cause le temps utilisé dans le récit. Ce dernier se coupe en deux. Tout d’abord le passé : Fin des années 70, on nous raconte l’histoire de Morris Bellamy fan invétéré de Jimmy Gold, un personnage fictif de roman, qui vient s’en prendre à son auteur pour cause de retraite anticipé de son héros. Comment ne pas voir Misery derrière cette partie de l’histoire, la grande peur du King, le fan qui devient fou face à l’évolution de son personnage favori, et quand on voit certains débordements aujourd’hui autour de certaines grandes licences cinématographiques, on se dit qu’il a raison d’en avoir peur. Cette partie est rédigée à l’ancienne avec les temps classiques de la narration et c’est clairement dans ce récit qui fait un peu plus de la moitié de l’histoire, que j’ai pris le plus de plaisir. Le décor, les personnages, la magie fonctionnait bien qu’il n’y ait rien de fantastique dans cette histoire. Serais-je nostalgique des années de mon enfance?
La seconde partie se passe dans cette ville du Midwest présentée dans Mr Mercedes et débute le jour où Brady, le tueur fou à la Merco, fonce dans une foule en tuant 8 personnes, et en blessant d’autres gravement. Le père de Peter Saubers, un jeune adolescent, fait partie des victimes et c’est le jeune Peter qui malgré son âge va trouver une solution pour aider ses parents en temps de crise économique et familiale. Bien que l’histoire des Saubers et le lien qui est fait avec la première partie du récit soit plutôt bonne, encore une fois le retour du présent comme temps de narration ne m’a pas convaincu. De plus Hodges fait presque office de personnage secondaire, il a toujours un temps de retard. Le final est quand même bien écrit et plus réaliste que le premier, et le maitre nous donne les clés de liaison entre Monsieur Mercedes et le dernier tome de la trilogie, Fin de Ronde, au travers d’une unique séquence plutôt savoureuse. Une bonne lecture, mais qui aurait pu avoir une meilleure note sans mon aversion pour le présent en temps principal de récit.

La note : 7,5/10

Voilà, j’espère que cette revue de non pas un, mais quatre romans du King vous a plu! Pour ma part je me dirige vers d’autres eaux littéraires puisque je viens de terminer La Maison des Chaines, le quatrième tome du Livre des Martyrs de Steven Erikson , et que je vais entamer la suite de Wild Cards, Aces High, l’anthologie présenté par GRR Martin, mais pas avant avoir déguster Nightflyers et autres récits en guise de mise en bouche.
En attendant bonne lecture, et bon voyage sur les sentiers de l’imaginaire…

Bonsai!

Editions présentés dans cet article, pour Albin Michel : Carnets Noirs, traduit par Océane Bies et Nadine Gassie ISBN:9782226388971 . Roadmaster traduit par François Lasquin ISBN:2226150765. Pour j’ai lu : Mr Mercedes traduit par Océane Bies et Nadine Gassie ISBN:9782253132943 ; Doctor Sleep traduit par Nadine Grassie ISBN:2253183601

Revue littéraire : Le Signal de Maxime Chattam (spécial Halloween!)

Maxime Chattam n’est plus un auteur qu’on présente évidemment et nous avons déjà parlé de lui sur ce blog à l’occasion de 2 livres : Le 5e Règne et La Conjuration Primitive. Ces deux livres sont totalement différents dans le thème abordé, dans la qualité de narration. Si La Conjuration Primitive faisait preuve d’une maturité née d’années d’écritures engrangées, Le 5e règne lui, avait l’innocence et la naïveté d’écriture d’un jeune auteur, et ce n’était pas pour me déplaire. Alors que justement je lisais Le 5e Règne courant 2018, l’auteur annonça sur les réseaux sociaux qu’un prochain livre allait sortir et qu’il serait dans le même thème que celui-ci, à savoir horreur et fantastique, et s’intitulerait Le Signal.

L’idée de relire un « second » 5e Règne, me rendit plein d’excitation et dès sa sortie en septembre 2018 je l’achetai, aussi bien en version papier qu’en e-book. Alors qu’autour de moi et sur les réseaux sociaux je pouvais voir que ce livre était excellentissime, qu’il était maîtrisé de main de maitre, je me retrouvai soumis à un teasing et une promotion incroyable fait par l’éditeur et l’auteur lui-même, relié par les lecteurs fans de l’auteur (mais qui à mon avis ne connaissait chez lui que ses thriller), me promettant un grand moment de lecture-frisson.

Depuis ma première lecture en 2018 de L’Alliance des Trois, je suis devenu un grand fan de Maxime Chattam et pas seulement de ses écrits mais de l’homme. Très abordable, très simple, échangeant facilement avec ses lecteurs, il partage aisément quelques-unes de ses passions qui sont assez proches des miennes, notamment il essaye d’aider à promouvoir le jeu de rôle au travers de participation vidéo ou via l’écriture de scénario et de livre de contexte pour Black Book édition. Qu’il se rassure, ma déception n’entachera pas mon estime à son égard. Car oui je suis déçu, je m’attendais à mieux, quelque chose d’aussi réussi que le packaging du livre en lui-même. Ce volume est d’une manufacture rare dans le monde de l’édition avec ses pages liserées de noir comme un faire-part de condoléance, une illustration sobre sur la couverture, nous invite à pénétrer dans un monde parallèle où les couleurs disparaissent au profit d’un monde bichromatique teinté d’argent, comme un double négatif de notre réalité.

Quatrième de couverture :

La famille Spencer vient de s’installer à Mahingan Falls. Jusqu’ici, tout va bien. Un vrai paradis. Si ce n’étaient ces vieilles rumeurs de sorcellerie, ces communications téléphoniques brouillées par des cris inhumains, ce quelque chose d’effrayant dans la forêt qui pourchasse leurs adolescents, et ce shérif dépassé par des crimes horribles.
Avez-vous déjà eu vraiment peur en lisant un livre ?

Mon analyse :

Presque un an après avoir l’acheté et être passé par diverses lectures dont un grand coup de cœur avec le cycle du Livre des Martyrs, je me suis lancé dans lecture du Signal, histoire de prendre une bonne bouffée d’horreur et de fantastique à l’approche d’Halloween. Il était le premier d’une série de livre que j’avais programmé pour l’automne et son ambiance macabre, et après une première séquence d’introduction plutôt forte et bien écrite, me faisant frissonner de contentement, très vite en tournant les pages j’ai ressenti comme un malaise, ma première impression s’estompant peu à peu au profit d’une peur finalement encore plus terrifiante que celle à laquelle le récit essayait de me soumettre. Une sensation de déjà-vu, de copier-coller, de grande marmite dans laquelle on aurait ajouter tout ce qu’on a sur ses étagères pour nous fabriquer soi-disant la meilleure potion de tout le pays. Malheureusement les ingrédients en question sont éculés, pire ils ont déjà été utilisé dans d’autres recettes et n’ont plus leur charme magique, créant l’alchimie essentielle pour subjuguer le lecteur. Un peu la même impression qu’on ressent en regardant un vieux film d’horreur qu’on aurait vu et revu et qui à la fin ne nous fait plus vraiment peur mais plutôt nous fait sourire.

Le pot magique à frisson, le Graal de tous les écrivains d’horreur…

Lorsque je relis mes notes de lecture je remarque qu’encore une fois j’ai mis du temps à m’attacher aux personnages. On se moque souvent de Stephen King qui tartine des centaines de pages parfois sur certains personnages, mais c’est dans ces cas-là qu’on se rend compte de l’importance de le faire : Il rend vivant le contexte, il donne de la profondeur à ses personnages, crée du relief. Il m’a fallu plus de 300 pages avant de commencer à m’attacher à certains d’entre eux. Et là où le bât blesse, c’est que lorsque mon personnage préféré a fini par y passer, oui il faut s’y attendre dans ce genre d’histoire, je n’ai rien ressenti. Pas la moindre sympathie, empathie ou tristesse ou ce que vous voulez. Tout simplement parce que sa mort a été décrite d’une manière on ne peut plus impersonnelle, et que la profondeur du personnage nous permettant de nous identifier ou de développer des sentiments à son encontre n’existait pas ou peu.

L’histoire a donc décollé vers le tiers du livre pour ma part. Dans le fond, même si par moment l’auteur sait nous tenir en haleine avec un jeu de va-et-vient entre les différents protagonistes, certaines transitions ou scènes semblent aller à l’encontre de la logique du récit. Il précipite certains événements importants alors qu’à d’autres moments la narration se trouve ralentie ou engluée dans des considérations secondaires sans qu’on puisse savoir ce qui justifie un tel choix. Des choses arrivent (je pense à la scène des oiseaux) et nous n’avons un semblant d’explication qu’une centaine de pages plus loin. Des personnages sont esquissés, nous laissant croire à une quelconque utilité au récit pour finalement juste avoir de la matière à hémoglobine pour la fin. Car oui le grand final est sanglant évidemment comme toujours dans ce genre de livre, et le jeu des pronostics pour savoir qui va survivre n’est finalement pas si compliqué quand on connait le contexte d’écriture du livre et la personnification de la famille Spencer.

Pour la forme, lorsqu’il s’agit de rédiger des descriptions horrifiques, l’auteur est à son aise, il y a vraiment des scènes qui donne le frisson ou la chair de poule, je pense notamment à la scène d’ouverture ou à la scène avec la baby-sitter (même si elle rappelle, un peu trop à mon goût, Scream de Wes Craven). Les descriptions corporelles dans divers contextes sont, là encore, précises et chirurgicales. Pour le reste il y a quand même des choses qui m’ont choqué, car bien qu’il ne soit pas l’auteur français avec le plus grand style, loin s’en faut, il sait généralement raconter une histoire, comme dans Autre-Monde que j’ai adoré et qui reste à mes yeux son travail le plus abouti. Or là, plusieurs fois les dialogues n’ont pas été écrit, mais décrit. Je trouve que c’est une erreur, faisons parler les personnages, laissons les vivre ! Créons du relief !

Vous croyez en Dieu monsieur Spencer?

— À défaut d’être convaincu je demeure prudent.

Malgré tout ces défauts de styles et de choix narratifs, les thèmes abordés sont intéressants, notamment en ce qui concerne la vie après la mort, la force énergétique des esprits, les cultes ou encore l’emprise du passé sur le présent. Mais là encore, si je dis oui à beaucoup des théories ou réponses qu’il apporte sur ces grandes interrogations de l’humanité, je n’accroche pas à ce besoin cartésien de relier sciences et spiritualité comme il le propose dans son dénouement, et la fin du livre en ce point m’a déçu.

Conclusion :

Une lecture que j’ai terminé en oscillant entre plaisir et déception. Plaisir lorsque certaines scènes faisaient mouches, déception lorsque d’autres ressemblaient clairement à ce que j’ai déjà pu lire avant, dans les œuvres de Lovecraft, King ou Poe. Pour un habitué du genre, ce livre n’apportera souvent rien d’autre que de la consternation lorsque vous vous demanderez quand s’arrête la propriété des idées et où commence le plagiat. Vous ne cesserez de sortir de l’histoire du livre pour vous poser avec un regard analyste afin de retrouver où vous avez déjà lu ça et les différences de forme entre les deux séquences. Pour les autres, qui sont lecteurs de Chattam et notamment de ses thrillers, je dirais qu’une porte a peut-être été finalement ouverte. Par fidélité à l’auteur, ils vont aller lire son livre et découvrir ce genre que nous aimons tant pour peut-être en tomber amoureux. De ce point de vue l’auteur a parfaitement réussi son coup vu la percée médiatique du livre.

La note:

4/10

Voilà. Désolé Maxime, mais ce livre ressemble trop à un fan-book des maitres du genre que sont Lovecraft et King, et sa magie n’a pas fonctionné sur moi!

N’hésitez pas à me laisser en commentaire, votre avis. Vous êtes nombreux maintenant à passer par ici , et j’aimerais beaucoup connaitre vos ressentis sur les livres abordés. Pensez à vous abonner également afin de ne rien rater des prochains articles à venir, et à cliquer sur le bouton j’aime ci-dessous si vous avez apprécié la chronique!

Bonsai!

L’édition présenté: Le Signal édition Albin Michel parution le 23/10/18. ISBN : 2226319484

Revue Littéraire : les Tommyknockers de Stephen King

Toc toc .

Qui c’est?

C’EST NOUS!

LES TOMMYKNOCKERS !

Je ne pense pas qu’il soit utile de présenter Stephen King. Nous en avons déjà parlé sur ce blog. À bientôt 72 ans il n’a plus rien à prouver. Il est connu dans le monde entier, et si ce n’est pas votre cas alors vous avez vécu dans une grotte ces 40 dernières années. Cette réflexion m’amène à me poser la question : comment faites-vous pour lire mon article alors…? depuis votre grotte.

Je m’amuse depuis quelques années à relire les premiers romans du Maître, ceux d’avant l’accident de 1999, de la première période beaucoup plus horrifique, ceux de mes premiers plaisirs de lectures, assis sur les marches des escaliers de la cours du lycée, mon walkman hurlant Enter Sandman dans mes oreilles, un café dans un gobelet plastique de la machine à portée de main et une Camel pendant mollement à mes lèvres. Les Tommyknockers que je vous présente aujourd’hui avait cette particularité que je ne le possédais pas. Lors de ma première lecture, au lycée, un ami m’avait prêté son édition France Loisirs. Du coup je ne l’avais jamais re-feuilleté comme je le fais avec la plupart des livres que j’ai, ne serait-ce que pour m’imprégner à nouveau de l’ambiance ou relire une passage que j’ai aimé. L’attraction pour ce titre fut donc décupler par mon désir de le posséder et de redécouvrir l’histoire dont seuls quelques filaments verdâtres traînaient encore pendouillant mollement à mes souvenirs de jeunesse.

C’est donc avec impatience et plaisir que je m’immergeai dans ce livre écrit au milieu des années 80, qui est probablement le dernier qu’il ait écrit sous l’emprise de certains produits stupéfiants et de l’alcool. Mais je reviendrai plus tard sur l’implication de son état physique lors de l’écriture. Tout d’abord découvrons le résumé.

Quatrième de couverture:

Tard, la nuit dernière et celle d’avant Toc! Toc! à la porte – les Tommyknockers Les Tommyknockers, les esprits frappeurs… Je voudrais sortir, mais je n’ose pas Parce que j’ai trop peur du Tommyknocker.

Tout commence par les rythmes apaisants d’une berceuse ; et pourtant, sous la plume de Stephen King, les vers anodins se muent en une inoubliable parabole de l’épouvante, qui entraîne les habitants pourtant bien sages et terre à terre d’un paisible village dans un enfer plus horrible que leurs plus abominables cauchemars… ou que les vôtres.

Une histoire fascinante et démoniaque que seul Stephen King pouvait écrire. Et lorsqu’on frappera à votre porte, par prudence, mettez la chaîne, si tant est qu’une chaîne suffise…

Mon avis :

Première partie ou présentation des protagonistes.

Ce livre se découpe en 3 parties. La première présente les deux personnages principaux. Tout d’abord son héroïne, Roberta Anderson, romancière de western qui vit seule avec son chien, un Beagle nommé Peter, dans la petite ville de Haven dans l’état du Maine. Elle découvre par hasard en trébuchant dessus un morceau de métal qui dépasse du sol dans le bois derrière chez elle et il va très vite devenir une obsession. Les obsessions sont une idées récurrentes chez King. Creuser…creuser..mais pour déterrer quoi? Quelque chose qui va changer la vie des habitants de Haven. Une invasion sous forme d’évolution, d’amélioration.

Puis nous faisons la connaissance de Jim Gardener, Gard comme elle le surnomme, son meilleur ami qui fut un temps son amant. C’est un professeur d’université qui a deux passions dans la vie : la première c’est l’alcool, la seconde combattre le nucléaire. Quand je dis deux passions c’est un euphémisme, ce sont bien sûr plutôt des obsessions.

Notre bon vieux Jim nous offrira certaines des scènes les plus éloquentes de cette première partie en terme d’humour et de réflexion sur notre espèce, car bien sûr Stephen King ne se contente pas de raconter une histoire, chaque mot, chaque phrase, est calculé pour nous faire réfléchir. Ses personnages, toujours aussi bien construit et qui paraissent tellement réels grâce à son phrasé unique et leurs travers, leurs faiblesses, très proches des nôtres, nous interrogent sur notre monde.

Un des bons vieux arguments de Gard contre le nucléaire est l’exemple de la catastrophe de Tchernobyl. Car l’histoire se passe en 1988 et je rappelle pour tous les petits jeunes qui me lisent et ceux qui ont passé les quarante dernières années dans leur grotte que le 12 avril 1986 la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine vit son réacteur entrer en fusion, suite à des défauts de conception et surtout aussi à pas mal d’erreurs humaines, et exploser provoquant ainsi un nuage radioactif qui recouvrit une bonne partie de l’Europe et votre serviteur par la même occasion alors qu’à l’époque j’habitais dans l’Est de la France. On peut supposer que King a rajouté ces éléments en cours d’écriture car les dates à la fin du livre indique qu’il a commencé la rédaction de cette histoire en 1982. Or, à cette époque, à part quelques incidents survenus sur des centrales aux États-Unis tel que Three miles Island, Il n’y avait rien eu de tel ailleurs. D’ailleurs je crois que c’est la première fois qu’écrire un livre lui a prit aussi longtemps, d’après les dates données par l’auteur, il a passé 5 ans sur cette histoire.

Est-ce que M. Kilowatt était un Ami de la Poésie? Presque autant, se dit Gard, que lui-même était un Ami de la Bombe à Neutrons.

S.K

Nous voici donc avec deux protagonistes bien différents et qui pourtant nous ont déjà accrochés par leur côté obsessionnel à tous les deux. Ils vont bien sûr être réunis pour le meilleur et pour le pire.

Deuxième partie ou quand le King écrit beaucoup….

La deuxième partie du récit s’attache à nous présenter la ville où se situe l’histoire. Et bien que boulimique de lecture et grand fan de son style, j’avoue que par moment il y eut certaines longueurs. Evidemment tout arrive à qui sait attendre et l’on découvre toujours au bout d’un moment à quoi nous sert la présentation de certains personnages, mais il faut être honnête, beaucoup ne servent à rien si ce n’est agrémenter le décor, et montrer de quelle manière l’excavation en cours chez l’héroïne influe sur le comportement des habitants de la ville. L’auteur se fait plaisir avant tout, après tout il a le droit, et certaines de ses petites histoires sont sympa, mais dispensables pour la plupart.

Troisième partie ou quand l’histoire monte en puissance.

C’est dans la troisième partie que tout s’accélère enfin et que les choses se décantent pour nous emmener vers un final, plutôt indécis jusque dans les dernières pages. Pour ceux qui disent que le Roi ne sait pas terminer ses livres, ici je ne suis pas d’accord. Le final me semble juste et sans ambiguïté. Et le maître mot qui me vient à l’idée c’est Rédemption. La rédemption d’un alcoolique qui avec ses maigres moyens tente de sauver le monde (rien que ça!). De quelle menace et y parvient-il? je vous laisse le découvrir. Cette réflexion est presque anecdotique car le plus important, c’est que ce livre a sans doute aidé son auteur à se sauver lui-même. Comment ne pas voir le parallèle entre ses propres problèmes de drogues et d’alcool et l’obsession, thème majeur du livre, dont font preuve les protagonistes, obsessions qui les tuent petit à petit, consciemment même par moment, tout comme lui se détruisait aussi à cette période de sa vie de la même manière.

Stephen King nous dit dans Ecriture, mémoires d’un métier :

Attention il spoile un peu l’histoire, vous êtes prévenus!


« Au cours du printemps et de l’été 1986, j’ai écrit Les Tommyknockers, travaillant souvent jusqu’à minuit passé, le cœur battant à cent trente, des boulettes de coton enfoncées dans les narines pour étancher les saignements provoqués par la coke.

Les Tommyknockers est un récit de science-fiction dans le style des années quarante, dans lequel l’héroïne, un écrivain, découvre un vaisseau extraterrestre enfouis dans le sol. L’équipage est toujours à son bord, vivant, mais en état d’hibernation. Ces créatures envahissent votre cerveau et se mettent simplement… à vous tommyknocker. Vous bénéficiez d’une certaine énergie et d’une forme superficielle d’intelligence, en échange vous donnez votre âme. Telle fut la meilleure métaphore pour les drogues et l’alcool que put trouver mon esprit fatigué et en surtension. »

SK

Conclusion:

Lovrecraft n’est jamais bien loin chez le Roi, et ce récit de science-fiction semble très inspiré par l’auteur de Providence. Malgré quelques longueurs dans la deuxième partie du livre, j’ai passé un excellent moment à le relire. Son style inimitable et sa narration m’ont porté tout du long. J’ai lu la dernière partie du livre sans m’arrêter, engloutissant les 300 dernières pages et finissant très tard au cœur de la nuit, encore émerveillé par la dernière vision de Gard notre poète anti-nucléaire. Comme d’habitude le temps de lecture y est pour beaucoup dans ma note, car il reflète mon attrait pour le livre, et quand vous lisez un livre de près 1000 pages en version poche en seulement quelques jours vous ne pouvez nier avoir pris du plaisir!
Je recommande ce livre à tous les fans de la première période du King, et tous ceux qui aiment la SF. Evidemment l’avancée technologique dont nous sommes témoins rend obsolète certaines des prouesses des habitants de Haven, mais il faut savoir remettre les choses dans leur contexte : disons-nous que Jules Vernes n’est pas attrayant car la technologie qu’il décrit est dépassée?
Pour ce bon moment, Monsieur King je vous mets la note de :

8/1O

Bonsai!

Edition présenté : Livre de Poche traduit de l’américain par Dominique Dill. 960 pages. Date de parution: 07/01/2004 – EAN : 9782253151463 – Editeur d’origine: Albin Michel

Revue littéraire: Histoire de Lisey de Stephen King

Histoire de Lisey, est un roman post-accident de King publié en 2006 au Etats- Unis. Je dis post-accident? Oui, en effet je n’ai pas encore eu le temps de vous parler de cette théorie qui m’est propre (puisque je n’ai pas encore publié les parties 2 et 3 de mon article sur La Tour Sombre, oh le flemmard!!), mais pour moi il y a un avant et un après 19 juin 1999, jour de son grave accident (pour plus d’info je vous renvoie ici).

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Résumé (Quatrième de couverture):

Pendant vingt-cinq ans, Lisey a partagé les secrets et les angoisses de son mari. Romancier célèbre, Scott Landon était un homme extrêmement complexe et tourmenté. Il avait tenté de lui ouvrir la porte du lieu, à la fois terrifiant et salvateur, où il puisait son inspiration.

À sa mort, désemparée, Lisey s’immerge dans les papiers laissés par Scott, s’enfonçant toujours plus loin dans les ténèbres qu’il fréquentait…

Histoire de Lisey est le roman le plus personnel et le plus puissant de Stephen King. Une histoire troublante, obsessionnelle, bouleversante, mais aussi une réflexion fascinante sur les sources de la création, la tentation de la folie et le langage secret de l’amour.

Mon avis:

Il faut bien l’admettre comme beaucoup le disent, ce roman est vraiment à part dans son œuvre. Pourquoi? Et bien tout d’abord parce qu’il parle d’amour, de l’amour d’un couple, avec son langage propre, ses rites. L’amour est parfois abordé dans les romans de King, mais pas de manière si intime. Evidemment le fantastique s’en mêle (sinon ce ne serait pas du SK ah ah!) mais il est au service de l’histoire d’amour entre Scott Landon, un écrivain et sa femme Lisey, et en aucun cas l’inverse.

Dur de rentrer dans l’histoire…

J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce livre, les premiers chapitres sont bourrés d’implicite et de sous-entendu comme si nous avions partagé leur vie, ce qui rend la lecture difficile, plusieurs fois je suis retourné en arrière vérifier si je n’avais pas loupé quelques choses . L’intention de Steve ne m’est finalement apparue qu’après lecture complète du livre: évidemment c’est pour mieux nous faire pénétré dans l’esprit de la bidide Lizzi (comprenez « petite Lisey », ceux qui ont lu le livre comprendront!). Nous sommes en elle et – comme elle – remontons laborieusement le long chemin du souvenir, celui d’une vie passée ensemble, étape par  étape (Les stations du chemin de Nard… ).

Alors au début de l’histoire, nous ne voyons pas vraiment l’intérêt de cette plongée mémorielle. Et c’est là que King est vraiment puissant car plus le livre avance et plus nous comprenons – et rechignons, tout comme l’héroïne – à faire ce voyage dans le passé, car ce qui ressemblait à une banale histoire d’amour interrompu par la mort précoce de l’écrivain, et la mise en ordre de ses affaires, se transforme en une chute vers les abysses et les peurs de l’auteur mort, là où il puisait son inspiration. Vient s’y mêler en parallèle, dès les premières pages une intrigue en rapport avec les sœurs de Lisey. Nous nous attachons en fin de compte très vite à l’héroïne malgré ce coté un peu « je vais bien tout va bien! » (faut le chanter pour que ça résonne dans vos tête!) ou « il faut que j’y pense pas » et également à sa grande sœur Amanda.

A l’arrivé, l’histoire s’accélère vers la moitié du roman quand enfin Lisey accepte cette remontée au source et choisit de suivre le long jeu de piste laissé par son mari à son intention. Et nous la suivons avec beaucoup d’entrain, au milieu du leg de Scott.

…Et alors, au final, c’est bien?

J’ai refermé ce livre avec beaucoup d’émotions différentes. L’amour tout d’abord, cette empreinte de la vie à deux se mêle à une sorte de mélancolie ou SK essaye de nous dire que le temps efface tout y compris les souvenirs et nous laisse seul face au vide de la mort. Vient donc ensuite la tristesse de la perte de ce temps passé et de leurs souvenirs. Je pense qu’une seule lecture ne suffit pas pour apprécier ce roman finalement méconnu du grand public. C’est avec plaisir que probablement je m’y replongerai dans quelques années. J’ai toujours aimé jouer au jeu des notes (même si ça ne reflète que mon avis personnel et certainement pas l’avis général), en prenant en compte l’histoire, le style – complexe pour le coup – et le temps que j’ai passé à le lire ( et oui, si je le dévore c’est qu’il est bon généralement!), cette fois-ci j’ai mis plus de temps à lire ses 750 pages que je n’en ai mis pour d’autres livres de la même taille et donc en conséquence je lui mettrai:

6,5/10

L’info en plus:

En 2003, alors que Stephen King sort de l’hôpital, où il est resté pendant un mois pour soigner une pneumonie, il découvre en rentrant son bureau repeint et rénové avec toutes ses affaires mise dans des cartons. Pensant que c’est à ça que la pièce ressemblera après sa mort, il commence alors à réfléchir à tout ce que son épouse, Tabitha (à qui il dédie ce livre) aura à gérer après sa disparition et ainsi naît l’idée du roman. Les sœurs de Lisey, font référence à celle de sa femme, dont il dit qu’elles ont « le truc des sœurs ». L’écrivain considère personnellement ce roman comme son meilleur livre. Histoire de Lisey a obtenu le prix Bram Stocker en 2007. Le roman à été traduit par Nadine Grassie et édité aux éditions Albin Michel en 2007, pour la France. 

Evidemment dans tout les romans de SK on retrouve des références à ses autres livres, c’est le cas avec le personnage de Jim Dooley qui n’est pas sans rappeler celui de John Shooter, du roman court Vue imprenable sur jardin secret (ou fenêtre secrète le téléfilm avec Johnny Depp pour les amateurs d’écran). D’autre part, l’action du roman se passe non loin de Castle Rock, ville fictive et récurrente dans l’œuvre de King et on y retrouve brièvement le personnage d’Andy Clutterbuck, qui était déjà apparu dans Bazaar. Le nom du romancier Michael Noonan, personnage principal de Sac d’os, est également évoqué plusieurs fois au fil des pages.

Voilà c’est tout pour cette revue! J’espère qu’elle vous aura éclairé sans trop vous dévoiler l’histoire, et peut-être donné envie de le lire! N’hésitez pas à laisser des commentaires j’y répondrai avec plaisir!

Bonsai!

Édition présentée: Albin Michel (2007). Titre original: Lisey’s Story. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nadine Gassie. ISBN/EAN13: 9782226179692. Disponible en format poche et en numérique.