Revue Littéraire : Le cycle de la Première Loi de Joe Abercrombie.

Bonjour à tous !

Après Elric, que je vous ai chroniqué la dernière fois, je continue de rattraper le retard de mes revues et je vais enfin (!) vous parler du cycle que j’ai lu juste après. Le temps, toujours ce satané temps qui nous manque… Ces livres furent acquis lors des mes premières Utopiales il y a déjà deux ans, tout comme La Horde du Contrevent que j’ai d’ailleurs terminé cet été. Il me reste Gagner La Guerre de Jaworsky à lire et ma PaL Utopiales 2018 sera enfin vidée ! Mais nous n’en sommes pas là. Alors de quoi s’agit-il aujourd’hui ? De la première oeuvre d’un jeune auteur britannique, Joe Abercrombie. C’est un tweet de Maxime Chattam qui me fit connaitre cet auteur, et en bon curieux et explorateur fantasyste je ne pu résister à l’envie de commencer par son tout premier roman : Premier Sang. Comme il s’agit d’une trilogie, j’ai fait le choix dans cette revue de ne pas dissocier les 3 livres, que j’ai lu d’une traite sur un mois, alors que mon rythme de lecture s’accélérait au fur et à mesure que j’approchais de la fin. Je ne m’attarderai pas sur les premiers titres donnés par Pygmalion à chaque tome qui, à mon sens, était totalement à contre-courant du thème dégagé par l’histoire, et je remercie Bragelonne d’avoir su coller un peu plus à la version originale. Alors quels sont les points forts de l’oeuvre et pourquoi tout fan de fantasy devrait lire cette trilogie ?

La ligne qui sépare les traîtres des héros est plus mortelle qu’une épée.

Quatrième de couverture :

L’Union n’est plus que l’ombre d’elle-même, menacée au nord par les clans barbares et au sud par de curieuses rumeurs en provenance du Gurkhul. Chacun s’efforce désormais de sauver ce qui peut l’être.

Logen Neuf-Doigts, le barbare le plus redouté du Nord, a finalement vu la chance tourner : son dernier combat risque bien d’être celui de trop. Le capitaine Jezal dan Luthar, aussi égoïste que séduisant, préfère arnaquer ses amis aux cartes que risquer sa vie sur le champ de bataille. L’Inquisiteur estropié Glotka est capable du meilleur comme du pire pour arracher la corruption du cœur de l’Union… surtout du pire. Et l’irascible Bayaz est peut-être le Premier des Mages, peut-être un imposteur, mais très certainement la source des ennuis qui s’apprêtent à accabler cet improbable trio…

Mon avis :

Tome 1 – Premier Sang : exposition, mise en place, premier acte.

Note : 8/10

Ce premier tome du cycle (et univers) de La Première Loi est une longue exposition (tout comme le sera ce paragraphe !). L’auteur nous présente les différents protagonistes, mais de manière pas toujours équitable (Jezal est trop mis en valeur pour moi au contraire de Ferro, des « frères » de Logen et Frère Pied-Léger). Si chaque personnage semble presque un stéréotype de la fantasy, il n’y a en revanche pas de nains ou d’elfes ici. Le thème reste très humano-centré malgré la présence d’une espèce atypique au Nord mais tout de même humanoïde et qui est d’ailleurs un des enjeux de l’histoire : Les Têtes Plates. Il en demeure pas moins qu’au cours de la lecture, l’auteur va tordre tous les stéréotypes du genre, avec brio, les démontant parfois subtilement mais toujours avec une tonalité d’écriture grinçante et acérée propre au genre de la Dark Fantasy, que ce soit dans le style ou dans l’humour qui est souvent noir, voire très noir, et ce, pour mon plus grand plaisir. La trouvaille phare, le sommet du dark qui m’a permis de ne pas sombrer dans un faux rythme proche de la lassitude par moment dans ce premier opus, c’est Glotka. Non ce n’est pas le nom d’une divinité Cthulienne ou d’un rituel bizarre, juste un personnage. Mais quel personnage ! Cynique, cruel, horrible, grinçant, le genre de personnage qu’on aime détester, et pourtant tout tient la route. Sa personnalité retors et bien construite ne sort pas du néant. La psychologie bien travaillée de ce personnage passionnant mérite presque qu’on lise le livre rien que pour lui. Au delà de ça, il s’agit tout de même d’un premier roman, et cela se voit : univers très flou, rythme quasi-absent, longueurs, surabondance de scènes d’exposition, déficit de scènes d’action. Qu’importe, la graine était plantée – sans mauvais jeu de mot par rapport au livre – et j’ai couru immédiatement vers le tome 2 pour connaitre la suite. L’orage s’annonce et on l’attend presque comme une délivrance .

Tome 2 – Haut et court : batailles, trahisons, événements en marche. Le compte à rebours tictaque dans nos têtes.

Note : 8,5/10

Ce second opus, bien que le destin de plusieurs protagonistes soit relié depuis la fin du tome 1, va une fois de plus ouvrir plusieurs trames narratives, créant ce que j’appelle, l’appel d’air qui vous entraîne à la fin d’un chapitre qui vous intéresse moins. Mais il y a-t-il un seul chapitre dans ce livre qui nous intéresse moins ?! Entre notre inquisiteur chéri, Glotka, et sa lourde tâche de sauver une cité de l’Union dans une région hostile avec pour seule arme son intelligence extrême et sa compréhension de l’humanité et de l’autre Bayaz qui a monté l’expédition de la dernière chance, nous ne sommes pas en reste. Au sein de ce groupe d’ailleurs, chacun fera ce qu’il peut pour survivre sans pour autant savoir après quoi il court. Une communauté de l’anneau pas vraiment friendship. Au final, nous avons affaire à un tome 2 qui, en gommant presque tous les défauts de son prédécesseur, en renforce ses qualités, le rendant largement supérieur. L’action est au rendez-vous, les complots sont à leur sommet, et le lecteur s’interroge pas mal sur certains protagonistes. Rien n’est blanc, rien n’est noir, tout est humain. Un monument de Dark fantasy. Si avec le premier tome il était difficile de citer Cook ou Martin à côté d’Abercrombie, ici je trouve que ce n’est plus le cas.

Tome 3 – Le dernier Combat : en Version originale le titre est Le dernier arguments des rois, maxime gravée sur les canons de Louis XIV, pour rappeler à tous que la guerre était le tout dernier recours. C’est éloquent je crois.

Note : 9,5/10

Ce dernier tome est à couper le souffle comme la sensation qui vous saisit lorsque le boulet passe à quelques centimètres de votre visage. Combats et engagements armés épiques, contre la montre effréné contre l’inévitable, manigances politiques, les masques tombent et la réalité est âcre comme la fumée des incendies qui recouvrent les champs de batailles. Chaque trame développée est conclue de manière magistrale et le lecteur a la sensation d’avoir évolué autant que les personnages. En tout cas, l’auteur, lui, a su le faire, c’est indéniable : on le sent grandi . Son style s’est affirmé, le rythme est bien calculé. Un troisième livre très maîtrisé. On louera d’ailleurs, au passage, le fait qu’il ait profondément fait évoluer ses personnages au cours des trois tomes, bien que l’ironie du sort veut qu’ils finissent un peu, par des chemins détournés, là où ils ont commencé.

Conclusion :

Une montée en puissance finalement atypique du genre. Là où le tome 2 est généralement le plus faible et le dernier assez fort, il n’y a rien de tel ici. Ce serait le premier le plus faible à mon sens. Cette montée se ressent tant sur l’écriture que sur le récit en lui-même d’ailleurs. L’auteur nous livre une histoire forte et captivante et ce, malgré les clichés annoncés, donnant une vraie voix à chacun de ses personnages. Nul doute que Joe Abercrombie deviendra un auteur sûr de la Dark Fantasy. Il a d’ailleurs déjà publié d’autres livres se passant dans le même univers et qui sont déjà intégrés dans ma PaL comme Servir Froid, Les Héros ou encore Pays Rouge. S’ils sont à la hauteur de cette première trilogie nul doute que je me régalerai. Thank you for this great reading moment, Sir Abercrombie.

La note générale : 8,7/10

À très bientôt pour de nouvelles aventures SFFF dans la taverne d’Onos.
Bonsai !

Edition présenté : E-book Intégrale Bragelonne La première Loi. ISBN979-10-281-1120-5. Parution: 1 septembre 2018. Nombre de pages :2280

Pour l’Éternité.

Le soleil se couchait sur la mer. Au travers de la brume maritime, sa silhouette s’auréolait  d’une couronne flamboyante qui semblait embraser le ciel, se propager sur les moindres particules d’air humide, comme pour résister à la nuit qui s’annonçait. Assis sur notre promontoire, Anna et moi regardions fascinés ce spectacle sublime sans un mot. En contrebas sur les rochers, nous entendions le ressac de la mer qui se précipitait plein d’espoir et repartait, rejeté par la falaise, éreinté, brisé, puis revenait à nouveau, encore, répétant ainsi son inlassable mouvement d’usure. Le temps efface. Le temps consume. Il réduit tout en poussière. La roche céderait malgré son acharnement à vouloir se dresser tel un rempart, et finirait par disparaître.

Nous nous tenions assis l’un contre l’autre, dans l’herbe verte et douce d’un soir de fin d’été, alors que la fraîcheur du large nous faisait parfois frémir. Assis derrière elle, mes bras l’entouraient. Sa tête posée sur mon épaule et sa joue collée à la mienne, notre chaleur se mélangeait, créant une bulle de bien-être. Ses longs cheveux noirs ondoyaient dans le vent, sauvage, libre, et venaient parfois chatouiller mon visage. Elle tourna sa tête vers moi, avec un petit mouvement pour se dégager. Je fis de même, cherchant l’expression de son regard, et sans me prévenir elle m’embrassa avec passion, collant ses lèvres douces et suaves aux miennes. Nos langues se mêlèrent, se caressèrent, puis se séparèrent, les yeux encore fermés, plein de désir l’un pour l’autre.
« Tu es prêt chaton ? me dit-elle.
— Oui je le suis, lapin. »

Nous nous relevâmes alors que le soleil finissait de sombrer dans la mer et cédait enfin à la nuit. Nous fîmes demi-tour et remontâmes le chemin caillouteux par lequel nous étions arrivés.  Au dessus de nous, les étoiles, timides, commençaient d’apparaître dans le ciel. Mon bras autour de sa taille, Je levai mon regard et les observai un instant, suivant leur tracé, étudiant leur langage, obscur et indéchiffrable. Alors que mes yeux s’abaissaient à nouveau vers l’horizon et que la lune se levait face à nous, enfin libre de parcourir le firmament à la recherche de son amour flamboyant, je distinguai les contours de notre destination dans la lumière pâle et évanescente du seul astre à jamais, bientôt, gardien de notre amour.

C’était une petit chapelle aux pierres blanches. Son architecture mélangeait style roman et gothique. Son perron ne possédait qu’une seule et unique marche de grès en demi-cercle et menait à une haute porte à double battants, encadrée d’une arche arrondie sans ornement. Un des panneaux de bois de la porte teintée de rouge carmin était entrouvert à moitié, laissant pénétrer en sifflant l’air marin nocturne à l’intérieur de l’édifice. Je pris sa main et nous approchâmes. Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine et je pouvais sentir la pulsation de mon sang dans mes tempes ainsi que dans les veines de mon cou. À mes côtés, Anna était frémissante, sa main serrait fortement la mienne et une fine pellicule de sueur perlait entre nos deux paumes. Nous nous arrêtâmes un instant, fébriles, sur le palier de notre destin. Nos regards se croisèrent à nouveau. Ses yeux sombres reflétaient la lumière de la lune qui se faisait de plus en plus claire en montant dans le ciel. Séléné, silencieuse, suspendue dans l’espace étoilé, semblait avide de découvrir ce que nous faisions ici, à cette heure là.  Je pouvais voir dans les prunelles noires de mon amour un mélange de peur, d’excitation et de désir. Ou peut-être était-ce le reflet de mon propre regard dans le sien. Sa main serra encore plus fort mes doigts un instant, puis nous échangeâmes une ultime étreinte chaleureuse et douce, unissant une fois de plus nos lèvres et nos corps encore chauds. Enfin, doucement, nous nous écartâmes et pénétrâmes à l’intérieur.

La chapelle était silencieuse. La lumière de la lune filtrait au travers des vitraux qui la redessinaient, créant d’étranges motifs mystérieux qui dansaient sur les dalles de pierre usées. Des colonnades soutenant l’édifice, encadraient une allée centrale qui menait au chœur et au delà, appuyé contre le mur du fond, vers l’ancien autel qui venait consacrer le sang versé au nom des fidèles en rémission de péchés inavouables. Le sauveur, cloué sur sa croix juste au-dessus de la table de pierre, contempla notre arrivée en silence, la tête basse, comme rongé par le regret de ce qui s’était passé… ou de ce qui était à venir.

Alors que seul l’écho de nos pas et le chant du vent qui s’engouffrait par la porte résonnaient sous les vieilles pierres, une ombre glissa de derrière un pilier dans un mouvement si furtif et gracieux qu’elle nous prit par surprise, nous faisant tressauter tous les deux. Dans une symétrie parfaite de l’autre côté de l’allée, sa jumelle apparut. Nous nous figeâmes. Dans ce silence de mort, notre anxiété était palpable. Depuis les ténèbres face à nous, deux silhouettes sombres et immobiles nous observaient.

« Ainsi, vous voilà…Êtes-vous sûrs de votre choix ? Êtes-vous sûrs de venir à nous de votre plein gré ? » Les voûtes de la chapelle répercutèrent en écho le son de cette voix masculine, douce et suave.

L’homme s’avança, et pénétra dans un timide rai de lumière. Il portait un costume noir, plein d’élégance. Son veston dévoilait un gilet fermé sur une chemise blanche dont le premier bouton était ouvert, offrant une impression décontractée. Son visage était aussi livide que ses cheveux plaqués en arrière étaient sombres. Son regard brillait d’avidité. L’autre ombre s’avança à son tour. C’était une femme aussi belle que l’aurore. Habillée d’une robe de satin rouge sang qui contrastait avec la pâleur de sa peau, elle avait des cheveux blonds soyeux et ondulés qui tombaient avec grâce sur ses épaules dénudées. Son décolleté laissait entrevoir la naissance d’une poitrine généreuse sans pour autant être excessive, le tout emprunt d’une sensualité surnaturelle.

« S’ils sont là, c’est qu’ils ont fait leur choix, mon amour » dit la femme avec douceur.

Anna et moi nous resserrâmes l’un contre l’autre, tremblant dans le froid de la nuit. Je pris sa main, retenant mon souffle. Puis, après un court instant, nous avançâmes du même pas.

« Oui, notre choix est fait, et nous venons librement, dis-je.

— Bien  ! Qu’il en soit ainsi. Nous serons le plus doux possible, mais je ne peux promettre que vous ne ressentirez pas un peu de douleur…tout ceci est si loin, je ne me rappelle plus » dit l’homme.

Ils s’approchèrent de nous, semblant glisser sur le sol. La femme en robe rouge prit ma main libre et m’écarta d’Anna avec douceur. L’homme fit de même avec ma compagne et nos doigts se séparèrent. Mon amour et moi nous retrouvâmes l’un face à l’autre dans cette allée sombre, eux entre nous, dos à dos. Nos yeux agrippés l’un à l’autre pour conjurer la peur, je vis l’homme, dans un geste élégant, se pencher vers elle, tandis que je sentis la femme faire de même près de moi. Il se plaqua contre Anna dans une étreinte amoureuse et enfouit sa tête dans son cou, une main sur l’arrière de la nuque pour la retenir. Un éclair de surprise passa dans son regard alors qu’elle me fixait par dessus l’épaule de costume noir. Elle s’accrocha subitement à lui comme pour se retenir de vaciller. Ses pupilles se dilatèrent dans la lumière blafarde de la lune, à l’instant où un frisson exquis me parcouru à mon tour. La femme s’était penché de même dans mon cou, son étreinte froide et charnelle m’enveloppait alors qu’elle m’offrait son baiser à la saveur extatique. Je découvris un plaisir inconnu, quasi sexuel tandis que ses lèvres se collaient à ma chair. Nos yeux, toujours rivés l’un sur l’autre, je vis la passion s’emparer d’Anna, un désir ardent brûlait en elle tandis que le sang quittait nos corps. Je poussai un gémissement sensuel, tout en résistant à la tentation de fermer les yeux, sous la puissance de l’extase ressentie. Puis le regard de mon amour commença à s’éteindre tout doucement, ses paupières s’affaissèrent et ses bras relâchèrent leur étreinte sur le dos de l’homme. Une brume doucereuse envahit soudain ma vision, la dissimulant de plus en plus à ma vue. Je sentis les pulsations de mon cœur ralentir, ma jugulaire palpitant de manière erratique. La vie que j’avais connu me quittait et tandis que je luttais pour rester conscient, je vis mon amour s’affaisser dans les bras de l’homme, tel une poupée de chiffon. Alors je lâchai prise également… mes yeux se fermèrent… doucement… tout doucement, papillonnant… et le plaisir se dilua dans mon cou, arrachant ma vie.

***

Je rouvris les yeux sur un plafond de pierre. Ma vision était étrange, scintillante, claire comme en plein jour, bien qu’il fasse nuit, j’en étais sûr. Au dessus de moi, le silence… enfin, pas tout à fait. J’entendais très distinctement tous les bruits au cœur des ténèbres. Je tâtonnai avec ma main les dalles de pierres froides sur lesquelles je reposais allongé sur le dos. Au bout d’un instant, Je finis par trouver ce que je cherchais. Alors que j’enserrais sa main comme je l’avais fait mille fois auparavant, je la sentis me rendre mon étreinte. Je me redressai et elle fit de même. Assis tous les deux, côte à côte, sous la lumière des vitraux, j’aperçus le Christ, triste, soupirant, au fond de la chapelle, face à moi. Du sang perlait de sa couronne d’épines et son regard était désespéré. Nous nous tournâmes lentement l’un vers l’autre. Ses cheveux sombres dansaient langoureusement dans le vent. Elle était encore plus belle que dans tous mes souvenirs. Je lui souris alors que mes sens bondissait vers elle et elle me sourit en retour, découvrant deux longues canines blanches.
«Pour l’éternité..» lui dis-je.
— Pour l’éternité mon amour » me répondit-elle.

Revue Littéraire : Elric – Intégrale 1 de Michael Moorcock

Bonjour à tous,

Après une petite pause de quelques jours, me revoici pour parler d’une lecture faite il y a quelque temps déjà (qui a dit l’année dernière ??). Il est temps de nous pencher sur une oeuvre considérée comme un classique de la fantasy, et une fois n’est pas coutume son auteur est encore bien vivant, bon, plus tout jeune, certes, mais vivant. Paradoxalement, alors que je lis de la fantasy depuis assez longtemps, et que je pratique un de ses dérivés, le jeu de rôle, je n’ai découvert l’existence de cette série que récemment. Pourtant Elric avait tout pour me séduire. Anti-héros, personnage torturé, utilisateur de la magie et doté d’une épée légendaire, Stormbringer, il est l’incarnation du Champion  éternel dans le multivers de son créateur.

Sorti tout droit de l’imagination de l’auteur britannique Michael Moorcock, Elric fait sa toute première apparition en 1961 dans la nouvelle « La cité qui rêve » publiée dans le n°47 du magazine Science Fantasy. Pendant près de 30 ans, Moorcock reviendra nous conter les aventures du prince albinos, qui seront également scénarisées en BD et même déclinées en jeu de rôle chez Chaosium avec le célèbre Stormbringer.  Bien que le personnage soit un héros d’un « autre temps », et même d’une autre époque littéraire, il continue de séduire et de vivre dans le cœur de milliers de fans de tout âge. Récemment d’ailleurs un ultime tome, Les Buveurs d’Âmes, coécrit avec l’auteur français Fabrice Colin a été édité. L’auteur a parcouru la vie de son héros de manière chaotique, publiant ses aventures au gré de ses inspirations et des idées qui lui venaient sans se soucier de respecter la temporalité. Cette édition Intégrale a pris le parti, elle, de retracer l’histoire d’Elric dans l’ordre chronologique. Ce choix est-il pertinent ?

Quatrième de couverture :

Melniboné, l’île aux Dragons, régnait jadis sur le monde. Désormais les Dragons dorment et Melniboné dépérit. Sur le trône de Rubis siège Elric, le prince albinos, dernier de sa race, nourri de drogues et d’élixirs qui le maintiennent tout juste en vie. La menace plane ; alors il rend visite au Seigneur du Chaos, Arioch, et conclut un pacte avec lui. Il s’engage ainsi sur le chemin de l’éternelle aventure : le Navire des Terres et des Mers le porte à la cité pestilentielle de Dhozkam, et son destin le pousse à franchir la Porte des Ténèbres ; au-delà, deux épées noires attendent leur maître et leur victime…

Préface de Jean-Luc Fromental

Mon avis :

L’intégrale s’ouvre sur la nouvelle Elric des Dragons. Publié en 1972, soit 11 ans après la toute première, elle revient sur les débuts du prince albinos en tant qu’empereur de Menilboné, l’île au dragon, un pays qui fut jadis le plus puissant de tous mais aujourd’hui décadent, cruel, engoncé dans son immobilisme, désintéressé de tout hormis des plaisirs et de ses rêves issus d’un passé glorieux. Nous découvrons un prince malade au teint pâle, faible, ne survivant que grâce aux élixirs qu’on lui prépare, et qui goûte peu les rites et travers de son peuple. Mélancolique et désabusé, Elric ne supporte plus les manigances de son cousin Yrkoon qui tente de lui ravir l’amour de Cymoril, sa propre sœur, ainsi que son trône. Il est rêveur, attentionné, il aimerait gouverner avec plus de justice et ne plus se soumettre comme ses prédécesseurs aux seigneurs du Chaos qui ont offert la domination du monde à son peuple grâce à la sorcellerie. C’est sur cette fresque terne et amère que l’histoire va s’écrire. Une bataille maritime, une descente aux enfer et la renaissance d’Elric des Dragons, transfiguré par une épée aussi magique que légendaire, vont donné naissance à un des héros les plus charismatiques de la littérature. Elric devient l’incarnation du champion éternel du Chaos qui s’oppose à la Loi, des concepts bien connu de tous les amateurs de jeu de rôle lorsqu’il s’agit de choisir l’alignement de son personnage. Comme il est étrange de voir que c’est en voulant éviter certaines routes toutes tracées que l’on se retrouve finalement dans leurs sillages. Le destin est au cœur de l’histoire de ce personnage emblématique. Il est intéressant de s’attarder sur le style de l’auteur, un peu pompeux par moment, poétique à d’autre, mais toujours au service de l’histoire et de son héros en proie à ses émotions et ses tourments philosophiques, incapable d’y résister. Les mots glissent, nous entraînent, et rendent très visuelles les scènes d’action. Intéressant également de remettre en contexte et de se dire que l’auteur a mis plus de 10 ans à écrire sur le passé de son personnage, avant que celui-ci soit « héroïque ».

Moi, Elric, dernier du sang royal de Melniboné, mes yeux ont vu l’horreur et mon coeur a courtisé les Ducs de l’Enfer. Pourquoi connaitrais-je à présent la peur ?

Michael Moorcock

La seconde nouvelle, La Forteresse de Perle, nous emmène dans une aventure que je qualifierais d’onirique. Elric a donc abandonné son trône pour parcourir les Jeunes Royaumes pendant une année afin de découvrir le monde. Il est bien loin de chez lui, au cœur d’une contrée chaude et pleine de sable. Le voyage est dépaysant, on passe d’une cité décadente et véreuse, perdue au milieu des dunes de sable avant de terminer dans le royaume des rêves. Comme toujours le style de Moorcock se marie parfaitement aux thèmes abordés et nous offre de bons moments aussi bien cinématographiques que philosophiques. Nouvelle écrite en 1989 bien après la conclusion du cycle, on y constate une évolution claire du style de l’auteur. Mais après tout ce temps, pourquoi avoir décidé de revenir dans l’univers d’Elric ? La conclusion du récit ainsi que ses péripéties expliqueront-t-elles des éléments à venir ? Je le découvrirai en lisant les deux autres recueils j’imagine. Bien que le début était quelque peu poussif je me suis laissé entraîner par cette histoire aux senteurs très différentes de la première, mais toujours teintée de la mélancolie, du romantisme et des colères de son protagoniste. Et que dire de cette idée géniale d’une épée buveuse d’âmes de laquelle Elric tire sa vigueur, lui permettant de repousser sa faiblesse et de franchir les obstacles ? Il y a une métaphore réel ici à mon sens de l’amour avec le revers de la médaille qui l’accompagne, car Elric souffre intérieurement de cette dépendance. Attention je ne dis pas que notre héros aime son épée, loin de là, juste que cette dernière est l’incarnation de la plus grande force des hommes mais aussi leur plus grande faiblesse.

— Les projets du Destin ne sont jamais déjoués. Ce qui est arrivé est arrivé parce que le Destin en avait ainsi décidé, si toutefois le Destin existe et si les actions des hommes ne sont pas simplement la réplique aux actions d’autres hommes.

Cymoril – Elric Des Dragons

La dernière nouvelle du recueil s’intitule Le Navigateur sur les mers du destin. Toujours en voyage, au cœur de cette année de découverte qu’il s’est donnée afin de régner plus justement sur Melniboné, Il va vivre trois aventures périlleuses aux confins du Multivers, thème cher aux auteurs de fantasy et des rôlistes, mis en scène ici par Moorcock. Notre sorcier albinos, toujours accompagné de son épée maudite Stormbringer, va rencontrer trois autres incarnations du Champion Éternel issus de l’imagination débridée de Michael Moorcock : CorumHawkmoon et Erekosë. Ils sont tous une projection d’eux même, comme quatre faces identiques d’un tétraèdre, qui se rencontrent pour la première fois, venant tous du multivers, des sortes de monde miroir. Ils doivent débarrasser l’univers de deux étranges sorciers. Notre héros va ensuite être rejeté dans un monde parallèle, où il va être confronté à un ancêtre melnibonéen hanté par une histoire d’amour dramatique, l’occasion pour Elric d’en apprendre plus sur le passé de son peuple et de son monde. Si le récit possède plusieurs unités d’action, il ne m’a pas paru autant homogène que les autres. Je n’ai guère été emballé par la première partie et la rencontre des autres héros de l’auteur. Par contre le final m’a captivé. J’aime toujours les révélations quand je lis, surtout quand elle concerne le monde et ses secrets. Ce procédé donne invariablement de la profondeur à l’univers, à condition que ce soit bien fait et c’est le cas ici. Écrite en 1976, là encore, Moorcock revisite son personnage phare après avoir terminé son histoire.

Conclusion :

Sensationnel ! Avec son imagination fertile et non formatée, Moorcock à créé un héros afin de contrecarrer l’héritage laissé par Howard et son Conan. Elric est son exact opposé. C’est un plaisir de tous les instants. L’écriture quasi cinématographique nous emmène au sein du Multivers ou dans les profondeurs apocalyptiques où règnent les Seigneurs de l’Ordre et du Chaos et présente de puissants personnages aux tempéraments bien trempés. Tournure à l’ancienne, répétitions en début de phrase, vocabulaire recherché, comme Tolkien les mots chantent et éveillent en nous des sensations bien plus fortes que seulement les images qu’ils évoquent. Elric est-il bon ou mauvais? Le lecteur perd ses repères et se met à aimer un héros aux pratiques plus que discutables.

j’aurai pu dire : Elric c’est moi. À présent je déclare : Elric c’était moi, celui que j’ai été.

Michael Moorcock – introduction à l’intégrale 2

La note : 8/10

Ce monument de la Fantasy, écrit alors que Le Seigneur des Anneaux commence à gagner en popularité et que Gary Gigax réfléchit à la création de Donjons et Dragons, peut réellement être considéré comme un classique. Quant à la pertinence d’une édition chronologique, je reste partagé. Quand, comme moi, on découvre ce récit sur le tard, c’est sûrement plus facile de suivre l’histoire, mais, (mais !) il est parfois dans l’écriture des procédés intentionnels. Prenons l’exemple facile et populaire de Star Wars : si vous regardez les épisodes dans l’ordre chronologique, est-ce que le final de l’épisode 5 a la même saveur que, si comme moi en mon temps, vous découvrez la révélation de Vador à Luke lors du duel final de L’Empire contre-attaque ? Non. Clairement pas. Et, croyez-moi, je suis heureux d’avoir pu les voir dans leur ordre de création. Alors la suite du cycle me dira sûrement si ce choix est fondé, mais au vu de la lecture de la deuxième nouvelle, j’ai comme le début d’un frémissement de soupçon d’un doute ^^.
Allez, à la revoyure pour de nouvelles aventures.

Bonsai !

Édition présenté : Elric Intégrale 1 aux éditions Pocket. Paru le 23/05/2013. Traducteurs : George W. BARLOW, Daphné HALIN, Brian HESTER, Gérard LEBEC. ISBN :978-2-266-24073-4

Revue Littéraire : Nightflyers et autres récits de GRR Martin

Bonjour à tous !

Nous continuons le voyage des lectures non chroniquées. J’ai pris beaucoup de retard cette dernière année dans mes revues et je profite donc de l’été et du calme pour combler ça. J’en ai même quelques-unes qui datent de ma première année de blog, c’est dire ! Mais les compteurs seront bientôt remis à zéro. J’ai réussi à trouver mon rythme. Alors qu’avons nous au menu aujourd’hui ? Ah ? tiens ? Une lecture qui date de novembre 2019. De qui ? Martin ? « Dis donc Onos, on le voit souvent lui ! » Ben oui, je l’aime bien, surtout son univers du Trône de Fer, mais paradoxalement, je ne me suis intéressé à ses autres travaux que récemment. Wild Cards fut le premier de ceux-ci, mais j’avais stocké dans ma besace d’autres livres, dans le domaine de la SF, comme ce recueil de nouvelles édité par ActuSF en 2018. Cet auteur me fascine en effet. Il a un narration simple, mais d’une efficacité redoutable, les thèmes sont souvent pertinents et la critique sous-jacente. Allez c’est parti, décryptons ça.

Quatrième de couverture :

Depuis des temps immémoriaux, les volcryns traversent la galaxie. Personne ne sait d’où ils viennent, où ils se rendent… ni même ce qu’ils sont vraiment.
Karoly d’Branin est bien décidé à être celui qui percera ce mystère. Entouré de scientifiques de talent, il embarque sur l’Armageddon. Mais bien vite les tensions s’accumulent. Quelle est cette menace sourde qui effraie tant leur télépathe ? Et pourquoi le commandant du vaisseau refuse d’apparaître autrement que par hologramme ?
Karoly est certain d’une chose : ses volcryns sont tout proches. Pas question de faire demi-tour. Quel qu’en soit le prix

Mon avis :

Bien que le résumé s’attarde sur une seule histoire, le livre en compte six. Ce résumé a été rédigé pour être relié à la sortie de la série éponyme tirée de la première nouvelle : Le Volcryn. La série, elle, n’a pas eu le succès escompté, cette quatrième de couverture aurait peut-être gagné à présenter un peu les autres finalement, pour que le livre ait sa vie propre. Quoiqu’il en soit, qu’avons nous au menu de ce recueil ?

Le Volcryn
Pour une Poignée de volutoines
Week-end en zone de guerre
Sept fois, sept fois l’homme, jamais !
Ni les feux multicolores d’un anneau stellaire
Chanson pour Lya

Je ne vais pas détailler chaque nouvelle, à vous lecteur de découvrir leur contenu. Elles ont toutes un point commun qui crée une certaine cohérence à l’ensemble : elles se situent toutes dans l’univers des 1000 mondes, un univers SF inventé par Martin, bien avant que Westeros n’existe et lui donne la notoriété que l’on sait. Peu importe la toile de fond avec lui de toute façon, parce qu’elle n’est qu’un prétexte pour y exposer ses vues sur des thèmes qui lui tiennent à cœur. L’humain est au cœur de son œuvre. Sa critique n’est jamais explicite, elle se situe en dessous de la ligne de flottaison, pour qui sait la voir, et ce sont dans les nouvelles courtes, qui accompagnent les deux gros standards de l’auteur présents ici, Le Volcryn et Chanson pour Lya, que c’est le plus flagrant. Cette dernière reste mon grand plaisir de cette lecture. Somptueuse, d’une profondeur intense, hymne à l’amour et à l’union ou plutôt à la communion entre deux êtres, elle m’a profondément marqué. Que ce soit un récit anti-militariste, (Week-end en Zone de guerre), violent par contraste, une ode contre l’extermination de masse et le fanatisme religieux (Sept fois, sept fois l’homme, jamais ! ), dont le titre est inspiré du Livre de la jungle de Rudyard Kipling, la cupidité et les moyens de contrôle pour y arriver (Pour une poignée de volutoines), ou encore une réflexion philosophique sur la solitude et la peur du vide, du néant, (Ni les feux multicolores d’un anneaux stellaire), Martin fait mouche. Ce texte est d’ailleurs un inédit, bien qu’écrit en 1976. Il faut ce qu’il faut pour avoir le droit de rééditer des nouvelles déjà parues dans d’autres recueils précédemment. Avec son style parfois populaire, pas dans le sens vulgaire mais bien accessible et familier, Il sait, en peu de mots, vous faire passer son idée au travers de personnages très typés et dont les motivations sont fortes. Si l’on compare au Trône de fer, on se rend compte que c’est sa marque, au delà du worldbuilding, il sait rendre très humains ses protagonistes, avec tout ce que cela entraîne de paradoxes, d’interrogations, d’émotions. Les genres se mêlent, les cadres changent – horreur, zombies, aventure dans l’espace, histoire d’amour, jeux de guerre, religion, fanatisme – mais la volonté première reste là : nous divertir tout en grattant cette zone inconfortable juste à la limite de notre morale, qui bouscule notre conscience. Un point commun avec un autre auteur que j’aime beaucoup, le King. Ils sont de la même génération d’ailleurs, mais n’écrivent pas au même rythme, ni avec le même style !

Conclusion :

Bien que je lise GRR Martin depuis près de 10 ans, je ne me suis que récemment intéressé à ses autres écrits. L’univers des 1000 mondes est d’une richesse incroyable et méritait vraiment d’être découvert. Pour ceux qui comme moi manquent de temps, ce recueil est la parfaite entrée, compilant certains de ses meilleurs textes parmi les plus connus. Le format est parfait et le livre se lit vite. L’auteur maîtrise à merveille l’art de la nouvelle et ses chutes sont souvent abruptes. Je remercie ActuSF pour cette compilation qui, si elle est loin d’être exhaustive, a le mérite de donner un très bon panorama du reste de l’oeuvre de Martin et de son talent littéraire. Il n’y a pas que le Trône de Fer dans la vie. Enfin bon, juste comme ça quand même : « George ! Écris plus vite ! On attend le tome 6 ! ». Il ne m’en tiendra pas rigueur.

Du moins, J’espère.

À moins qu’il ne m’envoie La Montagne en représailles.

Ah, tiens, on a sonné.

La note : 9/10

À bientôt pour de nouvelles revues littéraire… ou pas !

Bonsai!

Nightflyers, recueil édité par ActuSF de 492 pages. ISBN : 2366299273

Revue Littéraire : La Fleur de Dieu de Jean Michel Ré

Bonjour à tous !

S’il y a bien une collection récente qui, visuellement et dans son contenu me plait, c’est bien celle d’Albin Michel Imaginaire. Créée à l’automne 2018, elle possède déjà un catalogue varié et de qualité. Ma lecture actuelle d’ailleurs, Mage de Bataille, un des livres qui a lancé la collection, a été mon tout premier achat sur ma Kobo (mais pourquoi attends-tu si longtemps pour lire tes livres ? … Bonne question^^). La Fleur de Dieu est un Space Opéra écrit par Jean Michel Ré, qui m’a tout de suite interpellé lors de sa publication. En début d’année, une promo sur le store de ma liseuse me permit enfin de me l’offrir, ainsi que Les Portes Célestes, le deuxième tome. Depuis, Cosmos Incarné est sorti également, complétant la trilogie, et pour une fois, j’ai pas attendu des plombes pour m’y plonger après l’achat, j’ai fini mon livre en cours et j’ai sauté de suite sur cette lecture. J’avais envie de SF, envie de vaste étendue intergalactique. Mais sommes nous proches d’un Star Wars ? Pas du tout. Mais alors, pas du tout ! Allez, on en parle.

Quatrième de couverture :

An 10996.

Dans les déserts suspendus de la planète sacrée Sor’Ivanyia, un des dix-huit mille mondes de l’Empire, pousse la Fleur de Dieu. Ce remède à de nombreux maux est aussi un vecteur privilégié pour accéder au divin. Grâce à la Fleur de Dieu, l’Homme sait désormais ce qui advient de la mémoire après la mort.

Alors qu’un impitoyable seigneur de la guerre fomente un coup d’état, la formule chimique de la Fleur de Dieu est dérobée par une organisation anarchiste paradoxalement très organisée. Au même moment, l’apparition sur Sor’Ivanyia d’un enfant aux pouvoirs extraordinaires bouleverse toutes les certitudes scientifiques et religieuses de l’Empire.

Qui est cet enfant ? Est-il seulement humain ? Est-il ce Messie que certaines religions ont cessé d’attendre ?

Mon avis :

La première caractéristique de ce roman est la présence d’un monumental glossaire. Plus de quarante pages ! Environ cent cinquante entrées, alors comment aborder la chose ? J’ai lu ici et là que certains lecteurs avaient choisi de lire d’abord le glossaire. Pour ma part, j’ai procédé autrement, préférant m’y référer en cours de lecture quitte à lire en même temps les entrées précédentes et suivantes. L’avantage de cette méthode étant une compréhension facilitée, puisque le terme est relié directement à son contexte. L’ inconvénient étant une lecture hachée dans les premiers temps.

Les chapitres sont courts et multiplient les points de vues, offrant un panorama complet des motivations de chacun. Ce qui retient mon attention, ce sont ces citations d’ouvrages historiques et d’essais fictifs en début de chapitre qui relatent et donnent une vision critique de l’Histoire de l’Humanité et nous permettent de retracer 80 siècles d’histoire. Leur décryptage est intéressant et révèle au compte-goutte les événements qui suivirent ce XXI siècle assez particulier. On y apprend que de grandes guerres interconfessionelles ont plongé le monde dans le chaos et la violence, ce qui entraîna la constitution du « Credo », une suite de « sourates » visant à unifier les différentes fois afin d’éviter les heurts entre les différentes communautés religieuses. Au milieu de tout ça, une nouvelle religion est apparue, le scientisme. Elle organise une foi et un culte autour de la science et des études scientifiques. Elle dispose d’une grande influence sur l’Empire et a accès à des technologies puissantes. C’est elle qui a le monopole de la formule de la « Fleur de Dieu » dont les propriétés permettent d’avoir un accès privilégié au divin au travers des visions qu’elle procure.

La religion et la science sont donc au cœur du roman. L’auteur y ajouté un troisième éléments, somme toute indissociable des sociétés humaines : la politique. L’Empire. Il s’étend sur plus de 18 000 planètes. Constitué en secteurs, l’empereur s’appuie sur des seigneurs de guerre, nouvelle noblesse militaire, afin d’administrer l’ensemble. Jean-Michel Ré nous le montre autoritaire, avec une surveillance accrue à travers le Rézo, sorte d’internet puissance mille, et l’influence de l’Ordo. Comme si les masses incommensurables ne semblaient pouvoir être régies que par un système de ce genre. Il y a tout de même des opposants. Tout d’abord Fawdha Anarchia, l’organisation anarchiste qui cherche à voler la formule de la Fleur de Dieu, ou encore la Diaspora, des personnes qui voyagent à travers l’espace sans autorisation pour s’éloigner de la société impériale, au delà des confins connus, afin de vivre en dehors du système et de son contrôle absolu. C’est au milieu de tout ces enjeux politiques, entre anarchistes, seigneurs de guerre rebelles, science et fois, qu’apparaissent deux personnages qui m’ont vraiment marqué, Maître Kobayashi, un shintoïste venu sur Sor’Ivanyia et embarqué malgré lui par les événements, et l’enfant. Lorsque je lis, il y a toujours un personnage auquel je m’attache plus, auquel je m’identifie. Maitre Kobayashi fut celui-là. C’est par ses yeux que j’ai préféré voir le récit. Le second personnage est Son Goku. Ah non Pardon ! L’enfant je voulais dire. Désolé. Mais une de ses premières apparitions m’a vraiment fait penser à ce héros de mon enfance. Être mystique, doté de pouvoirs étranges semblant lui venir de la Fleur de Dieu, nous le découvrons peu dans ce premier opus, mais son potentiel semble très intéressant pour la suite.

Conclusion :

Quand dans un champ social donné apparaît la peur d’une des autorités qui s’exerce dans ce même champ, le moment n’est pas loin où les personnages qui ont à subit cette autorité vont se positionner. Les cas individuels de subversion seront beaucoup plus rares que les cas de soumission, par peur de représailles. C’est pour cela que la peur d’une autorité arbitraire est un instrument de gouvernement qu’il faut savoir diligemment instiller pour limiter les cas d’insoumission et inciter à une obéissance résignée.

La Fleur de Dieu – Jean Michel Ré

Le roman de Jean-Michel Ré s’apparente donc au space-opera, mais il est finalement bien plus. Visionnaire et philosophique, l’auteur nous permet de réfléchir à notre futur, nous propose des évolutions technologiques crédibles, ainsi qu’un modèle de société cohérent où la science et la religion ne s’opposent plus mais coexistent dans un seul but finalement : le contrôle au travers des croyances. Il m’aura fallu plusieurs jours, que dis-je, plusieurs mois presque, pour digérer ma lecture et savoir si je l’avais vraiment appréciée. D’écrire cette chronique à froid, six mois après sa lecture, me donne envie de me replonger dans son univers, auquel je repense souvent. Je pense que la lourdeur du glossaire et cette exposition un peu longue ont quelque peu obscurci le plaisir qu’il y avait à retirer d’une telle oeuvre. Le roman monte en puissance tout du long, plaçant les éléments avant la grande déferlante et… paf ! le livre s’arrête net… Frustrant au possible ! Une lecture exigeante donc mais la persévérance me semble nécessaire, car les thèmes ne laissent pas insensible et nous invitent à réfléchir. Et vous commencez à le savoir, c’est ce que j’aime !

La Note : 7/10

La Fleur de Dieu aux éditions Albin Michel Imaginaire. Illustration de couverture : Pascal Casolari ISBN: 2226442367

Revue littéraire : Les Souvenirs de La Glace de Steven Erikson

Alors que la chaleur bat son plein et que les hordes caniculaires déferlent sur ma région ultra tempérée amenant leur lot d’incivilités, des envies de fraîcheur, et de glace s’emparent de moi. Ahhh la glace… la glace !! Mon dieu ! Ma revue de 3e tome du Livre des Martyrs ! J’ai oublié ! J’ai oublié de la finir ! Allez hop, je mets ma polaire et on y fonce. Euh.. non. Mauvaise idée la polaire.

Quel plaisir de continuer la chronique de cette grande saga que j’ai découverte en 2019. Le livre des Martyrs ou Malazan Book of the Fallen dans son titre original, est une décalogie écrite par Steven Erikson. Depuis 2018, Leha s’est lancé dans l’édition et la traduction de cette œuvre après deux échecs de publication chez buchet Chastel et Calmann Levy. Force est de constater qu’ils seront allés plus loin dans la réalisation de ce projet que leurs prédécesseurs. À l’heure actuelle, 5 tomes sont déjà publiés et le 6e est sur les rails pour le mois d’octobre 2020 qui, sommes toutes, se rapproche bien vite. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de la série, je vous renvoie à mon premier article sur le tome 1 Les jardins de la Lune, et celui sur Les Portes de la Maison des Morts.

Au départ, ce tome devait être le deuxième mais Steven Erikson perdit la carte mémoire avec les 350 premières pages déjà rédigées ! Par dépit, il choisit donc d’abandonner ce projet et se consacra à la rédaction du tome suivant qui finalement devint le deuxième : Les Portes de la Maison des Morts. Et quel choix judicieux dans la conception de la saga, car croiser les trames scénaristiques de son histoire aussi tôt dans la globalité de son récit a créé une intensité émotionnelle qu’il n’aurait peut-être pas atteinte si Les souvenirs de la Glaces avait été le deuxième tome.

Je précise que mes chroniques sont sans gluten, sans sucre, sans racisme – bien que ce soit un des thèmes centraux de l’oeuvre dans sa globalité – mais surtout, et c’est le plus important pour tout lecteur, sans SPOILER ! Du moins j’essaye, je suis bien obligé de vous donner quelques noms, de personnages, de lieux. Croyez-moi, il s’agit d’un exercice fort difficile parfois que de vous présenter un livre, une histoire, sans vous en révéler des pans entiers, d’autant plus quand il s’agit d’une oeuvre complexe comme celle-ci. Néanmoins je préfère vous en révéler la magie, les thèmes, vous donner envie sans vous montrer – tout le contraire du fameux « show, don’t tell » ! – et vous laisser franchir la porte de cet univers, seul, vierge de tout élément qui viendrait vous gâcher le plaisir de ce voyage inoubliable.

Quatrième de couverture

Le continent ravagé de Genabackis a donné naissance à un nouvel empire terrifiant : le Domin de Pannion. Telle une marée de sang corrompu, il se répand sur les territoires avoisinants, dévorant ceux qui refusent de se soumettre à la sainte parole de son tyran fanatique : le cruel Oracle de Pannion. Sur son chemin se dresse une improbable alliance.

L’Ost de Dujek Unbras et les Brûleurs de Ponts de Mésangeai sous les ordres de Ganoes Paran ont choisi de faire front aux côtés de leurs vieux ennemis : les forces du seigneur de guerre Caladan Rumin, les Tistes Andii d’Anomander Rake, le Seigneur de Sangdelune, et le peuple des Rhivis des plaines. Surpassés en nombre et se méfiant les uns des autres, ils devront se tourner vers de potentiels renforts, en particulier les Epées Grises, une fraternité de mercenaires qui a pour ordre de tenir à tout prix la ville assiégée de Capustan, mais aussi les Barghasts à Visage Blanc en proie à des querelles intestines. Mais les clans non-morts des T ‘lan Imass se sont également réveillés, répondant à un antique rassemblement ordonné par la première Jeteuse d’Os de chair et de sang à avoir vu le jour depuis plusieurs centaines de milliers d’années.

Dans l’ombre, une force plus sombre et malveillante semble menacer le monde. Une infection se répand, corrompant les garennes, souillant la chair de Brûle, la déesse endormie elle-même. À Morn, des tumulus profanés portent la marque du Chaos, promesse d’une effroyable renaissance. Et partout l’on raconte que le Dieu Estropié, désormais libéré de ses chaînes, chercherait à assouvir son impitoyable vengeance…

Marquant le retour de bon nombre de personnages des Jardins de la Lune et introduisant son lot de nouveaux protagonistes remarquables, les Souvenirs de la Glace se pose comme un nouveau chapitre capital au sein de l’éblouissant cycle de fantasy épique de Steven Erikson tout autant que comme un sommet d’écriture.

Mon avis :

Cette fois-ci, nous retournons sur le continent de Genabackis , décor des aventures du tome 1 que nous avions quitté pour rejoindre dans le tome 2 le continent de Sept-Cités, et nous retrouvons avec un plaisir non dissimulé les personnages bien connus qui en furent les protagonistes, et même certains que l’on croyait disparus ! Tout d’abord, avant de rentrer dans le sujet, j’aimerais rendre grâce au travail d’édition réalisé, car avec ces 1146 pages grand format, il s’agit d’un objet pas facile à assembler. Et pourtant le livre est somptueux. Il nous donne envie de l’ouvrir de tourner ses pages d’une blancheur immaculée, une blancheur de glace… Qui pouvait mieux saisir d’ailleurs l’essence même du livre et la mise en avant nécessaire pour la couverture que Marc Simonetti ? Ces tons de bleus glacés nous renvoient une fois de plus vers un des thèmes du livre : le froid. Une illustration encore une fois parfaite de justesse, de beauté, de précision, et de qualité.

Comme d’habitude l’éditeur nous offre de somptueuses cartes au début du livre, ainsi qu’un Dramatis Personae et un glossaire, en fin de livre, très utile lors de relecture, ou de recherche d’un élément. Je tiens à préciser que ce glossaire contrairement à un autre roman que j’ai lu en début d’année, La Fleur de Dieu et dont la revue ne saurait tarder, n’est pas nécessaire à la compréhension du récit, il s’agit plus d’un point de rassemblement d’informations, un compilation de connaissances. Ce tome se découpe en 4 livres, chacun représentant différentes étapes de la campagne militaire pourrait-on dire. Et comme d’habitude, il possède sa propre conclusion, pas de cliffhanger ou autre artifice du genre.

Une évolution, un tournant.

Là où ils marchent coule le sang…

Steven Erikson

Ce récit pose un nouveau jalon dans le cycle. Certains enjeux nous sont enfin révélés. Si jusque là Erikson se contentait de nous narrer l’histoire de personnages pris dans le tourbillon d’événements les dépassant, le tout sur un fond de règle d’un jeu quelque peu faussé par les manipulations des Dieux, cette fois-ci il choisit dès les premières pages de nous révéler des pièces manquantes du puzzle, que l’on ne pouvait pas au départ assembler, car il va remonter 300 000 ans en arrière ! J’adore ce genre de narration qui tient en haleine et permet la surprise. On a la sensation au fur et à mesure du livre que les enjeux augmentent. Habilement, l’auteur place ses éléments, dévoile le passé, se joue du lecteur. Avec Erikson, on ne sait jamais ce qui va se passer, on ne peut pas anticiper. On essaie de décrypter les intentions de chaque protagoniste mais c’est peine perdue, il est bien rare de tomber juste, et ce, pour notre plus grande surprise !

Onos en action. Crédit : Dejan Delic

Le sens de l’épique… Comme toujours

Si les tomes précédents avaient montré la capacité de l’auteur à nous présenter des scènes vachement badass, ce tome place la barre encore un cran au-dessus, sans conteste. Le siège de Capustan est magistral, la maîtrise de la campagne militaire aussi aboutie que dans Les Portes de La Maison des Morts, avec ce petit plus que les ennemis d’hier sont maintenant amis. Je vous laisse imaginer tout ce que cette situation implique. De nouveaux personnages, tous plus puissants et charismatiques, intriguant et énigmatiques, les uns et les autres, font leur apparition. Chacun a une parcelle d’histoire à révéler, un passé en embuscade. En terme de description, Erikson excelle dans le gore sans trop en faire. Il est magistral de bout en bout. Comme pour le tome 2, la tension monte tout du long, mais cette fois-ci, nous avons droit à deux paroxysmes, selon ma propre expérience de lecture bien sûr, un au milieu, et ce final, poignant comme dans le tome précédent, qui vous coupera le souffle.

Conclusion :

Un moment de lecture intense. 1146 pages de Fantasy grandioses. Le cycle a pris son envol et nous commençons à entrevoir les véritables enjeux qui se jouent dans le monde inventé par l’auteur. La narration s’améliore, se fluidifie, pour nous entraîner toujours avec son style ultra visuel, vers de grands moments épiques. Il forme avec le tome précédent un ensemble unique d’histoires croisées. À relire sans modération.

La Note : 10/10

Comme toujours, pour les anglophones, je vous conseille l’excellent podcast Ten Very Big Books, dont voici le premier épisode sur Les souvenirs de la Glace. Allez,

Bonsai !

Vous pouvez aller lire aussi les avis de Symphonie et du Chroniqueur

Toutes les images présentées dans cet article sont la propriété exclusive de leur auteur.

Revue Littéraire : Trop Semblable à l’Éclair d’Ada Palmer

Bonjour à tous !

«Ada Rules … Ada Rules….» Ada quoi ? À dada? C’est quoi ce phénomène ? La twittosphère s’emballe, les blogueurs SFFF n’en peuvent plus. Allons bon, courons à l’espace culturel pour admirer l’objet, se faire une idée. Mince, il n’est pas en rayon. Ok, soit. Prenons l’édition numérique chez Le Bélial. Nous allons tester, et voir si ce livre est bien la révélation de science fiction de l’année.

Voilà ce que furent mes pensées en ce début d’année 2020 alors que je ne savais pas encore que l’humanité n’irait peut-être pas au-delà de 2021. Quoi ? Vous n’aimez pas mon humour ? N’empêche, alors que l’hiver s’était installé et que petit papa Noël était reparti dans sa multinationale Groenlandaise préparer sa prochaine cuvée spéciale masques – oups, pardon, plus fort que moi – J’ouvrais ma liseuse afin de découvrir le phénomène.

Quatrième de couverture :

Année 2454. Trois siècles après des évènements meurtriers ayant remodelé la société, les concepts d’État-nation et de religion organisée ont disparu. Dix milliards d’êtres humains se répartissent ainsi par affinités, au sein de sept Ruches aux ambitions distinctes. Paix, loisirs, prospérité et abondance définissent ce XXVe siècle radieux aux atours d’utopie. Qui repose toutefois sur un équilibre fragile. Et Mycroft Canner le sait mieux que personne… Coupable de crimes atroces, condamné à une servitude perpétuelle mais confident des puissants, il lui faut enquêter sur le vol d’un document crucial : la liste des dix principaux influenceurs mondiaux, dont la publication annuelle ajuste les rapports de force entre les Ruches. Surtout, Mycroft protège un secret propre à tout ébranler : un garçonnet aux pouvoirs uniques, quasi divins. Or, dans un monde ayant banni l’idée même de Dieu, comment accepter la survenue d’un miracle ?

Mon avis :

Nous avons ici un récit utopiste, ce qui nous change énormément des dystopies de ces 20 dernières années, dystopies qui soit dit au passage n’étaient pas à la hauteur de celles qu’on avait pu trouver dans les années 70-80. Un narrateur mystérieux, étrange, qui ment probablement parfois, par omission ou par intérêt, dresse un rapport écrit que nous parcourons. Son nom : Mycroft Canner. Son statut : esclave. Pas au sens où nous l’entendons. Car nous sommes dans une société nouvelle qui après une période de troubles et de conflits ayant presque éradiqué l’humanité, a opté pour un changement de paradigme. Les états-nations et les religions ont disparu et ont été remplacés par une oligarchie composée de sept Ruches qui dirigent le monde, et qui le modèlent selon les préceptes de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle. À la lueur de ce changement, des particularités de narration propre à l’époque où se passe l’histoire, apparaissent. Il s’agit d’un magnifique prétexte pour s’adresser à nous, « lecteurs du passé », et créer une ambiance particulière au livre puisque le narrateur utilise certains attributs du langage du 18e siècle. Afin d’enfoncer le clou, et d’instaurer un décalage de quatre siècles, Ada Palmer a recourt à un phénomène résolument moderne, la disparition des genres et la substitution du « on » ou « ons » à leurs places. Évidemment, ce procédé est déstabilisant et il faut un temps d’acclimatation. Cela rend la lecture exigeante, oui. Mais au bout de quelques pages, le style s’installe, les formules s’ancrent et deviennent naturelles. Ce n’est pas l’avis de tous, je le sais, mais en tout cas sur moi, ça a marché du tonnerre – ou de l’éclair ! Chapeau bas à Michelle Charrier, la traductrice.

J’avais conçu un monde multi-racial où évoluait une minorité de personnage blanc et où l’Amérique – qui domine de très loin l’essentiel de la SF – n’occupait pas le devant de la scène. L’union Européenne, la Chine, le Japon, l’Afrique du Nord, l’Inde et les peuples de langue espagnole y étaient plus important.

Ada palmer

Au delà de l’enquête, tortueuse, énigmatique, Ada Palmer nous présente un univers d’une richesse incroyable. Nous nous retrouvons au cœur d’une société dotée d’une politique complexe et obscure qui sous l’apparence d’un monde parfait et pacifique recèle encore et toujours les mêmes vices de pouvoir qu’à notre époque actuelle. La triple énigme qui constitue la trame du récit est captivante et chaque scène est prétexte pour découvrir un nouvel aspect de ce monde futuriste. Le livre s’emballe de plus en plus à la fin du premier tiers pour ne plus nous lâcher, allant de révélation en révélation, jusqu’à un final qui nous tient en haleine et nous invite à découvrir rapidement la suite : Sept Redditions.

Conclusion :

Une grande claque. Un bijou de la SF moderne. Trop Semblable à l’Éclair explose le genre et porte le débat sur un nouveau terrain, car au-delà de l’intrigue et de la narration atypique et immersive, c’est une véritable réflexion philosophique sur notre avenir qu’on nous propose, avec non plus un modèle de société dont la base serait constitué par l’identité génétique et physique – la famille actuel – mais bien sur les aptitudes et les aspirations de chacun. Ada palmer fait une entrée fracassante sur le devant de la scène et nous livre un monument incontournable qui, je l’espère, sera toujours lu au XXVe siècle. Merci Ada et merci Le Bélial.

La note : 10/10

Edition présentée : Trop Semblable à L’éclair aux éditions Le Bélial paru le 23 octobre 2019. ISBN 978-2-84344-958-1

La Sculptrice.

J’ai froid. Je suis seul. Pourquoi ? Où suis-je ? qui suis-je ?
Dans ce monde de glace ma vue est brouillée, figée. Au travers du cristal kaléidoscopique se devine de la lumière mais je n’entends rien, je ne sens rien, je ne goûte rien. Je ne ressens que la souffrance, la solitude, le froid. Je ne peux bouger et mes pensées, résignées, restent emprisonnées et tournent, tournent…
Suis-je réel ?

Nuit après nuit, je reviens ici. Cet énorme bloc de glace m’intrigue. Qui l’a mis là ? Seul en haut de ce promontoire rocheux, il semble crier silencieusement. Il se dresse face à moi, énorme, avec ses faces scintillantes aux arêtes souples et multiples, découpant sa silhouette sur l’horizon bleu-sombre de la nuit, s’élançant vers les étoiles. Et ce morceau de froid dégage une tristesse infinie malgré sa beauté glacée. je le regarde, j’en fais le tour, il me dépasse, moi qui ne suis pas grande. L’herbe cristalline et pailletée de givre crépite sous mes pieds nus.
Ce soir, pour la première fois, j’ose m’approcher un peu plus. Je pose mes mains dessus. Je les retire en haletant. Il y a quelque chose à l’intérieur.. Je l’ai senti. Ça palpite. Ça vibre. Je repose mes mains sur la glace. Pas de doute. J’y distingue comme un chant. C’est terriblement triste. Je laisse mes mains parcourir la surface du bloc, pour comprendre, le froid me mord mais je tiens bon. La curiosité me dévore. Je veux comprendre. Au fur et à mesure de mon exploration, tous mes sens en alerte, une grande tristesse s’empare de moi. Pourquoi ? Qui a pu faire ça ? Qui a pu emprisonner cette … entité ? Elle semble douce et belle en même temps. Résignée aussi. Bientôt la colère irradie. Me consume. Et je sens mes mains se réchauffer à ce sentiment. Je sens de l’eau s’immiscer entre mes paumes et le bloc, elle se met à ruisseler sur la surface gelée jusqu’à mes pieds. Je sens la glace se crevasser.
Au bout d’un moment, un trou se forme suivant le contour de mes mains. Je les retire, j’y vois mon empreinte, ma marque. Je choisis de les appliquer à un autre endroit et je répète le processus. Je continue ainsi toute la nuit, constellant le cercueil de givre de mes traces, ma colère me servant de moteur, de pouvoir. Alors que la nuit s’achève je me fais la promesse de revenir, ainsi chaque nuit. Je m’éloigne jetant sans cesse des regards en arrière pour être sûre que ce n’était pas un rêve, que mes marques ne disparaissent pas.

Je l’ai senti, cette chaleur apaisante. Je ne comprends pas ce qui se passe. C’est la première fois que je ressens. Je ne peux décrire.. J’espère que ça recommencera. J’espère…qu’elle reviendra.

Nuit après nuit, je suis revenue. Nuit après nuit j’ai sculpté, façonné, j’ai posé mes mains et fais fondre la glace. Souvent, j’ai dû recommencer car le froid avait de nouveau tissé sa toile. Emprisonné. Gelé. Mais j’ai gagné du terrain. Plus le temps passait, plus ma colère s’est propagée, transformée, muée en chaleur, entaillant la glace, la consumant. Longtemps je suis venue, inlassable, pleine d’ardeur. Je veux savoir. Je veux découvrir. Ma solitude s’évapore au fur et à mesure que la taille du sarcophage de glace rétrécit et fond en filaments d’eau, courant jusqu’au sol. Ce but nouveau me comble, me réchauffe aussi. Avec les étoiles pour témoins ce soir, je triompherai. Je saurai.

Nuit après nuit, la chaleur est revenue, se révélant, m’apaisant. Je commence à distinguer des formes, une multitude de points lumineux au dessus de moi ainsi qu’une silhouette. Le mot « ange » flotte dans mes pensées. Je ne sais d’où il vient, mais il me semble que c’est ce qu’est la forme qui s’acharne sur le cocon de souffrance qui m’entoure. Notre rencontre est proche, je le sens

Il me faut agir avec précision, pour ne pas abîmer l’entité prisonnière, mais le froid résiste, ne renonce pas, il ne veut pas lâcher sa proie. « Relâche-le ! Je le veux ! Tu n’as pas le droit ! Pas le droit de faire ça ! » Il y a de la magie à l’oeuvre, je le sens. L’âme malveillante d’un dragon de glace irradie de la gangue givrée. Non, tu ne l’auras pas semble-t-elle me dire. La rage me saisit, et je cogne avec mes poings contre la surface ! Je la martèle, des échardes de glace se projettent en tout sens, écorchent mes joues, mes bras, mes jambes, mais n’atteignent pas mon cœur. Plus je me rapproche du centre du cocon, plus je sens la vie. Elle se réveille, elle commence elle aussi à remuer, à se contorsionner, à vouloir s’extraire. Soudain une lumière s’empare de mes mains, elles irradient d’une douce blancheur. Dans la glace je distingue que la forme elle aussi s’est illuminée, ses contours se dessinent dans le prisme transparent qui nous sépare. Alors dans un ultime effort, je plonge mes mains, paumes tendues, doigts serrés, comme deux lames tranchantes au cœur du froid ardent. Mes doigts s’enfoncent, un sifflement de vapeur se fait entendre alors que je pénètre profondément à l’intérieur. Je dois l’attraper. Je dois le sortir de là. J’ai maintenant de la glace jusqu’à mi bras, mais rien ne me résiste, et je m’enfonce toujours plus. La forme se débat encore plus violemment. Le bloc commence à se fissurer, il craquelle, et dans un bruit assourdissant il se fend sur toute sa hauteur, et retombe en deux morceaux de part et d’autre de moi.

Le silence revient, bercé par le souffle du vent. Les étoiles, muettes, illuminent le promontoire. Au sol, un homme recroquevillé sur lui-même tremble. Il est nu. Je l’observe alors qu’il est en position fœtale. Sa mâchoire claque, ses yeux sont fermés. Son souffle est irrégulier. Je me penche. Et je l’enveloppe avec mes bras. Je le réchauffe et à son contact je sens que mon pouvoir est encore plus puissant. Il est beau. Je sens émaner de lui une bienveillance, une beauté intérieure, beaucoup de souffrance aussi, de peur. Je serre ses épaules, je me rapproche et je glisse à son oreille : « Bienvenue, je suis heureuse de t’avoir trouvé ». Puis j’enlève le drap qui me recouvre le corps et le déplie pour nous couvrir tous les deux alors que je me glisse derrière lui dans une position identique et que je me colle pour lui transmettre ma chaleur. Là sous les étoiles, je souris, et je ferme les yeux. Bientôt un cocon nous entoure, une aura chaude, rassurante, réconfortante. Les derniers vestiges de glace, fondent, tentent de résister mais se noient dans leur propre consistance. Nous restons seuls, dans l’herbe, caressés par le vent. Je le sens se détendre, il ne tremble plus. Et alors que mon regard s’ouvre à nouveau et se tourne vers les étoiles, un murmure d’une douceur incomparable me parvient.

« Merci…. Qui que tu sois »

Revue Littéraire : Wild Cards (Martin), tome 2 : Aces High

Bonjour à tous !

Il y a un peu plus d’un an, je découvrais la série Wild Cards, une anthologie dirigée par GRR Martin, dans un univers de super héros (les As) et de rebuts difformes (les Jokers), dont les pouvoirs, ou les déboires, proviennent d’un virus extraterrestre répandu sur la terre de manière spectaculaire en 1946. Fort de cette première expérience, j’avais décidé de continuer l’aventure dès que je le pourrais. C’est chose faite avec ce deuxième tome lu en début d’année, avant la fin du monde, le confinement. Bon, pas sûr de rattraper mon retard sur la série qui compte déjà 9 tomes en français et dont le 28e vient de sortir aux US, mais c’est un pas de plus en ce sens !

Quatrième de couverture :

Nous sommes en 1986. Depuis qu’il a frappé la Terre quarante ans plus tôt, le virus Wild Card n’a cessé de se répandre, tuant une grande partie de la population, produisant quelques aces, des êtres aux pouvoirs surnaturels, et beaucoup de jokers, des humains amoindris et difformes. Aujourd’hui confrontés à un ennemi venu des profondeurs de l’espace et à son alliée sur Terre, une secte maçonnique, les héros créés par George R.R. Martin et ses complices (Roger Zelazny, Walter Jon Williams, Pat Cadigan…) ne sont pas au bout de leurs surprises.

Pièces de sangLewis Shiner
Jube : unGeorge R. R. Martin
Jusqu’à la sixième génération : prologueWalter John Williams
Jube : deuxGeorge R. R. Martin
Et tu retourneras à la poussièreRoger Zelasny
Jusqu’à la sixième génération : 1ère partieWalter John Williams
Jusqu’à la sixième génération : 2ème partieWalter John Williams
Jube : troisGeorge R. R. Martin
Le Regard qui tueWalton Simons
Jube : quatreGeorge R. R. Martin
Jusqu’à la sixième génération : épilogueWalter John Williams
Un hiver bien longGeorge R. R. Martin
Jube : cinqGeorge R. R. Martin
Différends familiauxMelinda Snodgrass
Des amis bien utilesVictor Milán
Jube : sixGeorge R. R. Martin
Fausse RoutePat Cadigan
La Comète de monsieur KoyamaWalter John Williams
Le Seuil de la mortJohn J Miller
Jube : septGeorge R. R. Martin

Mon avis :

La première chose que j’ai remarquée à la lecture de la table des matières, c’est que beaucoup moins d’auteurs étaient impliqués. Ce tome repose essentiellement sur deux d’entre eux : Martin et Williams. Pour le coup, l’histoire globale est plus fluide. Il y a une vraie trame narrative avec plusieurs camps qui s’opposent. Les graines plantées en début d’anthologie par Pièce de Sang sont habilement exploitées. Finies les histoires sans liant où chacun présente son personnage issu des sessions de jeu de rôle, cette fois-ci chaque auteur utilise également les avatars des autres et les met en scène. Je ne sais comment cela s’est organisé en coulisse, mais ça crée un effet très sympa. Le style, parfois haché dans le premier tome dû à la diversité des participants, se trouve ici plus compact. Mais au delà de la narration partagée et du découpage en nouvelles, que dire du contenu ?

Le début fut poussif, et ce furent les retrouvailles avec les héros du premier tome qui me maintinrent dans l’histoire. Une fois l’envol pris, j’ai pris un réel plaisir à rencontrer l’Homme Modulaire, Water Lily, de nouveaux As, ou encore Trépas au pouvoir mortel,  à vivre une invasion façon Starcraft qui m’a rappelé ces films ou série B aux effets spéciaux kitsch de mon enfance. Certains personnages comme la grande et puissante Tortue sont un peu plus développés, on creuse leur psychologie, leurs problèmes, car être un super héros n’empêche pas qu’il y ait un revers de médaille. Moins novateur que le premier, il approfondit l’univers uchronique de Wild Cards et creuse les origines extraterrestres du Dr Tachyon que j’aime beaucoup. Très centré sur les As – d’où le titre – les jokers ne sont pas en reste mais n’ont que le second rôle ici. 

Conclusion :

Un avis positif, malgré la centaine de pages à avaler avant de vraiment rentrer dedans. Bien qu’il m’ait moins marqué que le premier qui fut une première entrée en SF – que je qualifierais de pulp – pour moi, j’ai passé un bon moment, la nouveauté et l’émerveillement en moins. Un scénario globalement solide mais un peu gâché par une fin un peu longuette à mon sens. Incontournable ? certainement pas, mais à mettre dans les mains de tous les fans de super héros qui sauvent le monde. Je me tourne à présent vers la suite, Joker’s Wild, qui devrait cette fois-ci inverser la tendance et donner la part belle aux parias du virus tachisien.

La note : 7/10

PS : Si vous voulez un résumé détaillé de chaque nouvelle, je vous renvoie à la page du wiki de la Garde de Nuit spécialisé dans les œuvres de GRR Martin : https://www.lagardedenuit.com/wiki/index.php?title=Wild_Cards_II_:_Aces_High

Edition présenté : Wild Cards II Aces High paru aux éditions Nouveaux Millénaires. traduction Henry-Luc Planchat et Philippe Richard ISBN : 9782290061084

Revue Littéraire : Le Bazar des Mauvais Rêves de Stephen King

Bonjour à tous !

Me revoici par là. Ah.. les vacances, rien de tel pour bloguer un peu. Et rattraper son retard. Aujourd’hui je vais vous parler de mauvais rêves, ceux dont vous cherchez à vous extraire, en sueur dans votre lit, mais sans réussir à vous réveiller. Oui, il faut lire ce recueil dans le noir, tard dans la nuit, sur l’écran rétro-éclairé de sa liseuse avec le vent d’une tempête hivernale qui cogne sur les volets, et les sifflements stridents et chaotiques qui bourdonnent dans vos tympans, augmentant la sensation d’irréel et invitant le surnaturel. Ça sent le vécu ? Peut-être… Stephen King, c’est une main qui surgit de l’eau et vous agrippe par delà la surface de la mare au dessus de laquelle vous vous êtes penchés pour y regarder votre reflet, et vous attire dans ses filets, tout au fond, pour partager son festin de mort. Alors à mon tour de vous inviter à la table, prenez place n’ayez pas peur, tout est comestible..si, si, venez…

Le menu :

Mile 81
Premium Harmony
Batman et Robin ont un accrochage
La Dune
Sale Gosse
Une mort
Église d’ossements
Morale
Après-vie
Ur
Herman Wouk est toujours en vie
À la dure
Billy Barrage
Mister Yummy
Tommy
Le Petit Dieu vert de l’agonie
Ce bus est un autre monde
Nécro
Feux d’artifice imbibés
Le Tonnerre en été

Mon avis :

Ce n’est pas le premier recueil de nouvelles du Roi que je lis. Le tout premier fut Danse Macabre alors que je hantais la salle d’étude de mon dortoir au lycée, jusque tard dans la nuit, absorbé par ma lecture. J’étais fasciné par cette imagination fertile et morbide, et c’est à cette époque que j’ai ressorti la machine à écrire de ma mère afin d’écrire à mon tour, inspiré par Le Ver, ma nouvelle préférée. Entre temps, j’ai lu Différentes Saisons, Minuit 2, Tout est Fatal, et aujourd’hui voici donc à nouveau une magnifique boite de chocolat, offerte par mon auteur fétiche. Comme dirait Forrest Gump, ce qui est bien c’est qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Écrire cette revue à froid, 4 mois après l’avoir terminé, avec juste ses notes Keep, ça permet de relativiser l’impact qu’ont eu chacune des nouvelles. La mémoire est un formidable océan dans lequel on plonge ses filets afin de voir ce qu’on va remonter, et les notes prises en cours de lecture aident à réactiver les souvenirs. Celles-ci sont révélatrices, certaines histoires n’ont même pas eu un seul mot. Ça ne veut pas dire pour autant que je ne les pas aimées, juste qu’elles m’ont moins captivé. Le recueil est globalement excellent, un des meilleurs. King s’amuse de tout, fait de tout, on a même le droit à un poème façon Poe (Église d’ossement), ou encore à une nouvelle à la Raymond Carver (Premium Harmony). Il offre ici un message d’amour à la littérature populaire américaine, et il tente de lui rendre hommage avec son humilité coutumière, lui qui restera probablement comme l’un de ses plus grands représentants et qui aura permis à la littérature de genre d’être reconnue comme de la littérature tout simplement.

La première chose frappante, c’est que chaque nouvelle débute par un petit aparté de l’auteur, une introduction dans laquelle il nous livre ses intentions. Et ça change tout. Cette intimité qui se crée, ce rapport où il nous explique la genèse, l’événement capté par son œil observateur et qui a amené l’idée puis la rédaction de la nouvelle, qui nous permet de mieux comprendre le processus créatif, nous immerge encore plus dans le récit qui suit. Ça a toujours été son style, il est vrai, de nous parler comme si nous étions seul avec lui, mais dans ce contexte c’est une véritable valeur ajoutée.

Alors qu’est-ce que mes filets ont remonté ? Tout d’abord Nécro, l’histoire d’un journaliste qui s’amuse à écrire des nécrologies au vitriol de personnes encore vivantes. ma préférée ! Je retenais mes rires, sans succès parfois, alors que je lisais tard et que tout le monde dormait autour de moi. Miles 81 également, la nouvelle d’ouverture, qui tient presque du roman tant elle est longue. Une nouvelle à l’ancienne, mais terriblement bonne. Il y a aussi quelques petites pépites comme Dune ou Une Mort, qui nous rappelle que la chute est extrêmement importante dans l’art de la nouvelle, et doit surprendre son lecteur. À contrario Sale Gosse, assez longue elle aussi et dont le final semble très prévisible, tire sa richesse des péripéties du personnage principal. Entre les deux, nous avons À La Dure, où la réalité de la situation se dévoile petit à petit pour nous sauter au nez comme l’odeur putride de la mort à la toute fin.

N’était-ce pas Fritz Leiber le grand écrivain de science-fiction et de fantasy qui avait qualifié les livres de « maîtresse de l’érudit »?

Ur – Stephen King.

Il y a Ur, chère à mon cœur pour sa connexion avec .. non, je vous laisse découvrir. Cette nouvelle à été écrite dans le cadre de la promotion de la liseuse Kindle à ses débuts, et le moins qu’on puisse dire c’est que je veux bien la même liseuse que le héros !
Billy Barrage m’a donné envie de m’intéresser de près au baseball – ce que j’ai fait depuis. Elle n’est d’ailleurs pas toujours facile d’accès pour nous, petit français, peu rompu au vocabulaire et aux us de ce sport. Morale, Mister Yummi, Ce bus est un autre monde, Le petit dieu vert de l’agonie, tant d’histoires aussi délicieuses les unes que les autres, de petites tranches de vie où l’horreur et le fantastique font irruption de manière magistrale. Feu d’artifice imbibés régale par son humour. Le tonnerre en été m’a rappelé Le fléau d’une certaine manière par son côté apocalyptique, angoissant, dont notre génération Tchernobyl a déjà pu avoir un avant gout, et a réveillé les images de la Guerre Froide qui émaillent mon enfance.

Aux rangs des nouvelles sans plus il y a Batman et Robin ont un accrochage. Le grand public semble l’avoir beaucoup aimé, moi je suis resté sur ma faim. Après-vie m’a laissé dubitatif, un peu facile, tout comme Herman Wouk est toujours en vie, même si pour cette dernière, là encore, King dresse un portrait saisissant de l’Amérique profonde. N’étant pas ultra sensible aux poèmes, je ne garde pas un souvenir impérissable de Église d’ossement et Tommy, mais il est parfaitement possible que je puisse un jour développer cette sensibilité qui m’a déjà été donné de ressentir avec Baudelaire et ses Fleurs du Mal.

Conclusion :

Un très bon moment passé en compagnie du maitre. Une lecture fluide, divertissante avec cette intimité dans l’envers du décor, malgré quelques nouvelles qui m’ont moins percuté (mais seulement 5 sur 19 !). Je reviendrai probablement un jour dans son bazar, lire une nouvelle par-ci, par-là, car même si le format des textes sont courts, on a toujours quelque chose à (re) découvrir dans les nouvelles du ROI.

La note : 8/10

Edition présenté : Le Bazar des Mauvais Rêves aux éditions Albin Michel ISBN : 978-2226319418.