Revue Littéraire : Le Corps de Stephen King

Bonjour à toi, lecteur d’Automne,

Cher lecteur, chère lectrice, nous continuons notre voyage au cœur de cet automne brumeux et pluvieux. À l’heure où j’écris ces lignes un crachin venteux piquette ma maison, ponctué de-ci de-là de rafales qui s’écrasent en mitraille sur mes fenêtres. Les nuages gris roulent sous l’impulsion violente du vent, alors que la lumière peine à filtrer. Sur ma table de fortune – votre serviteur travaille dans des conditions proches de l’esclavage pour vous amener le meilleur de ses lectures – un café chaud accompagne ma prose qu’une lampe de bureau doit éclairer, alors que nous sommes encore en journée, afin de ne pas fatiguer mes yeux déjà trop usés. La luminosité est plus faible ces jours-ci, la température aussi, c’est le temps idéal, vraiment, pour aller faire une balade en compagnie du Maitre. L’année dernière, Tomabooks a lancé l’automne du King sous le hashtag #automneduking, et ayant beaucoup apprécié le concept, j’ai remis ça cette année. Il s’agit de ma troisième lecture du King pour ce challenge après Élévation et L’Outsider. Je vais vous parler de la nouvelle la plus autobiographique écrite par Stephen King : Le Corps.

Quatrième de couverture :

J’allais sur mes treize ans quand j’ai vu un mort pour la première fois. Parfois, il me semble que ce n’est pas si lointain. Surtout les nuits où je me réveille de ce rêve où la grêle tombe dans ses yeux ouverts.
Été 1962, quatre adolescents un peu fous s’élancent le long de la voie ferrée, à la recherche d’aventure, de frisson… de danger ?

Mon avis :

Les choses les plus importantes sont les plus difficiles à dire, des choses dont on finit par avoir honte parce que les mots ne leurs rendent pas justice – les mots rapetissent des pensées qui semblaient sans limites, et elles ne sont qu’à hauteur d’homme quand on finit par les exprimer.

Stephen King

J’ai lu cette nouvelle il y a plus de 25 ans alors qu’elle faisait partie intégrante du recueil Différentes Saisons. À l’époque – et mon dieu que j’étais jeune ! – ce n’était pas la nouvelle qui m’avait le plus marqué alors que le livre en comptait 3 autres. Je dirais même pour être honnête que je ne m’en rappelais pas du tout. Cette relecture aura eu du bon, donc. Il est rare que je ne me rappelle pas d’une lecture, quand bien même elle date. Il faut croire que le temps finit par craqueler notre mémoire. Enfin, pas celle de King. Cette nouvelle le prouve.

On va tout de suite régler un point tout à fait personnel sur cette édition. Il ne s’agit en aucun cas d’un roman. C’est une nouvelle. Longue, certes. Mais une nouvelle. L’éditer seule ? je ne suis pas convaincu de l’intérêt pour le lecteur, la couverture ne justifie même pas l’achat. Où sont passées les belles illustrations des éditions de ma jeunesse ? Ces couvertures qui vous dévoilaient un monde, vous donnaient envie de vous y plonger ? Mon premier achat, Simetierre en version poche – oui, quand tu es lycéen tu lis du poche parce que c’est moins cher et ça prend moins de place – était entièrement motivé par la couverture avec ce cimetière fait de croix de bois au milieu d’une clairière et en arrière plan, un bosquet surplombé par deux yeux faits de jeux d’ombres, transperçant une lumière spectrale, qui vous observait. La motivation de cette présente édition me semble ici purement commerciale et non artistique, à mon grand regret, et je ne juge pas opportun d’éditer une nouvelle à la façon d’un roman dans ces conditions. Ceci étant dit, d’une manière générale, les couvertures du King, bien qu’il n’en soit pas responsable, me déçoivent d’année en année. J’aime les illustrations. J’aime les illustrateurs. Remarquez, on peut faire de belle couv’ en photo aussi, c’est un art également, mais les rééditions de ces dernières années en poche me laisse complètement sur ma faim, à croire qu’on ne veut plus engager d’illustrateurs, encore une fois pour des raisons économiques. Tristesse. Quand je vois les gens s’emballer sur la réédition du Fléau avec sa couverture tout en vert… mouais… moi aussi je sais dessiner un corbeau sur une couv’ bichromatique. Je préfère mon édition, donc pas de rachats pour moi. Désolé.

Mais bref ! Trêve de digressions sur ce sujet. Passons au cœur du livre. King nous livre une de ses plus belles préfaces. Une des plus intimes aussi. Pourquoi ? Pour nous prévenir. Cette nouvelle n’est pas une simple histoire, elle est autobiographique. Oh, bien sûr, pour ceux qui connaissent bien sa vie, son oeuvre, on sent où commence la vérité et où la fiction prend la relève pendant le récit, mais il a toujours mis une grande part de lui dans ses écrits, c’est connu.

Plus jamais je n’ai eu d’amis comme à douze ans, et vous?

Stephen King

Au travers d’un narrateur qui se nomme Gordy Lachance et qui ressemble étrangement à notre écrivain favori, nous allons vivre – ou revivre par procuration – une tranche de vie adolescente, en partageant l’expédition incroyable de quatre jeunes de 12 ans à la recherche du corps d’un garçon qui a disparu et qui semble se trouver au bord d’une voie ferrée. Le but du voyage ici n’est pas le plus important et je l’ai même oublié par moment lors de ma lecture. Non, le vrai but du récit est ailleurs. Cette randonnée morbide n’est qu’un prétexte pour King pour nous remémorer ce que c’était d’être une bande de copains à douze ans. J’ai bien dit copain, je pense que cette histoire entrera plus en résonance auprès d’un public masculin « d’âge mûr » on va dire, car il faut être un garçon qui a un peu vécu et laisser son adolescence loin dans le rétroviseur pour comprendre certaines situations. J’ai lu beaucoup de commentaires disant que les termes homophobes qui émaillent le récit dans la bouche des quatre ados, dérangeaient. Et bien désolé, je n’ai pas l’âge du King et de loin, mais ces tendances existaient encore de mon temps, et il faut avoir été un garçon pour le comprendre. Si je devais expliquer ces pratiques, je dirais que c’est une question d’affirmation, comme montrer qu’on est un mâle alpha parmi d’autres, afin de ne pas se faire dévorer par la meute, un truc de virilité alors qu’on y est pas encore.

C’est un croisement terrible que le Maître nous amène là. L’enfance et la mort.

Le récit est bien construit malgré quelques longueurs inutiles, il s’articule comme un parcours initiatique où chaque étape est déterminante et permet à chaque garçon de réaffirmer qu’il sera bientôt un homme – avec ce que ça implique – à grands coups de bravaches verbales et de tours de force. C’est surtout pour chacun, une manière de tromper leur angoisse commune à tous, de la maintenir terrée tout au fond sous cloche, avec interdiction de remonter. Parce que quand on a douze ans, on ne sait pas ce qu’est la mort. La mort c’est un truc d’adulte. On ne l’imagine même pas. Et ça, c’est terrifiant. C’est un croisement terrible que le Maître nous amène là. L’enfance et la mort. Tout du long, jamais il ne dira qu’ils ont vraiment peur, jamais il ne dira combien ils ne veulent pas lâcher par fierté, parce que « les hommes » fonctionnent – bêtement aurais-je envie de dire – comme ça. Mais il illustrera ça de manière magnifique par leurs comportements, leurs mots. King a un don pour parler de l’enfance. Il se rappelle très bien de ses codes, et il a cerné de manière très précise toute la psychologie qui en découle. Ce voyage symbolise le rite de passage vers l’âge adulte. N’oubliez jamais : nous sommes tous le produit de notre enfance et nous faisons nos premiers choix dans notre vie d’adulte en conséquence. Cette nouvelle aborde ce fait, d’une certaine manière.

Conclusion :

En remontant le rail vers Le Corps, King remonte le temps et nous rappelle combien nous étions impressionnables et en même temps si insouciants étant jeunes. Alors que pour certains l’avenir semble déjà se dévoiler sous des funestes auspices et qu’ils en ont vaguement conscience, on continue à croire aux légendes urbaines, comme celle du chien du gardien de la décharge, ou aux histoires qui font peur, celles qu’on se raconte au coin du feu dans la nuit étoilée. On est persuadé que nos bobards sauront tromper nos parents, et qu’ils ne comprennent rien, sans nous douter qu’ils ont eu notre âge un jour et qu’ils s’en souviennent, aussi … oui… oh, oui.

Le King nous parle d’une époque plus lente, plus douce et plus violente aussi, dont ma génération a connu les derniers soubresauts avant de sombrer dans l’ère du numérique et du dématérialisé, dans l’air de la violence sociale en réseau. C’est une lecture triste et nostalgique. Oui. Bon nombre de lecteurs ont semblé déçus, persuadés de trembler de peur en lisant cette histoire. Malheureusement pour eux, point d’horreur mêlée de fantastique ici. Et c’est probablement la force de ce récit : la réalité est parfois bien plus horrible. King par son talent narratif arrive une fois de plus à traiter de thèmes profonds en quelques pages et à nous montrer que le plus terrifiant réside dans ce quotidien voilé derrière chaque fenêtre. Il ouvre, comme souvent, une porte sur l’innocence perdue avec notre enfance, et cela restera le thème majeur de son oeuvre, selon moi. Sa capacité à se remémorer nos codes, nos comportements, nos croyances, lors de cette époque d’insouciance bénie est sans aucun doute unique. Un récit sur l’enfance donc, et ses drames invisibles, ses horreurs muettes. Un petit bijou en quelque sorte, malgré quelques pages qui auraient pu être coupées sans pour autant gâcher le récit. Mais on lui en voudra pas, on adore l’écouter raconter !

La Note : 7,5/10

Vous pouvez aussi retrouver les avis de : Tomabooks

Edition présentée : Albin Michel. Paru le : 2/10/2019 ISBN :2226445366 Traduction : Pierre Alien

Revue Littéraire : Wyld Tome 1 – La Mort ou la Gloire de Nicholas Eames

Bonjour ami Rôliste !

On se retrouve aujourd’hui avec ma Revue de Wyld de Nicholas Eames. Ça fait un moment que je veux en parler mais bizarrement alors que ça a été un vrai coup de cœur relayé par bons nombres de blogueurs, j’ai eu du mal à m’y mettre tant cette lecture fut très personnelle. J’ai lu ce livre au tout début du confinement et il faut bien le dire, il m’a beaucoup aidé à m’évader bien que j’ai la chance de vivre à la campagne et que je ne souffrais nullement de « l’emprisonnement urbain ». Sa tonalité joviale, son humour décapant, ses aventures dignes d’une partie de jeu de rôle – ce qui a fortement résonné en moi, étant rôliste – mais surtout le parti-pris assumé de présenter des clichés courants à tout univers Med-Fan sans pour autant tomber dans la redite ou le déjà-vu, avec en toile de fond le mode de vie d’un groupe de Rock, ont fait de ce moment de lecture un pur délice. Il est tant pour nous de nous diriger vers le Cœur du Wyld

Illustration par Pierre Santamaria Didier Graffet

Quatrième de couverture :

La dernière tournée

Clay Cooper et ses hommes étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci des Terres du Wyld – de véritables stars adulées de leurs fans. Pourtant leurs jours de gloire sont loin. Les redoutables guerriers se sont perdus de vue. Ils ont vieilli, se sont épaissis et ont abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs.

Mais un jour, un ancien compagnon se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Même si cela revient à se lancer dans une mission que seuls les plus braves et les plus inconscients seraient capables d’accepter.

Le temps est venu de reformer le groupe… et de repartir en tournée.

Mon avis :

— Vous êtes une roquebande ? demanda Clay.

— Nous sommes des roquebandits, corrigea la jeune femme. Mais j’aime à penser qu’il nous reste un peu d’espoir.

« C’est l’histoire d’une bande de potes…» Ça pourrait presque se résumer à ça. Ce livre est un de mes nominés des Incontournables SFFF, et si je l’ai choisi, c’est parce que pour la première fois un livre reliait deux de mes passions, le jeu de rôle et le Rock au sens large (hard rock, metal, etc). Le jeu de rôle et la fantasy se sont nourris mutuellement pendant des décennies, l’un et l’autre amenant tout un tas de clichés, et ce livre ne les évite pas, bien au contraire ! Pourtant l’auteur a su éviter l’écueil de nous resservir un plat réchauffé, et à la place, nous a gratifié d’une Fantasy renouvelée et trépidante !

Mais prenons dans l’ordre. Tout d’abord l’auteur a mis à disposition sur son blog une petite playlist, elle m’a accompagné tout le long de ce récit – vous pouvez la retrouver juste là, enjoy mon son préféré ! – et tous mes classiques y passent ! De Neil Young à Lynyrd Skynyrd en passant par AC-DC, les Who, chaque chapitre a sa BO et je n’écouterai plus jamais ces chansons sans penser à Wyld. Cette approche est pour le moins rafraîchissante et nous plonge immédiatement dans l’ambiance : nous ne serons pas dans une aventure comme les autres. Le rock a cette image de liberté, de non-compromis, et c’est bien de cela qu’il s’agit à mon sens. La liberté de prendre un genre, avec ses clichés et d’en faire autre chose, comme on dépoussière une vieille guitare au fond du garage mais sur laquelle on innove. Nicholas Eames va renouveler le genre sans pour autant en faire trop comme d’autres. Et cela tient surtout à sa toile de fond (Fantasy teintée de Rock), mais aussi et surtout à ses personnages.

— Nous reformons le groupe ! s’exclama Moog. Tu comprends, Matty ? Ce sera comme au bon vieux temps ! Nous cinq en route pour le Cœur du Wyld !

Ils sont tous plus attachants les uns que les autres. Exit les héros jeunes et pleins de peps et de muscles ! Ici on a le droit à d’anciens aventuriers vieillissants et sur le retour mais qui vont devoir reformer le Roquebande – Rockband = groupe de rock, chapeau bas au passage à la traduction – et repartir sur les routes. Alors que chaque groupe a son manager – c’est bien connu – nos compagnons n’ont pas gardé de grande relation avec le leur, et là j’ai une pensée ému pour Nightwish et tant d’autres qui se sont séparés de membres du groupe ou de leur manager pour d’infâmes histoires de coucheries, ou de gloire qui monte à la tête. Nous avons le leader ou frontman, Gabe le Magnifique que l’on pourrait comparer au chanteur. Il y a aussi le bassiste ‑ oups pardon – disons le tank – encore pardon, déformation de langage ludique ! – enfin bref le bonhomme au bouclier, pilier du groupe sans qui ils seraient probablement déjà tous morts, Clay Cooper. Nous avons aussi Moog – le claviériste – , le magicien un peu excentrique qui apporte une très bonne dose d’humour et de tendresse, et enfin Mattrick – le batteur –, le voleur roublard, le roi de la dague, le virtuose du combat rapproché, le métronome implacable à la précision chirurgicale. Enfin tout groupe ne serait rien sans un bon découpeur, une machine de mort, parsemant le combat d’une foultitude de cadavres, Ganelon, le guerrier à la hache – le guitariste. Chacun joue sa partition à la perfection, la jeunesse en moins. Leur légende les précède. Comment se nomme-t-il ? Saga – tiens, tiens…. comme un groupe de rock progressif.

Les rencontres et aventures s’enchaînent, pleines d’actions, d’humour, vers un final impressionnant, un Woodstock incroyable, le tout parsemé de clins d’œil soit au monde du rock – dédicace à Freddy Mercury – soit à D&D. Certaines rencontres sont plus marquantes que d’autres comme toujours, par exemple cet Ettin – un ogre à deux têtes en quelque sortes – ou cette Harpie, enfin cette dive (Diva ?) qui m’ont apporté de très bons moments de lecture par leur personnalité et leur originalité. Il est à noter que bien qu’on soit dans de la Fantasy classique, les personnages ont une vraie psychologie, personnalité, et on est très loin du simplisme malgré la prise de position de l’auteur autour des clichés . Chacun est bien travaillé, avec son passé, ses ambitions, ses convictions et c’est toujours appréciable pour l’immersion. L’auteur sait également mettre en relief les différences entre générations en confrontant nos héros au regard de la vague montante. Là encore, Nicholas Eames dépeint avec justesse la trace du temps sur les membres de Saga alors que les jeunes qu’ils rencontrent oscillent entre respect, un peu comme Metallica tournant avec Ozzy Osbourne en 1986 ou avec Van Halen – RIP legend – en 1988, et esprit de compétition, voire carrément de mépris, symbolisant le choc générationnelle. Mais Legends never die !

Conclusion :

Si je devais retenir un seul mot pour qualifier ce livre je dirais : jouissif.

Le rythme, les personnages, la toile de fond, tout est bien trouvé et surtout bien mis en scène. L’auteur a su créer un environnement rafraîchissant à partir de clichés et surtout il a su rendre ça hyper divertissant et original par sa touche musicale ! Humour, castagne, aventures, décors grandioses, une lecture divertissante sans prise de tête. Just Have Fun. Si je devais retenir un seul mot pour qualifier ce livre je dirais : jouissif. Je reviendrai dans le Coeur de Wyld avec son deuxième tome, Rose de Sang très bientôt.

La Note : 8,5/10

Pour conclure, ce livre a remporté le prix Hellfest Inferno 2020, un magnifique festival de Metal, pas loin de chez moi, et ça c’est la classe ! Allez pour une fois pas de « bonsai » mais un bon vieux ..

Rock on!

Vous pouvez aussi lire les avis de Hildr, Apophis, L’Ours Inculte, Xapur, Symphonie

Edition présentée : Bragelonne grand Format. Date de parution: 16/10/2019 ISBN: 1028107668 traduction : Olivier Debernard

Revue littéraire : L’Outsider de Stephen King

Bonjour, ami du noir..

L’automne est là… Les feuilles commencent à tomber autour de chez moi sous l’impulsion des vents froids du Nord et de l’Est qui balayent la lande granitique dont la verdure se gorgeant de l’eau qui tombe en trombe, semble pulsée d’une aura radioactive. C’est bientôt Halloween et son cortège de fantômes, d’esprits maléfiques, c’est la saison de la peur, de l’horreur, la saison où tout semble pouvoir devenir réel. C’est l’automne du King… alors plutôt que de créer une Illusion en reprenant les codes littéraires et visuels du Maitre de Bangor afin de vous servir un plat réchauffé – dédicace en douceur aux sorties prévues cet automne – nous allons tout simplement éviter l’imitation et parler à la place de son avant dernier livre : L’Outsider. Il y a peu je vous ai présenté Élévation, un petit roman qui tient plus de la nouvelle, et j’expliquais à quel point Stephen King maîtrisait toutes les formes d’écriture, tous les formats. L’Outsider est un roman, avec tout ce que cela implique chez King. Il a des pages, beaucoup de pages, mais il sait nous entraîner avec lui pour un petit tour dont il a le secret et on ne voit pas le temps passer, il nous emmène, là-bas, au coin de la rue… dans le noir.

Quatrième de couverture :

Le corps martyrisé d’un garçon de onze ans est retrouvé dans le parc de Flint City. Témoins et empreintes digitales désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Et les résultats des analyses ADN ne laissent aucune place au doute.

Pourtant, malgré l’évidence, Terry Maitland affirme qu’il est innocent.

Et si c’était vrai ?

Mon avis :

L’année dernière, lors du précédent automne lancé par Tomabooks, j’avais lu Docteur Sleep, la suite de Shining, que j’avais énormément apprécié. Je trouvais que le King avait réussi à renouer avec sa narration fluide, bien à lui, tout en proposant du fantastique et de l’horreur de qualité comme lui seul sait le faire, avec cette capacité à fouiller les travers humains et leurs psychologies complexes. Ici, il a choisi pour cadre une petite ville typique américaine de l’Oklahoma. Depuis quelques années, ses histoires se situent de moins en moins dans le Maine. Duma Key, La trilogie Mercedes, Dôme, Stephen King voyage et nous en fait profiter par la même occasion, même s’il y a bien une chose qui ne change pas, c’est le moyen de transport. Avec naturel, il va nous lancer dans l’histoire, quasiment en plein dans l’action, sans avertissement. Il a toujours eu cette capacité à vous agripper et ne plus vous lâcher, mais dans ce début de livre c’est encore plus flagrant.

Ce livre démarre comme une enquête policière – au passage, il écrit beaucoup sur ce thème, le policier je veux dire, depuis quelques années – la particularité de cette affaire réside dans le meurtrier présumé, un homme respectable sous tout rapport. King va nous démontrer à quelle point la bienveillance et la présomption d’innocence s’envole très vite, y compris chez les enquêteurs, lorsqu’une petite communauté où tout le monde se connait, est touchée de plein fouet par le meurtre violent et horrible d’un enfant. Seulement voilà, Terry Maitland, le coupable présumé, proclame son innocence alors que les preuves sont accablantes. Toute la première partie du livre s’attache à creuser non seulement les différents éléments de l’enquête – scientifiques, emploi du temps etc – et ses incohérences, mais également les réactions et pensées de chacun des protagonistes qui ont des parcours bien différents suivant les liens affectifs, face à l’horreur qui frappe.

Et c’est là que ça devient du King pur et dur et qu’on peut constater que son talent reste intact. Cette sensation de descente, de voyage au fond de l’irréel, l’improbable, le paradoxal. Il faut noter au passage que dans cette seconde partie plus fantastique, certains personnages de ses livres précédents, mais néanmoins récents, entrent en jeu. Si vous n’avez pas lu les livres concernés, ce n’est pas pour autant pénalisant dans la compréhension globale. Au pire une autre histoire vous sera légèrement dévoilée. Les éléments de l’intrigue s’enchaînent, se recoupent, pour petit à petit nous amener à cette sensation de dédoublement. Nous sommes dans le livre et sur notre canapé… entre deux mondes. Le rythme, assez soutenu tout le long du livre, s’accélèrent vers un dénouement qui pour une fois fera probablement mentir les détracteurs du Roi que beaucoup accusent de ne pas savoir « finir » ses romans. Je ne partage pas ce point de vue – sauf peut-être pour une seule histoire rharrgg !! – et si vous lisez un jour Écriture : mémoire d’un métier, vous comprendrez son processus créatif et sa façon de travailler qui explique en partie le type de fin qu’il nous propose depuis plus de 40 ans ! Pour ma part, les fins des ses derniers romans m’ont plutôt bien accroché, et celle-ci particulièrement.

Conclusion :

Une très bonne cuvée du King, un pur moment de lecture, plein de frissons extatiques, encore plus que Docteur Sleep selon moi que j’avais pourtant adoré ! Malgré ses presque 800 pages, je l’ai dévoré en à peine 4 jours, c’est dire à quel point le rythme, la narration sont maîtrisés et l’histoire palpitante. Alors si vous croisez un type que vous connaissez, regardez-y à deux fois. Il pourrait s’agir d’un Outsider….

Notes : 10/10

Pour info comme le bandeau de mon édition livre de poche l’indique, une série diffusée par OCS est disponible. J’ai juste visionné le premier épisode, et bien que le casting me semblait attrayant, je n’ai pas été emballé par le rythme. Il faudra que je réessaye dans de meilleur condition peut-être. Parfois la persévérance a du bon.

Comme toujours, merci d’être passé ici. On se retrouve très vite avec une prochaine revue. En attendant prenez-soin de vous, gestes barrières et tout !
Bonsai !

Edition présentée : Livre de poche. Paru le : 19/02/2020 ISBN :2253260622 Traduction : Jean Esch

Vous pouvez aussi retrouver les avis de : Symphonie, Tomabooks, Hildr

Revue littéraire : La Maison des Chaînes de Steven Erikson

Bonjour !

Après les rivages étincelants du Lac Azur, le sable brûlant de Sept-Cités, et les projets glaçants du Domin de Panion, nous continuons notre magnifique voyage au cœur de cette grande saga. Un voyage concocté par Steven Erikson, avec les éditions Leha au commande pour la traduction française. Le livre des Martyrs ou Malazan Book of the Fallen dans son titre original, est une décalogie commencée il y a plus de vingt ans par son auteur mais qui a peiné à trouver sa place chez nous. Depuis 2018, Leha s’est lancé dans la traduction et l’édition de cette œuvre, après deux échecs de publication chez Buchet Chastel et Calmann Levy. À l’heure où j’écris ces lignes, je passe mes soirées en compagnie du sixième tome, Les Osseleurs (qui vient de sortir le 2 octobre dernier, alors foncez soutenir vos libraires !), alors que la relecture du tome 7, Le Souffle du Moissonneur, est en cours du côté des traducteurs, Nicolas Merrien et Emmanuel Chastellière. Leha va réussir son pari, j’en suis persuadé à présent, et je suis fier pour eux d’avoir déjoué tous les pronostics pessimistes et d’avoir prouvé que l’on peut traduire 10 tomes d’un cycle quand celui-ci à déjà rencontré, hors de nos frontières, son public et prouvé sa qualité. Bravo ! Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de la série, je vous renvoie à mes articles précédents : Les jardins de la Lune, Les Portes de la Maison des Morts (relayé par Steven Erikson Himself sur FB) et Les Souvenirs de la Glace.

Plus que 4 ! On tient le bon bout !

Alors, aujourd’hui nous attaquons la revue du quatrième tome. De mon côté, c’est une expérience à vivre. Probablement pas aussi intense et compliquée que la tâche à laquelle Leha s’est attelée, mais je me suis fixé pour objectif de faire la Revue de tous les tomes. De plus, je me suis donné pour objectif de rattraper la parution avec mes articles, avec celui-ci je suis à deux doigts du bonheur.

Je rappelle que mes articles sont garantis sans spoiler. Cet exercice, difficile s’il en est, ne m’empêche pas de vous parler des thèmes qui se dégagent et de vous partager les émotions (fortes!) ressenties lors de la lecture. Alors, venez avec moi, venez faire un petit tour dans l’univers incroyable et magique du Livre des Martyrs.

Encore une magnifique couverture signée Marc Simonetti.

Quatrième de couverture :

« Au nord de Genabackis, un groupe d’incursion mené par trois guerriers teblors descend de la montagne dans le but de ravager les plaines méridionales occupées par les basse-terriens qu’ils honnissent.

Pour le dénommé Karsa Orlong, ce raid marquera le début d’une extraordinaire destinée.

Quelques années plus tard, Tavore, la nouvelle Adjointe de l’Impératrice, débarque dans le dernier bastion de Sept-Cités encore aux mains des Malazéens après les événements dramatiques de la Chaîne des Chiens. Nouvelle à son poste de commandement, elle devra aguerrir douze mille soldats fraîchement recrutés pour la plupart — à l’exception d’une poignée de vétérans ayant survécu à la légendaire marche de Coltaine — afin de former une armée capable de renverser les hordes de l’Apocalypse qui se terrent au cœur du Saint-Désert.

Tandis que les Grands Prêtres et les généraux de Sha’ik se livrent à une lutte de pouvoir qui menace l’âme même de la Rébellion, d’obscures forces se rassemblent autour de Raraku et de son mystérieux Tourbillon. Dans le Naissant, Onrack, un T’lan Imass perdu, libère de ses fers le Tiste Edur Trull Sengar, abandonné et banni par ses semblables ; tous deux vont dès lors se lancer dans une longue odyssée pour rejoindre leur domaine d’origine. Sur Avalii la dérivante, une sanglante confrontation ravive les inimitiés qui règnent entre les trois garennes primordiales, forçant Ammanas et Cotillon à sortir de leur réserve. Et au cœur de Kurald Thyrllan, les Tistes Liosan sont aux abois : Osric, leur dieu, a disparu, et personne ne semble savoir où il est.

Un terreau propice à l’avènement de la Maison des Chaînes du Dieu Estropié qui, en secret, poursuit son inquiétant recrutement… »

Mon avis :

Comme toujours le livre s’ouvre sur des remerciements et de somptueuses cartes afin de nous aider à mieux localiser certains événements. Puis un prologue. Cette fois, celui-ci ne remonte pas la longue histoire de ce monde mais se situe beaucoup plus proche dans le temps et nous présente de nouveaux personnages qui ont leur importance. D’ailleurs toute la première partie du livre nous présente de nouveaux personnages. Et quels personnages ! Pour ma part aujourd’hui, à l’aune du sixième tome, deux d’entre-eux sont devenus cultes !

Sois témoin, Urugal !

Kharsa Orlong
Comme toujours, de belles cartes, immersives à souhait.

Si ce roman est plus linéaire que les autres dans sa montée dramatique, il n’en reste pas moins riche en émotions, notamment avec cette première partie où nous allons suivre un personnage détestable à souhait, un anti-héros : Kharsa Orlong. Il nous entraîne dans une escapade sanglante et meurtrière, nous interroge sur le concept de religion et du fanatisme qui parfois en découle. Sur un autre registre, on se demande où l’auteur veut en venir avec ce roadtrip qui nous semble peu en rapport avec les événements du début du cycle, et si vous semblez perdu, pas d’inquiétude, c’est un des procédés narratifs de l’auteur qui joue avec votre perception. Le jeu en vaut la chandelle : les émotions qui vous traversent lorsque les connexions apparaissent sont intenses. Kharsa va introduire un des thèmes centraux de ce tome : les chaînes. Celles-là même qui nous retiennent, guident nos actes, comme les rênes invisibles tirant sur la bride qui nous étreint. Chaque personnage va devoir faire face à ses responsabilités, certains suivant le chemin que le destin a décidé, avec ferveur ou non, répondant au poids de ses chaînes, d’autres relevant la tête et luttant contre son cours, défiant par là-même les règles imposées.

Qu’il était extraordinaire de constater comme de simples vies pouvaient se télescoper dans tout ce désordre, encore et encore, emportées dans la grande spirale.

Steven Erikson

Mais le cœur de l’intrigue se situe ailleurs. Nous retrouvons le cadre du deuxième tome et son magnifique décor des Sept-Cités pour un drame de haute intensité que tout annonce. Derrière le Tourbillon qui rugit au sein de Raraku, la rébellion est toujours debout tandis que l’empire envoie des renforts avec à sa tête Tavore Paran, la sœur de Ganoes. L’auteur va, encore une fois, nous surprendre et jouer avec notre perception alors que ce personnage semble central : Tavore n’a pas de point de vue personnel. Elle est narrée aux travers des yeux du Haut Poing Gamet, un personnage, que nous avons déjà croisé dans le premier tome et qui semblait mineur à l’époque. Ceci a son importance car nous ne connaîtrons jamais les pensées profondes de l’aînée des Paran, nouvellement Adjointe en remplacement de Lorn. Insondable, elle entraîne son armée, composée de jeunes recrues inexpérimentées mais au sein de laquelle de vieilles connaissances déguisées vont apporter leur savoir, à rebours, le long du chemin suivi par Coltaine, vers un destin qu’elle semble accepter.

Ce qui introduit un des autres thèmes chers à l’auteur, les apparences, que ce soit à grande échelle ou au niveau individuel. Le tourbillon symbolise bien évidemment la couverture dont on se drape pour masquer nos doutes, nos peurs, nos conflits internes. Ce jeu de dupe, l’auteur y convie le lecteur, soit en le trompant avant de lui révéler la supercherie, soit en le rendant complice, ce qui nous procure une certaine satisfaction pour une fois de ne pas être la victime. Il est quelque part complémentaire avec celui des chaînes. Les angoisses que cherchent à cacher certains protagonistes sont bien dues à ces chaînes qui les tirent dans une direction qu’ils ne souhaitent pas. Toute la force du récit réside dans l’impossibilité d’anticiper le sort de chaque personnage. Leurs motivations restent pour certains obscures ou trompeuses, y compris leur identité, parfois même pour le lecteur. C’est donc sur ce jeu de duperies et d’apparences, enchaînés par le destin ou le fruit de leur choix et leurs actions, que les protagonistes tentent de survivre et de poursuivre leurs buts plus ou moins ambitieux.

Sur un autre plan, L’immense mythologie de Steven Erikson s’étoffe encore et toujours, rajoutant des couches de détails dans un monde qui en fourmille déjà mais avec une cohérence peu égalée en littérature. Les garennes, les domaines des dieux, les enjeux à grande échelle continuent de livrer leurs secrets, ajoutant à la complexité déjà présente. Il subsiste de belles zones d’Ombre tout de même, car pour une réponse obtenue, dix questions apparaissent. Mais ne boudons pas notre plaisir, au contraire, pour une fois qu’on nous donne l’occasion de s’émerveiller tout en essayant (et j’insiste là-dessus !) de faire des théories.

Enfin, Steven Erikson a démontré une nouvelle fois son savoir-faire au niveau de l’intrigue, en liant plusieurs événements, a priori dissemblables, pour former une histoire complexe et riche qui s’étend sur l’ensemble du monde qu’il a créé et qui conclut cette fois définitivement l’histoire de la rébellion de Sha’ik.

Elbakin

Conclusion :


Il s’agit, d’une lecture exigeante, certes, mais dont l’intrigue est maîtrisée de main de maître par un auteur nous contant une histoire hors normes dans un monde immensément riche. Steven Erikson ne prend jamais son lecteur pour un imbécile, et offre à réfléchir sur plusieurs niveaux de lecture. Les promesses affichées dès le premier tome se concrétisent dans un des volumes les plus denses et matures de la saga bien que peut-être un cran en dessous au niveau épique. Une vitesse de croisière semble être atteinte dans le style (et peut-être aussi pour la traduction) et pourtant le lecteur arrive encore à être surpris bien qu’il doit s’y attendre. Il nous faudra attendre le sixième tome pour connaitre la suite du soulèvement de Sept-cités, puisque le cinquième tome, lui, racontera une histoire annexe aux événements déjà traités, et il me tarde déjà de connaitre le dénouement.

Encore un grand bravo Mr Erikson pour ce niveau d’écriture et de complexité. Et merci à Leha de tenir sa promesse d’un tome tous les six mois, malgré, et surtout, dans les conditions actuelles.

Note : 10/10

Un dernier mot pour dire que la revue du cinquième tome est dans les tuyaux, et qu’au jeu du classement qui peut se profiler à présent en raison du nombre de volumes déjà parus, il grimpe sur mon podium au côté du deuxième (première marche) et du troisième (seconde marche). Bien que La maison des Chaînes soit peut-être un poil en dessous en terme d’épique, je ne peux tout de même pas mettre moins que la note maximale au vu de sa qualité rédactionnelle et sa narration. Comme je vous l’ai dit, nous jouerons au jeu du classement global à la fin de la publication, quitte à réajuster les notes si le temps le fait sentir.

Comme toujours pour les anglophones, je vous donne le lien vers le podcast plébiscité par Steven Erikson lui-même puisqu’il y a donné déjà 3 interviews. Ici il s’agit du premier épisode sur le tome 4.

Rendez-vous pour le tome 5, quelque part au cœur de Lether et de son nid de vipères…

Bonsai !

Vous pouvez aller voir aussi les avis de Symphonie et du Chroniqueur

Toutes les images présentées dans cet article sont la propriété exclusive de leur auteur.

Revue littéraire : Mage de Bataille de Peter A Flannery

Bonjour !

Comme prévu on se retrouve avec une de mes lectures de fin d’été. Bon, on va annoncer la couleur tout de suite, cette revue ne vendra pas du rêve. Ce ne sera pas le monde des Bisounours bienveillant. Je me demande encore comment je peux être dans un tel décalage avec mes confrères blogueurs SFFF. J’ai abandonné ce livre au chapitre 30 sur les 52 qu’il en compte, avec un semblant de début de réponse sur ce qui ne fonctionnait pas pour moi, mais pas de réponse sur le fait que tout le monde (et j’ai parcouru pas mal d’avis avant, pendant et après ma lecture) semble avoir adoré ce livre, malgré quelques petits bémols pour certains. Alors il s’agit de quoi ? D’un roman d’un auteur écossais, Peter A. Flannery. Si on en croit sa fiche wiki, pas un clampin, pas un novice, un auteur reconnu… mais pas en littérature fantasy. C’est un dramaturge et scénariste anglais. Il est surtout connu pour son travail à la Royal Shakespeare Company à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Il a notamment écrit aussi des scénarios pour la TV et pour le jeu de rôle. Mes recherches ont été dures car il n’a pas non plus l’aura d’autres auteurs plus reconnus. Donc si j’ai bien compris, Mage de Bataille est son second roman après First and Only, un thriller parapsychologique qui apparemment à rencontrer un bon succès et a été adapté à l’écran, mais n’a pas été traduit (encore) chez nous. Ce roman était l’un des deux livres choisis pour lancer l’excellente gamme de chez Albin Michel Imaginaire en 2018, et heureusement ce choix plus que discutable à mon sens, ne remettra pas en cause mon intérêt pour cette collection, dont j’ai déjà lu quelques titres et que je trouve excellente.

Quatrième de couverture :

Falco Danté est un gringalet dans un monde en guerre peu à peu conquis par l’armée infernale des Possédés. Pire, Falco est méprisé, mis à l écart, à cause de son père qui fut un immense mage de bataille avant de sombrer dans une folie meurtrière. Alors que la Reine tente de rassembler toutes les forces armées pour repousser les Possédés, Falco prend une décision qui va l’amener aux marges du désespoir : il va entrer à l’académie de la guerre, une école d excellence pour les officiers. Là, il devra surmonter ses doutes, ceux de ses amis et même ceux de la Reine. Le monde brûle ; seul un mage de bataille pourra sauver ce qu’il en reste. Falco réussira-t-il à libérer son pouvoir, à invoquer un dragon à sa mesure ou succombera-t-il à la folie… comme son père ? 

Mon avis :

Il s’agit ici d’une construction classique en fantasy avec trois jeunes gens : deux garçon une fille : Harry, Ron et Hermione. Ah, non, ça c’est autre chose je crois… bref. Falco, notre héros, est comme beaucoup de héros : tempérament maladif, extraction noble et rejeté par les autres à cause de son père qui a sombré dans la folie à cause de son dragon, compagnon de tout mage de bataille, et qu’on a donc dû éliminer (classique on vous dit). Sous fond de guerre contre des forces démoniaques, notre jedi en herbe va devoir entreprendre un long chemin initiatique pour sauver le monde, déjouer les complots et surtout laver le nom de sa famille.

Bien que les scènes de batailles soit plutôt sympa et que le cœur de l’histoire semble tout à fait intéressant et trépidant, que quelques trouvailles comme l’armée démoniaque et les mages de bataille avec leur dragon sont plutôt bien pensés, je n’ai pas accroché pour plusieurs raisons. Tout d’abord, quand on choisit une construction classique d’histoire, il faut des personnages charismatiques, et pour qu’ils le soient il faut que la narration les mette en valeur. Relire la même histoire racontée différemment ne me dérange pas. Comment ne pas voir en Harry Potter un pastiche de Star Wars, lui-même inspiré d’autres histoires ? Je ne vais pas vous faire une translation détaillée, mais réfléchissez et remplacez Luke par Harry, Ron par Han Solo, Dumbledore par Obiwan etc. Pour comprendre pourquoi de telles histoires fonctionnent, je vous renvoie au livre de Joseph Campbell, L’homme aux mille visages. Ce genre d’histoire réveille en nous la notion de parcours initiatique et nous renvoie directement à notre enfance et notre parcours de vie. Donc ce qui va faire la différence n’est non pas la position des protagonistes ou leurs choix mais bien souvent le worldbuiding et la narration.

En ce qui concerne le worlbuiding, je n’ai pas de grands reproches à faire ici, il est cohérent et fourni, bien qu’encore une fois classique. Sauf que … Tomber nez à nez avec Sébastien Cabal et Dominic Ginola… ça fait tâche, et ça tue l’immersion. Pour une grande idée bien trouvée, comme l’armée démoniaque ou les mages et leur dragon, même le cercle des Thaumaturges (et les rôlistes doivent doucement sourire en voyant un tel nom), on a des créations dignes d’un Maitre du Jeu qui n’a pas préparé sa partie et qui balance des noms au hasard, suite aux actions de ses joueurs, en puisant dans sa mémoire et en modifiant une lettre du nom, technique bien connu de tous les MJ. Si elle marche autour d’une table de jeu de rôle, et encore, à condition que les références en question ne soient pas accessibles aux joueurs, il en va tout autrement dans un livre.

L’autre gros point noir à mon sens est le choix de narration. Prenons l’exemple du Trône de Fer dont je vous parlerai un jour, Martin multiplie les points de vues dans un but bien précis, pouvoir rentrer dans la tête de chaque protagoniste et nous livrer sa logique, ses pensées et surtout ses émotions. Ici, pas de psychologie de personnages, pas d’introspection, pas d’émotion, tout simplement parce qu’il n’y a pas de point de vue réel. La caméra est toujours placée de trois quart arrière à l’extérieur. C’est handicapant pour rentrer dans l’histoire. On passe d’un personnage à l’autre sans changement de chapitre, à peine sans changement de paragraphe, et le temps alloué aux « pensées » ou émotions de chacun est tellement bref, superficiel, qu’il semble juste là pour tenter d’esquisser l’explication de certaines réactions moteurs de l’histoire. Alors certes, ce qui compte c’est l’histoire, mais tout le monde sera d’accord sur le fait que la manière dont elle est racontée a une importance. Après il s’agit d’une traduction, mais mal traduit ou pas, la narration ne peut être modifiée. Je ne pense pas que le traducteur se serait amusé à décrire des dialogues qui ont été écrit (je déteste les dialogues décrits… show don’t tell). Une narration est propre à l’auteur, non au traducteur qui lui s’affaire plus sur le sens des mots choisis et l’agencement des phrases pour restituer l’effet de départ.

Conclusion :

Tout ça mis bout à bout, vous l’aurez compris, j’ai dû faire un choix, tiraillé entre mon envie de connaitre la suite de l’histoire qui semble somme toute intéressante avec quelques bonnes trouvailles, mais tellement gâchée par des choix grotesques par moment, voire carrément par la narration en elle-même, que je n’ai pu continué de m’infliger ça. Je suis peut-être exigeant, sélectif, par manque de temps et par le choix, aujourd’hui pléthorique, d’œuvres disponibles en SFFF, ou alors je n’ai pas su ressentir ce que mes camarades blogueurs ont décelé de génial dans ce livre, je ne sais pas, je n’ai pas la réponse. Je l’ai acheté en E-book, peu de temps après sa sortie officielle, lorsque j’ai acquis ma liseuse en décembre 2018, et les avis fleurissant sur la toile ainsi que la couverture, qui est somptueuse soit-dit au passage, formant avec le deuxième tome un panorama, m’avait laissé entrevoir un moment de lecture épique, à tel point que j’ai acheté le tome 2 en E-book aussi sans me poser de question avant même d’avoir lu le premier. Le problème du numérique c’est qu’on ne peut pas échanger, ou prêter, ou déposer dans une boite à livres, encore moins le revendre en occasion. Me voilà donc avec un livre pas fini et un autre que je ne lirai pas sur les bras. Ceci sera donc le premier avis en demi-teinte sur ce livre de toute la blogo. Gilles Dumay, Je suis désolé.

La Note : 4,5/10

Vétérans de la Fantasy donc s’abstenir. Ma note est pour vous. Pour tous les autres qui cherchez une entrée en High Fantasy, ce roman fera l’affaire et même plus par son côté manichéen et épique. Je vous retrouve très bientôt pour de nouvelles revues, si j’arrive à décoller mon nez du tout nouveau Steven Erikson qui vient juste de sortir chez Leha : Les Osseleurs !

Bonsai !

Edition présenté : Mage de Bataille Tome 1 chez Albin Michel Imaginaire. Traduction : Patrice Louinet. Illustration : Alain Brion. Paru le :26/09/18. ISBN : 2226435778

Revue Littéraire : Élévation de Stephen King

Bonjour !

Ce n’était pas prévu que je lise ce roman (qui tient plus de la nouvelle en fait) maintenant, ni que j’en fasse une revue, mais les hasards de la vie font parfois drôlement les choses et nous amènent à des découvertes inattendues. Alors que je suis dans les starting-blocks pour la sortie, le 2 octobre, de Les Osseleurs, le 6e tome du livre des Martyrs édité par Leha, je cherchais une lecture rapide. Je ne suis pas un aficionados des petits livres comme vous l’aurez peut-être remarqué, je ne sais pas pourquoi au fond, peut-être une question de plaisir, plus c’est gros plus la relation va durer, plus elle sera profonde, ce genre de chose. En tout cas, c’est un auteur en particulier qui m’a donné ce goût avec bien d’autres choses aussi et je me rappelle même de quand c’était. Je veux parler de Stephen King bien sûr, celui avec qui j’ai démarré ce blog et avec qui je le terminerai peut-être un jour. Je n’ai jamais développé plus que ça, ici, mon amour du King, ni ma connaissance de son oeuvre. Je ne sais pas si c’est le lieu ou l’endroit pour le faire mais après tout c’est ma taverne, alors laissez moi vous en parler un peu, histoire de donner un peu de contexte de lecture à cette revue.

Il fut mon premier grand amour. Je sortais d’une relation assez longue et scientifique, pleine de candeur et d’émerveillement, avec Jules Verne quand Steve sans crier gare m’attrapa par le revers de ma veste en jean au détour d’un tabac-journaux, alors que j’avais 16 ans, et m’emmena faire un tour avec lui. À bord de sa Plymouth Fury 1958, il m’emmena dans un cimetière, et là, tous ses personnages prirent vie, remplissant la mienne. Je dévorai en deux jours donc, mon tout premier King, Simetierre, dont la couverture m’avait happé. Je lisais partout : en cours, le livre caché sous la table à l’insu de mes profs, au self du lycée en mangeant, planqué dans les douches, plus tard le soir, pour avoir de la lumière alors que le dortoir scolaire était plongé dans le noir et que les murmures et les ronflements de cinquante de mes camarades peuplaient le silence nocturne. Je lisais dans le car qui me ramenait de ma semaine de classe, je lisais entre les morceaux de mes répétitions de musique le weekend, je lisais à table chez mes parents au grand dam de ma mère, je lisais aux toilettes. Si vous aviez demandé à mes camarades de l’époque où me trouver, ils vous auraient dit : « Assis sur les marches du bahut, il est avec son blouson jean, tu peux pas le louper avec ses patchs, ses badges et pin’s de Metallica, Iron Maiden, AC/DC, la tête enfouie sous ses grand tifs noirs dans un livre du King. Il aura ses écouteurs grésillant de metal sur les oreilles, un clope au bec et un café du distributeur à portée de main, tu t’inquiètes pas il tape des pieds aussi en rythme». Le Fléau, Christine, Ça, Shining, Le pistolero, Danse Macabre, tout y passait. Et sa prose comblait un vide essentiel en moi, il apportait des réponses à mes questions sur la nature humaine. Il me montra qu’il y aurait toujours des Henry Bowers ou des Greg Stillson, que notre nature profonde relevait souvent de notre enfance et de ce que nous y avons vécu. Que le mal est en chacun de nous. Il m’aida à mieux comprendre le monde qui m’entourait et à l’accepter tel quel. Car la teneur essentielle de son message, surtout, c’est que je ne pouvais rien y changer, tout juste à mon niveau essayer de vivre et de trouver une place qui me convienne. En trois ans, j’ai lu quasiment tout ce que le King avait écrit jusque là, y comprit les titres sous le pseudo de Richard Bachman et qui étaient dans un sens encore plus terrifiants et grinçants. Et puis au fur et à mesure j’ai commencé à suivre les sorties de ses livres, attendant avec plus d’impatience les tomes concernant La Tour Sombre. Nous nous quittâmes un été 2006 après la lecture du dernier tome. Je n’étais pas radieux de cette fin. Puis nous renouâmes en 2012 avec son chef d’oeuvre : 22/11/63. Depuis, je tente de rattraper le temps perdu et de lire les livres que j’ai en retard. Je me rends compte à quel point il m’a manqué, à quel point nous avons changé lui et moi, mais à quel point nous nous comprenons encore. Ces dernières années ont été en un sens productives, notamment grâce au challenge de l’Automne du King lancé à l’initiative de Tomabooks l’année dernière et qui revient cette année, pour un deuxième round. J’ai presque recollé au peloton, au point d’avoir même déjà lu L’Outsider. Il me reste encore quelques romans de la période post accident à lire, mais je commence à en voir le bout.

J’avais donc ce « petit » King dans ma bibliothèque qui traînait. Parfait pour une lecture rapide entre deux pavés comme je les aime. Parfait pour un tête à tête entre moi et le Roi.

Quatrième de couverture :

À Castle Rock, Scott Carey est affecté par un mal étrange. Il perd rapidement du poids tout en conservant extérieurement la même masse corporelle. Avec l’aide du docteur Bob Ellis, il tente de comprendre cet inquiétant phénomène. Parallèlement à cela, Carey a un litige avec ses voisines concernant le chien de celles-ci. Si l’une de ces voisines, Missy, est très amicale, l’autre, Deirdre, est glaciale. Toutes deux essaient de lancer un restaurant mais le fait qu’elles soient ouvertement mariées provoque l’hostilité d’une bonne partie des habitants de la ville. Apprenant leur problème et confronté au sien, Carey décide de les aider à vaincre les préjugés de la population locale.

Mon avis :

Stephen King, maîtrise aussi bien l’art du méga roman que celui de la nouvelle, ou de la petite histoire. Il vous sert ça généralement comme une petite sucrerie à déguster en douce, entre deux. Élévation n’échappe pas à la règle. La prose glisse, et nous entrons rapidement dans le vif de l’histoire, car le maitre sait qu’il n’y a pas besoin d’emphase à rallonge, que nous le connaissons depuis si longtemps, qu’il sait qu’on acceptera sans mal le côté fantastique aussi tôt dans le récit, comme un deal tacite. Allez, viens, c’est ce que tu veux de toute façon, c’est pour ça qu’on est là, alors pourquoi faire des manières, passer par des préliminaires ?

Le passé est de l’histoire le futur est un mystère

Stephen King

Il s’agit essentiellement d’un roman feel good à mon sens. Il célèbre la vie, mais celle qui se nourrit du partage, de l’entraide, de l’acceptation des différences. En vieillissant, je trouve que le King aborde les sujets sous un autre angle. S’il y a 30 ans, il aurait profiter de cette idée pour faire une exploration des délires psychotiques de certains habitants de Castle Rock à l’encontre de deux femmes lesbiennes et déchaîner les enfers, aujourd’hui il en profite pour tourner en ridicule ses anciennes muses et donner la belle part à un vrai gentil. Un vrai de vrai. Notre héros va s’élever spirituellement dans une métaphore induite par sa perte de poids, et découvrir après des années de déprime qu’il aime la vie, et qu’il veut faire quelque chose de bien avant de … Et bien.. il ne sait pas, même si nous, on a une petite idée assez rapidement. Nous sommes peu surpris par l’évolution de l’histoire, mais Steve sait quand même nous mettre en haleine avec sa verve habituelle et son sens inné de la narration. Il va surtout profiter du prétexte fantastique de son histoire pour aborder d’une manière tellement simple et naturelle, un peu comme ce tweet à l’adresse de JK Rowling, un thème polémique au sein de certaines communautés : l’homosexualité. Avec douceur et force, il transcende toutes formes d’objections et renvoie les réfractaires dans leur caverne, suggérant par là-même que si les médias relayaient certaines infos sous un meilleur angle, c’est à dire de façon naturelle et sans accentuer la différence dans la mise en scène, les gens de tout bord vivraient mieux. Un instant j’ai failli écrire, les minorités à la place de gens de tout bord, mais là encore, je me rends compte que c’est un élément de langage visant finalement à accentuer une différence, et le message de ce livre c’est clairement : quelle différence ? Vous et moi au bout du voyage finiront tous au même endroit, ce qui compte vraiment c’est ce que nous auront fait entre-temps.

Si c’est ce qu’on ressent quand on meurt, on devrait se réjouir de partir.

Stephen King

Conclusion :

Élévation est une bonne petite histoire, genre conte de noël, à savourer avec un bon café et un plaid, au chaud, alors que la tempête Alex ravage l’extérieur. Il y célèbre la vie, avec son bouquet final. Il y parle d’acceptation, d’amour de son prochain, le tout sous Fantastique 4000 le remède prescrit par votre pharmacien préféré qui réside à Bangor Maine USA, et qui permet de perdre du poids sans maigrir.

La note : 8/10


Ce livre a été lu dans le cadre du challenge de L’automne du King lancé par Tomabooks. #automneduking sur les réseaux sociaux.

À bientôt pour de nouvelles revues, d’ici là portez vous bien et lisez trop !

Bonsai !

Edition présenté : Livre de Poche paru le 03/04/2019 Traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel. ISBN 2253820075

Revue Littéraire : Le cycle de la Première Loi de Joe Abercrombie.

Bonjour à tous !

Après Elric, que je vous ai chroniqué la dernière fois, je continue de rattraper le retard de mes revues et je vais enfin (!) vous parler du cycle que j’ai lu juste après. Le temps, toujours ce satané temps qui nous manque… Ces livres furent acquis lors des mes premières Utopiales il y a déjà deux ans, tout comme La Horde du Contrevent que j’ai d’ailleurs terminé cet été. Il me reste Gagner La Guerre de Jaworsky à lire et ma PaL Utopiales 2018 sera enfin vidée ! Mais nous n’en sommes pas là. Alors de quoi s’agit-il aujourd’hui ? De la première oeuvre d’un jeune auteur britannique, Joe Abercrombie. C’est un tweet de Maxime Chattam qui me fit connaitre cet auteur, et en bon curieux et explorateur fantasyste je ne pu résister à l’envie de commencer par son tout premier roman : Premier Sang. Comme il s’agit d’une trilogie, j’ai fait le choix dans cette revue de ne pas dissocier les 3 livres, que j’ai lu d’une traite sur un mois, alors que mon rythme de lecture s’accélérait au fur et à mesure que j’approchais de la fin. Je ne m’attarderai pas sur les premiers titres donnés par Pygmalion à chaque tome qui, à mon sens, était totalement à contre-courant du thème dégagé par l’histoire, et je remercie Bragelonne d’avoir su coller un peu plus à la version originale. Alors quels sont les points forts de l’oeuvre et pourquoi tout fan de fantasy devrait lire cette trilogie ?

La ligne qui sépare les traîtres des héros est plus mortelle qu’une épée.

Quatrième de couverture :

L’Union n’est plus que l’ombre d’elle-même, menacée au nord par les clans barbares et au sud par de curieuses rumeurs en provenance du Gurkhul. Chacun s’efforce désormais de sauver ce qui peut l’être.

Logen Neuf-Doigts, le barbare le plus redouté du Nord, a finalement vu la chance tourner : son dernier combat risque bien d’être celui de trop. Le capitaine Jezal dan Luthar, aussi égoïste que séduisant, préfère arnaquer ses amis aux cartes que risquer sa vie sur le champ de bataille. L’Inquisiteur estropié Glotka est capable du meilleur comme du pire pour arracher la corruption du cœur de l’Union… surtout du pire. Et l’irascible Bayaz est peut-être le Premier des Mages, peut-être un imposteur, mais très certainement la source des ennuis qui s’apprêtent à accabler cet improbable trio…

Mon avis :

Tome 1 – Premier Sang : exposition, mise en place, premier acte.

Note : 8/10

Ce premier tome du cycle (et univers) de La Première Loi est une longue exposition (tout comme le sera ce paragraphe !). L’auteur nous présente les différents protagonistes, mais de manière pas toujours équitable (Jezal est trop mis en valeur pour moi au contraire de Ferro, des « frères » de Logen et Frère Pied-Léger). Si chaque personnage semble presque un stéréotype de la fantasy, il n’y a en revanche pas de nains ou d’elfes ici. Le thème reste très humano-centré malgré la présence d’une espèce atypique au Nord mais tout de même humanoïde et qui est d’ailleurs un des enjeux de l’histoire : Les Têtes Plates. Il en demeure pas moins qu’au cours de la lecture, l’auteur va tordre tous les stéréotypes du genre, avec brio, les démontant parfois subtilement mais toujours avec une tonalité d’écriture grinçante et acérée propre au genre de la Dark Fantasy, que ce soit dans le style ou dans l’humour qui est souvent noir, voire très noir, et ce, pour mon plus grand plaisir. La trouvaille phare, le sommet du dark qui m’a permis de ne pas sombrer dans un faux rythme proche de la lassitude par moment dans ce premier opus, c’est Glotka. Non ce n’est pas le nom d’une divinité Cthulienne ou d’un rituel bizarre, juste un personnage. Mais quel personnage ! Cynique, cruel, horrible, grinçant, le genre de personnage qu’on aime détester, et pourtant tout tient la route. Sa personnalité retors et bien construite ne sort pas du néant. La psychologie bien travaillée de ce personnage passionnant mérite presque qu’on lise le livre rien que pour lui. Au delà de ça, il s’agit tout de même d’un premier roman, et cela se voit : univers très flou, rythme quasi-absent, longueurs, surabondance de scènes d’exposition, déficit de scènes d’action. Qu’importe, la graine était plantée – sans mauvais jeu de mot par rapport au livre – et j’ai couru immédiatement vers le tome 2 pour connaitre la suite. L’orage s’annonce et on l’attend presque comme une délivrance .

Tome 2 – Haut et court : batailles, trahisons, événements en marche. Le compte à rebours tictaque dans nos têtes.

Note : 8,5/10

Ce second opus, bien que le destin de plusieurs protagonistes soit relié depuis la fin du tome 1, va une fois de plus ouvrir plusieurs trames narratives, créant ce que j’appelle, l’appel d’air qui vous entraîne à la fin d’un chapitre qui vous intéresse moins. Mais il y a-t-il un seul chapitre dans ce livre qui nous intéresse moins ?! Entre notre inquisiteur chéri, Glotka, et sa lourde tâche de sauver une cité de l’Union dans une région hostile avec pour seule arme son intelligence extrême et sa compréhension de l’humanité et de l’autre Bayaz qui a monté l’expédition de la dernière chance, nous ne sommes pas en reste. Au sein de ce groupe d’ailleurs, chacun fera ce qu’il peut pour survivre sans pour autant savoir après quoi il court. Une communauté de l’anneau pas vraiment friendship. Au final, nous avons affaire à un tome 2 qui, en gommant presque tous les défauts de son prédécesseur, en renforce ses qualités, le rendant largement supérieur. L’action est au rendez-vous, les complots sont à leur sommet, et le lecteur s’interroge pas mal sur certains protagonistes. Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est humain. Un monument de Dark fantasy. Si avec le premier tome il était difficile de citer Cook ou Martin à côté d’Abercrombie, ici je trouve que ce n’est plus le cas.

Tome 3 – Le dernier Combat : en Version originale le titre est Le dernier arguments des rois, maxime gravée sur les canons de Louis XIV, pour rappeler à tous que la guerre était le tout dernier recours. C’est éloquent je crois.

Note : 9,5/10

Ce dernier tome est à couper le souffle comme la sensation qui vous saisit lorsque le boulet passe à quelques centimètres de votre visage. Combats et engagements armés épiques, contre la montre effréné contre l’inévitable, manigances politiques, les masques tombent et la réalité est âcre comme la fumée des incendies qui recouvrent les champs de batailles. Chaque trame développée est conclue de manière magistrale et le lecteur a la sensation d’avoir évolué autant que les personnages. En tout cas, l’auteur, lui, a su le faire, c’est indéniable : on le sent grandi . Son style s’est affirmé, le rythme est bien calculé. Un troisième livre très maîtrisé. On louera d’ailleurs, au passage, le fait qu’il ait profondément fait évoluer ses personnages au cours des trois tomes, bien que l’ironie du sort veut qu’ils finissent un peu, par des chemins détournés, là où ils ont commencé.

Conclusion :

Une montée en puissance finalement atypique du genre. Là où le tome 2 est généralement le plus faible et le dernier assez fort, il n’y a rien de tel ici. Ce serait le premier le plus faible à mon sens. Cette montée se ressent tant sur l’écriture que sur le récit en lui-même d’ailleurs. L’auteur nous livre une histoire forte et captivante et ce, malgré les clichés annoncés, donnant une vraie voix à chacun de ses personnages. Nul doute que Joe Abercrombie deviendra un auteur sûr de la Dark Fantasy. Il a d’ailleurs déjà publié d’autres livres se passant dans le même univers et qui sont déjà intégrés dans ma PaL comme Servir Froid, Les Héros ou encore Pays Rouge. S’ils sont à la hauteur de cette première trilogie nul doute que je me régalerai. Thank you for this great reading moment, Sir Abercrombie.

La note générale : 8,7/10

À très bientôt pour de nouvelles aventures SFFF dans la taverne d’Onos.
Bonsai !

Edition présenté : E-book Intégrale Bragelonne La première Loi. ISBN979-10-281-1120-5. Parution: 1 septembre 2018. Nombre de pages :2280

Revue Littéraire : Elric – Intégrale 1 de Michael Moorcock

Bonjour à tous,

Après une petite pause de quelques jours, me revoici pour parler d’une lecture faite il y a quelque temps déjà (qui a dit l’année dernière ??). Il est temps de nous pencher sur une oeuvre considérée comme un classique de la fantasy, et une fois n’est pas coutume son auteur est encore bien vivant, bon, plus tout jeune, certes, mais vivant. Paradoxalement, alors que je lis de la fantasy depuis assez longtemps, et que je pratique un de ses dérivés, le jeu de rôle, je n’ai découvert l’existence de cette série que récemment. Pourtant Elric avait tout pour me séduire. Anti-héros, personnage torturé, utilisateur de la magie et doté d’une épée légendaire, Stormbringer, il est l’incarnation du Champion  éternel dans le multivers de son créateur.

Sorti tout droit de l’imagination de l’auteur britannique Michael Moorcock, Elric fait sa toute première apparition en 1961 dans la nouvelle « La cité qui rêve » publiée dans le n°47 du magazine Science Fantasy. Pendant près de 30 ans, Moorcock reviendra nous conter les aventures du prince albinos, qui seront également scénarisées en BD et même déclinées en jeu de rôle chez Chaosium avec le célèbre Stormbringer.  Bien que le personnage soit un héros d’un « autre temps », et même d’une autre époque littéraire, il continue de séduire et de vivre dans le cœur de milliers de fans de tout âge. Récemment d’ailleurs un ultime tome, Les Buveurs d’Âmes, coécrit avec l’auteur français Fabrice Colin a été édité. L’auteur a parcouru la vie de son héros de manière chaotique, publiant ses aventures au gré de ses inspirations et des idées qui lui venaient sans se soucier de respecter la temporalité. Cette édition Intégrale a pris le parti, elle, de retracer l’histoire d’Elric dans l’ordre chronologique. Ce choix est-il pertinent ?

Quatrième de couverture :

Melniboné, l’île aux Dragons, régnait jadis sur le monde. Désormais les Dragons dorment et Melniboné dépérit. Sur le trône de Rubis siège Elric, le prince albinos, dernier de sa race, nourri de drogues et d’élixirs qui le maintiennent tout juste en vie. La menace plane ; alors il rend visite au Seigneur du Chaos, Arioch, et conclut un pacte avec lui. Il s’engage ainsi sur le chemin de l’éternelle aventure : le Navire des Terres et des Mers le porte à la cité pestilentielle de Dhozkam, et son destin le pousse à franchir la Porte des Ténèbres ; au-delà, deux épées noires attendent leur maître et leur victime…

Préface de Jean-Luc Fromental

Mon avis :

L’intégrale s’ouvre sur la nouvelle Elric des Dragons. Publié en 1972, soit 11 ans après la toute première, elle revient sur les débuts du prince albinos en tant qu’empereur de Menilboné, l’île au dragon, un pays qui fut jadis le plus puissant de tous mais aujourd’hui décadent, cruel, engoncé dans son immobilisme, désintéressé de tout hormis des plaisirs et de ses rêves issus d’un passé glorieux. Nous découvrons un prince malade au teint pâle, faible, ne survivant que grâce aux élixirs qu’on lui prépare, et qui goûte peu les rites et travers de son peuple. Mélancolique et désabusé, Elric ne supporte plus les manigances de son cousin Yrkoon qui tente de lui ravir l’amour de Cymoril, sa propre sœur, ainsi que son trône. Il est rêveur, attentionné, il aimerait gouverner avec plus de justice et ne plus se soumettre comme ses prédécesseurs aux seigneurs du Chaos qui ont offert la domination du monde à son peuple grâce à la sorcellerie. C’est sur cette fresque terne et amère que l’histoire va s’écrire. Une bataille maritime, une descente aux enfer et la renaissance d’Elric des Dragons, transfiguré par une épée aussi magique que légendaire, vont donné naissance à un des héros les plus charismatiques de la littérature. Elric devient l’incarnation du champion éternel du Chaos qui s’oppose à la Loi, des concepts bien connu de tous les amateurs de jeu de rôle lorsqu’il s’agit de choisir l’alignement de son personnage. Comme il est étrange de voir que c’est en voulant éviter certaines routes toutes tracées que l’on se retrouve finalement dans leurs sillages. Le destin est au cœur de l’histoire de ce personnage emblématique. Il est intéressant de s’attarder sur le style de l’auteur, un peu pompeux par moment, poétique à d’autre, mais toujours au service de l’histoire et de son héros en proie à ses émotions et ses tourments philosophiques, incapable d’y résister. Les mots glissent, nous entraînent, et rendent très visuelles les scènes d’action. Intéressant également de remettre en contexte et de se dire que l’auteur a mis plus de 10 ans à écrire sur le passé de son personnage, avant que celui-ci soit « héroïque ».

Moi, Elric, dernier du sang royal de Melniboné, mes yeux ont vu l’horreur et mon coeur a courtisé les Ducs de l’Enfer. Pourquoi connaitrais-je à présent la peur ?

Michael Moorcock

La seconde nouvelle, La Forteresse de Perle, nous emmène dans une aventure que je qualifierais d’onirique. Elric a donc abandonné son trône pour parcourir les Jeunes Royaumes pendant une année afin de découvrir le monde. Il est bien loin de chez lui, au cœur d’une contrée chaude et pleine de sable. Le voyage est dépaysant, on passe d’une cité décadente et véreuse, perdue au milieu des dunes de sable avant de terminer dans le royaume des rêves. Comme toujours le style de Moorcock se marie parfaitement aux thèmes abordés et nous offre de bons moments aussi bien cinématographiques que philosophiques. Nouvelle écrite en 1989 bien après la conclusion du cycle, on y constate une évolution claire du style de l’auteur. Mais après tout ce temps, pourquoi avoir décidé de revenir dans l’univers d’Elric ? La conclusion du récit ainsi que ses péripéties expliqueront-t-elles des éléments à venir ? Je le découvrirai en lisant les deux autres recueils j’imagine. Bien que le début était quelque peu poussif je me suis laissé entraîner par cette histoire aux senteurs très différentes de la première, mais toujours teintée de la mélancolie, du romantisme et des colères de son protagoniste. Et que dire de cette idée géniale d’une épée buveuse d’âmes de laquelle Elric tire sa vigueur, lui permettant de repousser sa faiblesse et de franchir les obstacles ? Il y a une métaphore réel ici à mon sens de l’amour avec le revers de la médaille qui l’accompagne, car Elric souffre intérieurement de cette dépendance. Attention je ne dis pas que notre héros aime son épée, loin de là, juste que cette dernière est l’incarnation de la plus grande force des hommes mais aussi leur plus grande faiblesse.

— Les projets du Destin ne sont jamais déjoués. Ce qui est arrivé est arrivé parce que le Destin en avait ainsi décidé, si toutefois le Destin existe et si les actions des hommes ne sont pas simplement la réplique aux actions d’autres hommes.

Cymoril – Elric Des Dragons

La dernière nouvelle du recueil s’intitule Le Navigateur sur les mers du destin. Toujours en voyage, au cœur de cette année de découverte qu’il s’est donnée afin de régner plus justement sur Melniboné, Il va vivre trois aventures périlleuses aux confins du Multivers, thème cher aux auteurs de fantasy et des rôlistes, mis en scène ici par Moorcock. Notre sorcier albinos, toujours accompagné de son épée maudite Stormbringer, va rencontrer trois autres incarnations du Champion Éternel issus de l’imagination débridée de Michael Moorcock : CorumHawkmoon et Erekosë. Ils sont tous une projection d’eux même, comme quatre faces identiques d’un tétraèdre, qui se rencontrent pour la première fois, venant tous du multivers, des sortes de monde miroir. Ils doivent débarrasser l’univers de deux étranges sorciers. Notre héros va ensuite être rejeté dans un monde parallèle, où il va être confronté à un ancêtre melnibonéen hanté par une histoire d’amour dramatique, l’occasion pour Elric d’en apprendre plus sur le passé de son peuple et de son monde. Si le récit possède plusieurs unités d’action, il ne m’a pas paru autant homogène que les autres. Je n’ai guère été emballé par la première partie et la rencontre des autres héros de l’auteur. Par contre le final m’a captivé. J’aime toujours les révélations quand je lis, surtout quand elle concerne le monde et ses secrets. Ce procédé donne invariablement de la profondeur à l’univers, à condition que ce soit bien fait et c’est le cas ici. Écrite en 1976, là encore, Moorcock revisite son personnage phare après avoir terminé son histoire.

Conclusion :

Sensationnel ! Avec son imagination fertile et non formatée, Moorcock à créé un héros afin de contrecarrer l’héritage laissé par Howard et son Conan. Elric est son exact opposé. C’est un plaisir de tous les instants. L’écriture quasi cinématographique nous emmène au sein du Multivers ou dans les profondeurs apocalyptiques où règnent les Seigneurs de l’Ordre et du Chaos et présente de puissants personnages aux tempéraments bien trempés. Tournure à l’ancienne, répétitions en début de phrase, vocabulaire recherché, comme Tolkien les mots chantent et éveillent en nous des sensations bien plus fortes que seulement les images qu’ils évoquent. Elric est-il bon ou mauvais? Le lecteur perd ses repères et se met à aimer un héros aux pratiques plus que discutables.

j’aurai pu dire : Elric c’est moi. À présent je déclare : Elric c’était moi, celui que j’ai été.

Michael Moorcock – introduction à l’intégrale 2

La note : 8/10

Ce monument de la Fantasy, écrit alors que Le Seigneur des Anneaux commence à gagner en popularité et que Gary Gigax réfléchit à la création de Donjons et Dragons, peut réellement être considéré comme un classique. Quant à la pertinence d’une édition chronologique, je reste partagé. Quand, comme moi, on découvre ce récit sur le tard, c’est sûrement plus facile de suivre l’histoire, mais, (mais !) il est parfois dans l’écriture des procédés intentionnels. Prenons l’exemple facile et populaire de Star Wars : si vous regardez les épisodes dans l’ordre chronologique, est-ce que le final de l’épisode 5 a la même saveur que, si comme moi en mon temps, vous découvrez la révélation de Vador à Luke lors du duel final de L’Empire contre-attaque ? Non. Clairement pas. Et, croyez-moi, je suis heureux d’avoir pu les voir dans leur ordre de création. Alors la suite du cycle me dira sûrement si ce choix est fondé, mais au vu de la lecture de la deuxième nouvelle, j’ai comme le début d’un frémissement de soupçon d’un doute ^^.
Allez, à la revoyure pour de nouvelles aventures.

Bonsai !

Édition présenté : Elric Intégrale 1 aux éditions Pocket. Paru le 23/05/2013. Traducteurs : George W. BARLOW, Daphné HALIN, Brian HESTER, Gérard LEBEC. ISBN :978-2-266-24073-4

Revue Littéraire : Nightflyers et autres récits de GRR Martin

Bonjour à tous !

Nous continuons le voyage des lectures non chroniquées. J’ai pris beaucoup de retard cette dernière année dans mes revues et je profite donc de l’été et du calme pour combler ça. J’en ai même quelques-unes qui datent de ma première année de blog, c’est dire ! Mais les compteurs seront bientôt remis à zéro. J’ai réussi à trouver mon rythme. Alors qu’avons nous au menu aujourd’hui ? Ah ? tiens ? Une lecture qui date de novembre 2019. De qui ? Martin ? « Dis donc Onos, on le voit souvent lui ! » Ben oui, je l’aime bien, surtout son univers du Trône de Fer, mais paradoxalement, je ne me suis intéressé à ses autres travaux que récemment. Wild Cards fut le premier de ceux-ci, mais j’avais stocké dans ma besace d’autres livres, dans le domaine de la SF, comme ce recueil de nouvelles édité par ActuSF en 2018. Cet auteur me fascine en effet. Il a un narration simple, mais d’une efficacité redoutable, les thèmes sont souvent pertinents et la critique sous-jacente. Allez c’est parti, décryptons ça.

Quatrième de couverture :

Depuis des temps immémoriaux, les volcryns traversent la galaxie. Personne ne sait d’où ils viennent, où ils se rendent… ni même ce qu’ils sont vraiment.
Karoly d’Branin est bien décidé à être celui qui percera ce mystère. Entouré de scientifiques de talent, il embarque sur l’Armageddon. Mais bien vite les tensions s’accumulent. Quelle est cette menace sourde qui effraie tant leur télépathe ? Et pourquoi le commandant du vaisseau refuse d’apparaître autrement que par hologramme ?
Karoly est certain d’une chose : ses volcryns sont tout proches. Pas question de faire demi-tour. Quel qu’en soit le prix

Mon avis :

Bien que le résumé s’attarde sur une seule histoire, le livre en compte six. Ce résumé a été rédigé pour être relié à la sortie de la série éponyme tirée de la première nouvelle : Le Volcryn. La série, elle, n’a pas eu le succès escompté, cette quatrième de couverture aurait peut-être gagné à présenter un peu les autres finalement, pour que le livre ait sa vie propre. Quoiqu’il en soit, qu’avons nous au menu de ce recueil ?

Le Volcryn
Pour une Poignée de volutoines
Week-end en zone de guerre
Sept fois, sept fois l’homme, jamais !
Ni les feux multicolores d’un anneau stellaire
Chanson pour Lya

Je ne vais pas détailler chaque nouvelle, à vous lecteur de découvrir leur contenu. Elles ont toutes un point commun qui crée une certaine cohérence à l’ensemble : elles se situent toutes dans l’univers des 1000 mondes, un univers SF inventé par Martin, bien avant que Westeros n’existe et lui donne la notoriété que l’on sait. Peu importe la toile de fond avec lui de toute façon, parce qu’elle n’est qu’un prétexte pour y exposer ses vues sur des thèmes qui lui tiennent à cœur. L’humain est au cœur de son œuvre. Sa critique n’est jamais explicite, elle se situe en dessous de la ligne de flottaison, pour qui sait la voir, et ce sont dans les nouvelles courtes, qui accompagnent les deux gros standards de l’auteur présents ici, Le Volcryn et Chanson pour Lya, que c’est le plus flagrant. Cette dernière reste mon grand plaisir de cette lecture. Somptueuse, d’une profondeur intense, hymne à l’amour et à l’union ou plutôt à la communion entre deux êtres, elle m’a profondément marqué. Que ce soit un récit anti-militariste, (Week-end en Zone de guerre), violent par contraste, une ode contre l’extermination de masse et le fanatisme religieux (Sept fois, sept fois l’homme, jamais ! ), dont le titre est inspiré du Livre de la jungle de Rudyard Kipling, la cupidité et les moyens de contrôle pour y arriver (Pour une poignée de volutoines), ou encore une réflexion philosophique sur la solitude et la peur du vide, du néant, (Ni les feux multicolores d’un anneaux stellaire), Martin fait mouche. Ce texte est d’ailleurs un inédit, bien qu’écrit en 1976. Il faut ce qu’il faut pour avoir le droit de rééditer des nouvelles déjà parues dans d’autres recueils précédemment. Avec son style parfois populaire, pas dans le sens vulgaire mais bien accessible et familier, Il sait, en peu de mots, vous faire passer son idée au travers de personnages très typés et dont les motivations sont fortes. Si l’on compare au Trône de fer, on se rend compte que c’est sa marque, au delà du worldbuilding, il sait rendre très humains ses protagonistes, avec tout ce que cela entraîne de paradoxes, d’interrogations, d’émotions. Les genres se mêlent, les cadres changent – horreur, zombies, aventure dans l’espace, histoire d’amour, jeux de guerre, religion, fanatisme – mais la volonté première reste là : nous divertir tout en grattant cette zone inconfortable juste à la limite de notre morale, qui bouscule notre conscience. Un point commun avec un autre auteur que j’aime beaucoup, le King. Ils sont de la même génération d’ailleurs, mais n’écrivent pas au même rythme, ni avec le même style !

Conclusion :

Bien que je lise GRR Martin depuis près de 10 ans, je ne me suis que récemment intéressé à ses autres écrits. L’univers des 1000 mondes est d’une richesse incroyable et méritait vraiment d’être découvert. Pour ceux qui comme moi manquent de temps, ce recueil est la parfaite entrée, compilant certains de ses meilleurs textes parmi les plus connus. Le format est parfait et le livre se lit vite. L’auteur maîtrise à merveille l’art de la nouvelle et ses chutes sont souvent abruptes. Je remercie ActuSF pour cette compilation qui, si elle est loin d’être exhaustive, a le mérite de donner un très bon panorama du reste de l’oeuvre de Martin et de son talent littéraire. Il n’y a pas que le Trône de Fer dans la vie. Enfin bon, juste comme ça quand même : « George ! Écris plus vite ! On attend le tome 6 ! ». Il ne m’en tiendra pas rigueur.

Du moins, J’espère.

À moins qu’il ne m’envoie La Montagne en représailles.

Ah, tiens, on a sonné.

La note : 9/10

À bientôt pour de nouvelles revues littéraire… ou pas !

Bonsai!

Nightflyers, recueil édité par ActuSF de 492 pages. ISBN : 2366299273

Revue Littéraire : La Fleur de Dieu de Jean Michel Ré

Bonjour à tous !

S’il y a bien une collection récente qui, visuellement et dans son contenu me plait, c’est bien celle d’Albin Michel Imaginaire. Créée à l’automne 2018, elle possède déjà un catalogue varié et de qualité. Ma lecture actuelle d’ailleurs, Mage de Bataille, un des livres qui a lancé la collection, a été mon tout premier achat sur ma Kobo (mais pourquoi attends-tu si longtemps pour lire tes livres ? … Bonne question^^). La Fleur de Dieu est un Space Opéra écrit par Jean Michel Ré, qui m’a tout de suite interpellé lors de sa publication. En début d’année, une promo sur le store de ma liseuse me permit enfin de me l’offrir, ainsi que Les Portes Célestes, le deuxième tome. Depuis, Cosmos Incarné est sorti également, complétant la trilogie, et pour une fois, j’ai pas attendu des plombes pour m’y plonger après l’achat, j’ai fini mon livre en cours et j’ai sauté de suite sur cette lecture. J’avais envie de SF, envie de vaste étendue intergalactique. Mais sommes nous proches d’un Star Wars ? Pas du tout. Mais alors, pas du tout ! Allez, on en parle.

Quatrième de couverture :

An 10996.

Dans les déserts suspendus de la planète sacrée Sor’Ivanyia, un des dix-huit mille mondes de l’Empire, pousse la Fleur de Dieu. Ce remède à de nombreux maux est aussi un vecteur privilégié pour accéder au divin. Grâce à la Fleur de Dieu, l’Homme sait désormais ce qui advient de la mémoire après la mort.

Alors qu’un impitoyable seigneur de la guerre fomente un coup d’état, la formule chimique de la Fleur de Dieu est dérobée par une organisation anarchiste paradoxalement très organisée. Au même moment, l’apparition sur Sor’Ivanyia d’un enfant aux pouvoirs extraordinaires bouleverse toutes les certitudes scientifiques et religieuses de l’Empire.

Qui est cet enfant ? Est-il seulement humain ? Est-il ce Messie que certaines religions ont cessé d’attendre ?

Mon avis :

La première caractéristique de ce roman est la présence d’un monumental glossaire. Plus de quarante pages ! Environ cent cinquante entrées, alors comment aborder la chose ? J’ai lu ici et là que certains lecteurs avaient choisi de lire d’abord le glossaire. Pour ma part, j’ai procédé autrement, préférant m’y référer en cours de lecture quitte à lire en même temps les entrées précédentes et suivantes. L’avantage de cette méthode étant une compréhension facilitée, puisque le terme est relié directement à son contexte. L’ inconvénient étant une lecture hachée dans les premiers temps.

Les chapitres sont courts et multiplient les points de vues, offrant un panorama complet des motivations de chacun. Ce qui retient mon attention, ce sont ces citations d’ouvrages historiques et d’essais fictifs en début de chapitre qui relatent et donnent une vision critique de l’Histoire de l’Humanité et nous permettent de retracer 80 siècles d’histoire. Leur décryptage est intéressant et révèle au compte-goutte les événements qui suivirent ce XXI siècle assez particulier. On y apprend que de grandes guerres interconfessionelles ont plongé le monde dans le chaos et la violence, ce qui entraîna la constitution du « Credo », une suite de « sourates » visant à unifier les différentes fois afin d’éviter les heurts entre les différentes communautés religieuses. Au milieu de tout ça, une nouvelle religion est apparue, le scientisme. Elle organise une foi et un culte autour de la science et des études scientifiques. Elle dispose d’une grande influence sur l’Empire et a accès à des technologies puissantes. C’est elle qui a le monopole de la formule de la « Fleur de Dieu » dont les propriétés permettent d’avoir un accès privilégié au divin au travers des visions qu’elle procure.

La religion et la science sont donc au cœur du roman. L’auteur y ajouté un troisième éléments, somme toute indissociable des sociétés humaines : la politique. L’Empire. Il s’étend sur plus de 18 000 planètes. Constitué en secteurs, l’empereur s’appuie sur des seigneurs de guerre, nouvelle noblesse militaire, afin d’administrer l’ensemble. Jean-Michel Ré nous le montre autoritaire, avec une surveillance accrue à travers le Rézo, sorte d’internet puissance mille, et l’influence de l’Ordo. Comme si les masses incommensurables ne semblaient pouvoir être régies que par un système de ce genre. Il y a tout de même des opposants. Tout d’abord Fawdha Anarchia, l’organisation anarchiste qui cherche à voler la formule de la Fleur de Dieu, ou encore la Diaspora, des personnes qui voyagent à travers l’espace sans autorisation pour s’éloigner de la société impériale, au delà des confins connus, afin de vivre en dehors du système et de son contrôle absolu. C’est au milieu de tout ces enjeux politiques, entre anarchistes, seigneurs de guerre rebelles, science et fois, qu’apparaissent deux personnages qui m’ont vraiment marqué, Maître Kobayashi, un shintoïste venu sur Sor’Ivanyia et embarqué malgré lui par les événements, et l’enfant. Lorsque je lis, il y a toujours un personnage auquel je m’attache plus, auquel je m’identifie. Maitre Kobayashi fut celui-là. C’est par ses yeux que j’ai préféré voir le récit. Le second personnage est Son Goku. Ah non Pardon ! L’enfant je voulais dire. Désolé. Mais une de ses premières apparitions m’a vraiment fait penser à ce héros de mon enfance. Être mystique, doté de pouvoirs étranges semblant lui venir de la Fleur de Dieu, nous le découvrons peu dans ce premier opus, mais son potentiel semble très intéressant pour la suite.

Conclusion :

Quand dans un champ social donné apparaît la peur d’une des autorités qui s’exerce dans ce même champ, le moment n’est pas loin où les personnages qui ont à subit cette autorité vont se positionner. Les cas individuels de subversion seront beaucoup plus rares que les cas de soumission, par peur de représailles. C’est pour cela que la peur d’une autorité arbitraire est un instrument de gouvernement qu’il faut savoir diligemment instiller pour limiter les cas d’insoumission et inciter à une obéissance résignée.

La Fleur de Dieu – Jean Michel Ré

Le roman de Jean-Michel Ré s’apparente donc au space-opera, mais il est finalement bien plus. Visionnaire et philosophique, l’auteur nous permet de réfléchir à notre futur, nous propose des évolutions technologiques crédibles, ainsi qu’un modèle de société cohérent où la science et la religion ne s’opposent plus mais coexistent dans un seul but finalement : le contrôle au travers des croyances. Il m’aura fallu plusieurs jours, que dis-je, plusieurs mois presque, pour digérer ma lecture et savoir si je l’avais vraiment appréciée. D’écrire cette chronique à froid, six mois après sa lecture, me donne envie de me replonger dans son univers, auquel je repense souvent. Je pense que la lourdeur du glossaire et cette exposition un peu longue ont quelque peu obscurci le plaisir qu’il y avait à retirer d’une telle oeuvre. Le roman monte en puissance tout du long, plaçant les éléments avant la grande déferlante et… paf ! le livre s’arrête net… Frustrant au possible ! Une lecture exigeante donc mais la persévérance me semble nécessaire, car les thèmes ne laissent pas insensible et nous invitent à réfléchir. Et vous commencez à le savoir, c’est ce que j’aime !

La Note : 7/10

La Fleur de Dieu aux éditions Albin Michel Imaginaire. Illustration de couverture : Pascal Casolari ISBN: 2226442367