Revue Littéraire : Le Bazar des Mauvais Rêves de Stephen King

Bonjour à tous !

Me revoici par là. Ah.. les vacances, rien de tel pour bloguer un peu. Et rattraper son retard. Aujourd’hui je vais vous parler de mauvais rêves, ceux dont vous cherchez à vous extraire, en sueur dans votre lit, mais sans réussir à vous réveiller. Oui, il faut lire ce recueil dans le noir, tard dans la nuit, sur l’écran rétro-éclairé de sa liseuse avec le vent d’une tempête hivernale qui cogne sur les volets, et les sifflements stridents et chaotiques qui bourdonnent dans vos tympans, augmentant la sensation d’irréel et invitant le surnaturel. Ça sent le vécu ? Peut-être… Stephen King, c’est une main qui surgit de l’eau et vous agrippe par delà la surface de la mare au dessus de laquelle vous vous êtes penchés pour y regarder votre reflet, et vous attire dans ses filets, tout au fond, pour partager son festin de mort. Alors à mon tour de vous inviter à la table, prenez place n’ayez pas peur, tout est comestible..si, si, venez…

Le menu :

Mile 81
Premium Harmony
Batman et Robin ont un accrochage
La Dune
Sale Gosse
Une mort
Église d’ossements
Morale
Après-vie
Ur
Herman Wouk est toujours en vie
À la dure
Billy Barrage
Mister Yummy
Tommy
Le Petit Dieu vert de l’agonie
Ce bus est un autre monde
Nécro
Feux d’artifice imbibés
Le Tonnerre en été

Mon avis :

Ce n’est pas le premier recueil de nouvelles du Roi que je lis. Le tout premier fut Danse Macabre alors que je hantais la salle d’étude de mon dortoir au lycée, jusque tard dans la nuit, absorbé par ma lecture. J’étais fasciné par cette imagination fertile et morbide, et c’est à cette époque que j’ai ressorti la machine à écrire de ma mère afin d’écrire à mon tour, inspiré par Le Ver, ma nouvelle préférée. Entre temps, j’ai lu Différentes Saisons, Minuit 2, Tout est Fatal, et aujourd’hui voici donc à nouveau une magnifique boite de chocolat, offerte par mon auteur fétiche. Comme dirait Forrest Gump, ce qui est bien c’est qu’on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Écrire cette revue à froid, 4 mois après l’avoir terminé, avec juste ses notes Keep, ça permet de relativiser l’impact qu’ont eu chacune des nouvelles. La mémoire est un formidable océan dans lequel on plonge ses filets afin de voir ce qu’on va remonter, et les notes prises en cours de lecture aident à réactiver les souvenirs. Celles-ci sont révélatrices, certaines histoires n’ont même pas eu un seul mot. Ça ne veut pas dire pour autant que je ne les pas aimées, juste qu’elles m’ont moins captivé. Le recueil est globalement excellent, un des meilleurs. King s’amuse de tout, fait de tout, on a même le droit à un poème façon Poe (Église d’ossement), ou encore à une nouvelle à la Raymond Carver (Premium Harmony). Il offre ici un message d’amour à la littérature populaire américaine, et il tente de lui rendre hommage avec son humilité coutumière, lui qui restera probablement comme l’un de ses plus grands représentants et qui aura permis à la littérature de genre d’être reconnue comme de la littérature tout simplement.

La première chose frappante, c’est que chaque nouvelle débute par un petit aparté de l’auteur, une introduction dans laquelle il nous livre ses intentions. Et ça change tout. Cette intimité qui se crée, ce rapport où il nous explique la genèse, l’événement capté par son œil observateur et qui a amené l’idée puis la rédaction de la nouvelle, qui nous permet de mieux comprendre le processus créatif, nous immerge encore plus dans le récit qui suit. Ça a toujours été son style, il est vrai, de nous parler comme si nous étions seul avec lui, mais dans ce contexte c’est une véritable valeur ajoutée.

Alors qu’est-ce que mes filets ont remonté ? Tout d’abord Nécro, l’histoire d’un journaliste qui s’amuse à écrire des nécrologies au vitriol de personnes encore vivantes. ma préférée ! Je retenais mes rires, sans succès parfois, alors que je lisais tard et que tout le monde dormait autour de moi. Miles 81 également, la nouvelle d’ouverture, qui tient presque du roman tant elle est longue. Une nouvelle à l’ancienne, mais terriblement bonne. Il y a aussi quelques petites pépites comme Dune ou Une Mort, qui nous rappelle que la chute est extrêmement importante dans l’art de la nouvelle, et doit surprendre son lecteur. À contrario Sale Gosse, assez longue elle aussi et dont le final semble très prévisible, tire sa richesse des péripéties du personnage principal. Entre les deux, nous avons À La Dure, où la réalité de la situation se dévoile petit à petit pour nous sauter au nez comme l’odeur putride de la mort à la toute fin.

N’était-ce pas Fritz Leiber le grand écrivain de science-fiction et de fantasy qui avait qualifié les livres de « maîtresse de l’érudit »?

Ur – Stephen King.

Il y a Ur, chère à mon cœur pour sa connexion avec .. non, je vous laisse découvrir. Cette nouvelle à été écrite dans le cadre de la promotion de la liseuse Kindle à ses débuts, et le moins qu’on puisse dire c’est que je veux bien la même liseuse que le héros !
Billy Barrage m’a donné envie de m’intéresser de près au baseball – ce que j’ai fait depuis. Elle n’est d’ailleurs pas toujours facile d’accès pour nous, petit français, peu rompu au vocabulaire et aux us de ce sport. Morale, Mister Yummi, Ce bus est un autre monde, Le petit dieu vert de l’agonie, tant d’histoires aussi délicieuses les unes que les autres, de petites tranches de vie où l’horreur et le fantastique font irruption de manière magistrale. Feu d’artifice imbibés régale par son humour. Le tonnerre en été m’a rappelé Le fléau d’une certaine manière par son côté apocalyptique, angoissant, dont notre génération Tchernobyl a déjà pu avoir un avant gout, et a réveillé les images de la Guerre Froide qui émaillent mon enfance.

Aux rangs des nouvelles sans plus il y a Batman et Robin ont un accrochage. Le grand public semble l’avoir beaucoup aimé, moi je suis resté sur ma faim. Après-vie m’a laissé dubitatif, un peu facile, tout comme Herman Wouk est toujours en vie, même si pour cette dernière, là encore, King dresse un portrait saisissant de l’Amérique profonde. N’étant pas ultra sensible aux poèmes, je ne garde pas un souvenir impérissable de Église d’ossement et Tommy, mais il est parfaitement possible que je puisse un jour développer cette sensibilité qui m’a déjà été donné de ressentir avec Baudelaire et ses Fleurs du Mal.

Conclusion :

Un très bon moment passé en compagnie du maitre. Une lecture fluide, divertissante avec cette intimité dans l’envers du décor, malgré quelques nouvelles qui m’ont moins percuté (mais seulement 5 sur 19 !). Je reviendrai probablement un jour dans son bazar, lire une nouvelle par-ci, par-là, car même si le format des textes sont courts, on a toujours quelque chose à (re) découvrir dans les nouvelles du ROI.

La note : 8/10

Edition présenté : Le Bazar des Mauvais Rêves aux éditions Albin Michel ISBN : 978-2226319418.

l’Automne du King : mon tout premier challenge!

Un article un peu différent pour une fois, car je vais passer en revue non pas un mais quatre romans ! J’ai découvert tout à fait par hasard l’existence du challenge #automneduking sur Instagram. Comme je venais de finir de lire Le signal de Maxime Chattam, je me trouvais imprégné de l’humeur nécessaire à ce genre de lecture. De plus il me reste encore pas mal de King à lire et qui dorment dans ma PAL. Je me suis donc fait une petite sélection de 4 livres à lire entre le 20 septembre et le 20 octobre : Roadmaster, Doctor Sleep, Mr Mercedes et Carnets Noirs. Pourquoi ne pas aller jusqu’au 20 décembre comme le suggère le challenge ? Parce que Steven Erikson m’attendait avec la suite de son Livre des Martyrs dont le tome 4 sortait le 18 octobre plus d’autres livres que je m’étais promis de lire avant la fin de l’année. Voici donc mes retours dans leur ordres de lectures pour ce petit challenge, my first one.

Mr Mercedes

En 2009, dans le Midwest, alors que des centaines de chômeurs font la queue à l’entrée d’un salon consacré à la recherche d’emploi, une Mercedes fonce à toute allure dans la foule et fuit après avoir tué huit personnes. Un an plus tard, Bill Hodges, policier à la retraite, reçoit une lettre du conducteur, toujours en liberté, l’entraînant dans un vaste jeu du chat et de la souris.

Depuis longtemps j’étais attiré par cette trilogie dont tout le monde parle. J’ai donc entamé avec un certain plaisir ce King que je n’avais jamais lu. L’histoire se situe pendant la crise des subprimes en 2009, une crise financière qui a générée de grave problème d’emploi et d’économie aux USA, une crise que nous avons ressenti aussi en Europe mais avec une force moindre. Ici encore une fois, Stephen King nous dépeint l’Amérique profonde avec justesse et empathie. Si l’intrigue est plutôt agréable à suivre, je n’ai pas senti le Roi très à l’aise avec l’intégration des nouvelles technologies dans son roman (internet, téléphone portable etc.) De plus le temps utilisé ici est le présent, et clairement ce n’est pas ma tasse de thé. Certes, cela donne un rythme que l’auteur cherchait peut-être à imprimer pour simuler la course en avant de la chasse ouverte entre un flic et sa proie…
Ou est-ce l’inverse ?
En tout cas ça a gâché en partie mon plaisir de lecture, tout comme le fait de connaitre le tueur fou à la Mercedes assez rapidement dans le livre. Je peux comprendre ce choix narratif qui rend possible le jeu du chat et de la souris qui se déroule entre Hodges et le chauffard, mais au final ça, plus d’autres interactions entre les personnages que j’ai trouvé peu réaliste (je ne vous en dit pas trop pour ne rien dévoiler), ne m’ont pas aidé à faire décoller le plaisiromètre. Peut-être suis-je devenu trop exigeant avec le maitre ? Un bon moment mais sans plus.

La note: 6/10

Roadmaster

Un inconnu s’arrête dans une station-service perdue au fin fond de la Pennsylvanie, au volant d’une Buick « Roadmaster », un magnifique modèle des années 1950… qu’il abandonne là avant de disparaître. Alertée, la police vient examiner le véhicule, qui se révèle entièrement factice et composé de matériaux inconnus.

Et si rouvrir les portières de la mystérieuse automobile revenait à ouvrir les portes de l’horreur ?

Alors qu’il rentrait de sa résidence en Floride pour Bangor dans le Maine, Stephen King s’arrête à une station service en Pennsylvanie où il manque de tomber dans une rivière en sortant des toilettes situées à l’arrière du bâtiment. Sa curiosité l’a entraîné trop prêt du bord abrupt et seul un empan métallique se dressant au milieu de sa descente parmi une monceau de pièces mécaniques dormant sur le bord du cours d’eau, lui permettra d’arrêter sa chute. Il ne lui en faut pas plus pour mûrir une idée au volant de sa voiture alors qu’il reprend la route : Roadmaster est né.
Ce récit m’a transporté malgré un passage à vide vers la moitié du livre. Nous allons suivre la vie d’une unité de police d’état en Pennsylvanie qui cache dans un hangar une Buick Roadmaster depuis les années 70. Le jeune Ned Wilcox, dont le père il n’y pas si longtemps était encore un membre de cette unité, profite d’un boulot d’été dans le service des transmissions au sein de l’équipe policière pour remonter le temps et découvrir comment son père disparu trop tôt est mêlé d’une manière très intime à l’histoire de cette voiture.
A mi-chemin entre le fantastique et l’horreur, un peu à la mode de Lovecraft, ce livre est avant tout une histoire d’amour, celle d’un fils pour son père parti trop tôt. Avec sa narration si spéciale faite de flasback et de différents points de vue, il nous emmène sur les chemins de la mémoire le tout teinté d’une profonde réflexion sur la différence ou plutôt l’inconnu et les peurs qui en découlent. Un voyage dont on ressort fasciné par sa qualité narrative. Pas de grands méchants ici, ni de péripéties explosives, juste des hommes soudés entre eux par un secret qui les relie, dépassant leur entendement, et un jeune homme en quête d’identité et qui cherche à faire revivre son père au travers des souvenirs de ses collègues de la police.

La note : 8/10

Danny Torrance a grandi. Ses démons aussi… Hanté par l’idée qu’il aurait pu hériter des pulsions meurtrières de son père Jack, Dan Torrance n’a jamais pu oublier le cauchemar de l’Hôtel Overlook. Trente ans plus tard, devenu aide-soignant dans un hospice du New Hampshire, il utilise ses pouvoirs surnaturels pour apaiser les mourants, gagnant ainsi le surnom de « Docteur Sleep ». La rencontre avec Abra Stone, une gamine douée d’un shining phénoménal, va réveiller les démons de Dan, l’obligeant à se battre pour protéger Abra et sauver son âme.

Le point d’orgue de cet automne frissonnant. Le chef d’oeuvre de ce mois de lecture royale. Stephen King renoue avec un personnage qu’il avait laissé alors âgé de 5 ans devant un hôtel en cendre et orphelin de père. J’ai lu Shining il y a plus de 25 ans et c’est donc avec un réel sentiment d’avoir vieilli en temps réel avec lui, que j’ai retrouvé le petit Dan Torrance qui a eu une vie bien difficile après la mort de son père, plus que la mienne en tout cas. Entre son pouvoir qui ne cesse de le tourmenter et les traumatismes laissés par son père, il va tout doucement rejoindre le bar des loosers et s’abandonner dans la boisson. King parle souvent de l’alcool dans ses livres, notamment dans Les Tommyknockers où il nous campe un alcoolo en quête de rédemption. Ici, encore une fois, il retourne vers ses démons personnels au travers de l’écriture, avec la nuance qu’il ne boit plus, ce qui nous donne un récit où il n’est plus cet alcoolique cherchant à arrêter de boire mais plutôt le parrain qui guide Danny vers la voie de la sobriété. On parle souvent de cet aspect du livre lorsqu’on lit la promotion qui l’accompagne, mais le vrai nœud (sans aucun jeu de mot) de l’intrigue se situe ailleurs, avec Abra, une petite fille que l’on va voir venir au monde, puis grandir et s’éveiller au Shining d’une manière bien plus puissante que Danny. Jusqu’ici tout va bien dans l’univers du King, sauf que forcément un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.
Ah non ce n’est pas la bonne histoire..
Un grand pouvoir attise la convoitise de ceux qui s’en nourrissent. Et ce pouvoir va devenir l’attention du Noeud Vrai, une sorte de groupe de vampires qui se nourrissent de l’énergie vitale et surtout de la souffrance.
Avec ce livre, Stephen King revient à ses premiers amours avec brio et signe un récit fantastique-Horreur de grande qualité, porté par des personnages passionnant. J’avais vraiment l’impression de relire un de ces premiers romans, où la prose glisse toute seule et nous emmène au coin de la rue, dans le noir, là où les monstres existent et nous attendent. Un pur chef-d’oeuvre.

La note : 9/10

En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s’emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C’est compter sans les mauvais tours du destin… et la perspicacité du détective Bill Hodges.

Pour conclure ce challenge autour du King, je me suis plongé dans la suite de la trilogie Hodges. M’y plonger fut facile, en ressortir fut laborieux, en cause le temps utilisé dans le récit. Ce dernier se coupe en deux. Tout d’abord le passé : Fin des années 70, on nous raconte l’histoire de Morris Bellamy, fan invétéré de Jimmy Gold un personnage fictif de roman, qui vient s’en prendre à son auteur pour cause de retraite anticipé de son héros. Comment ne pas voir Misery derrière cette partie de l’histoire, la grande peur du King, le fan qui devient fou face à l’évolution de son personnage favori, et quand on voit certains débordements aujourd’hui autour de certaines grandes licences cinématographiques, on se dit qu’il a raison d’en avoir peur. Cette partie est rédigée à l’ancienne avec les temps classiques de la narration et c’est clairement dans ce récit qui fait un peu plus de la moitié de l’histoire, que j’ai pris le plus de plaisir. Le décor, les personnages, la magie fonctionnait bien qu’il n’y avait rien de fantastique dans cette partie. Serais-je nostalgique des années de mon enfance ?
La seconde partie se passe dans cette ville du Midwest présentée dans Mr Mercedes et débute le jour où Brady, le tueur fou à la Merco, fonce dans une foule en tuant 8 personnes, et en blessant d’autres gravement. Le père de Peter Saubers, un jeune adolescent, fait partie des victimes et c’est le jeune Peter qui malgré son âge va trouver une solution pour aider ses parents en temps de crise économique et familiale. Bien que l’histoire des Saubers et le lien qui est fait avec la première partie du récit soit plutôt bonne, encore une fois le retour du présent comme temps de narration ne m’a pas convaincu. De plus Hodges fait presque office de personnage secondaire, il a toujours un temps de retard. Le final est quand même bien écrit et plus réaliste que le premier, et le maitre nous donne les clés de liaison entre Monsieur Mercedes et le dernier tome de la trilogie, Fin de Ronde, au travers d’une unique séquence plutôt savoureuse. Une bonne lecture, mais qui aurait pu avoir une meilleure note sans mon aversion pour le présent en temps principal de récit.

La note : 7,5/10

Voilà, j’espère que cette revue de non pas un, mais quatre romans du King vous a plu! Pour ma part je me dirige vers d’autres eaux littéraires puisque je viens de terminer La Maison des Chaines, le quatrième tome du Livre des Martyrs de Steven Erikson , et que je vais entamer la suite de Wild Cards, Aces High, l’anthologie présenté par GRR Martin, mais pas avant avoir déguster Nightflyers et autres récits en guise de mise en bouche.
En attendant bonne lecture, et bon voyage sur les sentiers de l’imaginaire…

Bonsai!

Editions présentés dans cet article, pour Albin Michel : Carnets Noirs, traduit par Océane Bies et Nadine Gassie ISBN:9782226388971 . Roadmaster traduit par François Lasquin ISBN:2226150765. Pour j’ai lu : Mr Mercedes traduit par Océane Bies et Nadine Gassie ISBN:9782253132943 ; Doctor Sleep traduit par Nadine Grassie ISBN:2253183601

Revue Littéraire : les Tommyknockers de Stephen King

Toc toc .

Qui c’est?

C’EST NOUS!

LES TOMMYKNOCKERS !

Je ne pense pas qu’il soit utile de présenter Stephen King. Nous en avons déjà parlé sur ce blog. À bientôt 72 ans il n’a plus rien à prouver. Il est connu dans le monde entier, et si ce n’est pas votre cas alors vous avez vécu dans une grotte ces 40 dernières années. Cette réflexion m’amène à me poser la question : comment faites-vous pour lire mon article alors…? depuis votre grotte.

Je m’amuse depuis quelques années à relire les premiers romans du Maître, ceux d’avant l’accident de 1999, de la première période beaucoup plus horrifique, ceux de mes premiers plaisirs de lectures, assis sur les marches des escaliers de la cours du lycée, mon walkman hurlant Enter Sandman dans mes oreilles, un café dans un gobelet plastique de la machine à portée de main et une Camel pendant mollement à mes lèvres. Les Tommyknockers que je vous présente aujourd’hui avait cette particularité que je ne le possédais pas. Lors de ma première lecture, au lycée, un ami m’avait prêté son édition France Loisirs. Du coup je ne l’avais jamais re-feuilleté comme je le fais avec la plupart des livres que j’ai, ne serait-ce que pour m’imprégner à nouveau de l’ambiance ou relire une passage que j’ai aimé. L’attraction pour ce titre fut donc décupler par mon désir de le posséder et de redécouvrir l’histoire dont seuls quelques filaments verdâtres traînaient encore pendouillant mollement à mes souvenirs de jeunesse.

C’est donc avec impatience et plaisir que je m’immergeai dans ce livre écrit au milieu des années 80, qui est probablement le dernier qu’il ait écrit sous l’emprise de certains produits stupéfiants et de l’alcool. Mais je reviendrai plus tard sur l’implication de son état physique lors de l’écriture. Tout d’abord découvrons le résumé.

Quatrième de couverture:

Tard, la nuit dernière et celle d’avant Toc! Toc! à la porte – les Tommyknockers Les Tommyknockers, les esprits frappeurs… Je voudrais sortir, mais je n’ose pas Parce que j’ai trop peur du Tommyknocker.

Tout commence par les rythmes apaisants d’une berceuse ; et pourtant, sous la plume de Stephen King, les vers anodins se muent en une inoubliable parabole de l’épouvante, qui entraîne les habitants pourtant bien sages et terre à terre d’un paisible village dans un enfer plus horrible que leurs plus abominables cauchemars… ou que les vôtres.

Une histoire fascinante et démoniaque que seul Stephen King pouvait écrire. Et lorsqu’on frappera à votre porte, par prudence, mettez la chaîne, si tant est qu’une chaîne suffise…

Mon avis :

Première partie ou présentation des protagonistes.

Ce livre se découpe en 3 parties. La première présente les deux personnages principaux. Tout d’abord son héroïne, Roberta Anderson, romancière de western qui vit seule avec son chien, un Beagle nommé Peter, dans la petite ville de Haven dans l’état du Maine. Elle découvre par hasard en trébuchant dessus un morceau de métal qui dépasse du sol dans le bois derrière chez elle et il va très vite devenir une obsession. Les obsessions sont une idées récurrentes chez King. Creuser…creuser..mais pour déterrer quoi? Quelque chose qui va changer la vie des habitants de Haven. Une invasion sous forme d’évolution, d’amélioration.

Puis nous faisons la connaissance de Jim Gardener, Gard comme elle le surnomme, son meilleur ami qui fut un temps son amant. C’est un professeur d’université qui a deux passions dans la vie : la première c’est l’alcool, la seconde combattre le nucléaire. Quand je dis deux passions c’est un euphémisme, ce sont bien sûr plutôt des obsessions.

Notre bon vieux Jim nous offrira certaines des scènes les plus éloquentes de cette première partie en terme d’humour et de réflexion sur notre espèce, car bien sûr Stephen King ne se contente pas de raconter une histoire, chaque mot, chaque phrase, est calculé pour nous faire réfléchir. Ses personnages, toujours aussi bien construit et qui paraissent tellement réels grâce à son phrasé unique et leurs travers, leurs faiblesses, très proches des nôtres, nous interrogent sur notre monde.

Un des bons vieux arguments de Gard contre le nucléaire est l’exemple de la catastrophe de Tchernobyl. Car l’histoire se passe en 1988 et je rappelle pour tous les petits jeunes qui me lisent et ceux qui ont passé les quarante dernières années dans leur grotte que le 12 avril 1986 la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine vit son réacteur entrer en fusion, suite à des défauts de conception et surtout aussi à pas mal d’erreurs humaines, et exploser provoquant ainsi un nuage radioactif qui recouvrit une bonne partie de l’Europe et votre serviteur par la même occasion alors qu’à l’époque j’habitais dans l’Est de la France. On peut supposer que King a rajouté ces éléments en cours d’écriture car les dates à la fin du livre indique qu’il a commencé la rédaction de cette histoire en 1982. Or, à cette époque, à part quelques incidents survenus sur des centrales aux États-Unis tel que Three miles Island, Il n’y avait rien eu de tel ailleurs. D’ailleurs je crois que c’est la première fois qu’écrire un livre lui a prit aussi longtemps, d’après les dates données par l’auteur, il a passé 5 ans sur cette histoire.

Est-ce que M. Kilowatt était un Ami de la Poésie? Presque autant, se dit Gard, que lui-même était un Ami de la Bombe à Neutrons.

S.K

Nous voici donc avec deux protagonistes bien différents et qui pourtant nous ont déjà accrochés par leur côté obsessionnel à tous les deux. Ils vont bien sûr être réunis pour le meilleur et pour le pire.

Deuxième partie ou quand le King écrit beaucoup….

La deuxième partie du récit s’attache à nous présenter la ville où se situe l’histoire. Et bien que boulimique de lecture et grand fan de son style, j’avoue que par moment il y eut certaines longueurs. Evidemment tout arrive à qui sait attendre et l’on découvre toujours au bout d’un moment à quoi nous sert la présentation de certains personnages, mais il faut être honnête, beaucoup ne servent à rien si ce n’est agrémenter le décor, et montrer de quelle manière l’excavation en cours chez l’héroïne influe sur le comportement des habitants de la ville. L’auteur se fait plaisir avant tout, après tout il a le droit, et certaines de ses petites histoires sont sympa, mais dispensables pour la plupart.

Troisième partie ou quand l’histoire monte en puissance.

C’est dans la troisième partie que tout s’accélère enfin et que les choses se décantent pour nous emmener vers un final, plutôt indécis jusque dans les dernières pages. Pour ceux qui disent que le Roi ne sait pas terminer ses livres, ici je ne suis pas d’accord. Le final me semble juste et sans ambiguïté. Et le maître mot qui me vient à l’idée c’est Rédemption. La rédemption d’un alcoolique qui avec ses maigres moyens tente de sauver le monde (rien que ça!). De quelle menace et y parvient-il? je vous laisse le découvrir. Cette réflexion est presque anecdotique car le plus important, c’est que ce livre a sans doute aidé son auteur à se sauver lui-même. Comment ne pas voir le parallèle entre ses propres problèmes de drogues et d’alcool et l’obsession, thème majeur du livre, dont font preuve les protagonistes, obsessions qui les tuent petit à petit, consciemment même par moment, tout comme lui se détruisait aussi à cette période de sa vie de la même manière.

Stephen King nous dit dans Ecriture, mémoires d’un métier :

Attention il spoile un peu l’histoire, vous êtes prévenus!


« Au cours du printemps et de l’été 1986, j’ai écrit Les Tommyknockers, travaillant souvent jusqu’à minuit passé, le cœur battant à cent trente, des boulettes de coton enfoncées dans les narines pour étancher les saignements provoqués par la coke.

Les Tommyknockers est un récit de science-fiction dans le style des années quarante, dans lequel l’héroïne, un écrivain, découvre un vaisseau extraterrestre enfouis dans le sol. L’équipage est toujours à son bord, vivant, mais en état d’hibernation. Ces créatures envahissent votre cerveau et se mettent simplement… à vous tommyknocker. Vous bénéficiez d’une certaine énergie et d’une forme superficielle d’intelligence, en échange vous donnez votre âme. Telle fut la meilleure métaphore pour les drogues et l’alcool que put trouver mon esprit fatigué et en surtension. »

SK

Conclusion:

Lovrecraft n’est jamais bien loin chez le Roi, et ce récit de science-fiction semble très inspiré par l’auteur de Providence. Malgré quelques longueurs dans la deuxième partie du livre, j’ai passé un excellent moment à le relire. Son style inimitable et sa narration m’ont porté tout du long. J’ai lu la dernière partie du livre sans m’arrêter, engloutissant les 300 dernières pages et finissant très tard au cœur de la nuit, encore émerveillé par la dernière vision de Gard notre poète anti-nucléaire. Comme d’habitude le temps de lecture y est pour beaucoup dans ma note, car il reflète mon attrait pour le livre, et quand vous lisez un livre de près 1000 pages en version poche en seulement quelques jours vous ne pouvez nier avoir pris du plaisir!
Je recommande ce livre à tous les fans de la première période du King, et tous ceux qui aiment la SF. Evidemment l’avancée technologique dont nous sommes témoins rend obsolète certaines des prouesses des habitants de Haven, mais il faut savoir remettre les choses dans leur contexte : disons-nous que Jules Vernes n’est pas attrayant car la technologie qu’il décrit est dépassée?
Pour ce bon moment, Monsieur King je vous mets la note de :

8/1O

Bonsai!

Edition présenté : Livre de Poche traduit de l’américain par Dominique Dill. 960 pages. Date de parution: 07/01/2004 – EAN : 9782253151463 – Editeur d’origine: Albin Michel

Revue littéraire: Histoire de Lisey de Stephen King

Histoire de Lisey, est un roman post-accident de King publié en 2006 au Etats- Unis. Je dis post-accident ? Oui, en effet je n’ai pas encore eu le temps de vous parler de cette théorie qui m’est propre (puisque je n’ai pas encore publié les parties 2 et 3 de mon article sur La Tour Sombre, oh le flemmard !!), mais pour moi il y a un avant et un après 19 juin 1999, jour de son grave accident (pour plus d’info je vous renvoie ici).

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Résumé (Quatrième de couverture):

Pendant vingt-cinq ans, Lisey a partagé les secrets et les angoisses de son mari. Romancier célèbre, Scott Landon était un homme extrêmement complexe et tourmenté. Il avait tenté de lui ouvrir la porte du lieu, à la fois terrifiant et salvateur, où il puisait son inspiration.

À sa mort, désemparée, Lisey s’immerge dans les papiers laissés par Scott, s’enfonçant toujours plus loin dans les ténèbres qu’il fréquentait…

Histoire de Lisey est le roman le plus personnel et le plus puissant de Stephen King. Une histoire troublante, obsessionnelle, bouleversante, mais aussi une réflexion fascinante sur les sources de la création, la tentation de la folie et le langage secret de l’amour.

Mon avis:

Il faut bien l’admettre comme beaucoup le disent, ce roman est vraiment à part dans son œuvre. Pourquoi ? Et bien tout d’abord parce qu’il parle d’amour, de l’amour d’un couple, avec son langage propre, ses rites. L’amour est parfois abordé dans les romans de King, mais pas de manière si intime. Evidemment le fantastique s’en mêle (sinon ce ne serait pas du SK ah ah !) mais il est au service de l’histoire d’amour entre Scott Landon, un écrivain et sa femme Lisey, et en aucun cas l’inverse.

Dur de rentrer dans l’histoire…

J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce livre, les premiers chapitres sont bourrés d’implicite et de sous-entendu comme si nous avions partagé leur vie, ce qui rend la lecture difficile, plusieurs fois je suis retourné en arrière vérifier si je n’avais pas loupé quelques choses. L’intention de Steve ne m’est finalement apparue qu’après lecture complète du livre : évidemment c’était pour mieux nous faire pénétrer dans l’esprit de la bidide Lizzi (comprenez « petite Lisey », ceux qui ont lu le livre comprendront !). Nous sommes en elle et – comme elle – remontons laborieusement le long chemin du souvenir, celui d’une vie passée ensemble, étape par  étape (Les stations du chemin de Nard… ).

Alors au début de l’histoire, nous ne voyons pas vraiment l’intérêt de cette plongée mémorielle. Et c’est là que King est vraiment puissant car plus le livre avance et plus nous comprenons – et rechignons, tout comme l’héroïne – à faire ce voyage dans le passé, car ce qui ressemblait à une banale histoire d’amour interrompu par la mort précoce de l’écrivain, et la mise en ordre de ses affaires, se transforme en une chute vers les abysses et les peurs de l’auteur mort, là où il puisait son inspiration. Vient s’y mêler en parallèle, dès les premières pages une intrigue en rapport avec les sœurs de Lisey. Nous nous attachons en fin de compte très vite à l’héroïne malgré ce coté un peu « je vais bien tout va bien ! » (faut le chanter pour que ça résonne dans vos tête!) ou « il faut que j’y pense pas », mais également à sa grande sœur, Amanda.

L’histoire s’accélère vers la moitié du roman quand enfin Lisey accepte cette remontée au source et choisit de suivre le long jeu de piste laissé par son mari à son intention. Et nous la suivons avec beaucoup d’entrain, au milieu du leg de Scott.

…Et alors, au final, c’est bien?

J’ai refermé ce livre avec beaucoup d’émotions différentes. L’amour tout d’abord, cette empreinte de la vie à deux se mêle à une sorte de mélancolie ou SK essaye de nous dire que le temps efface tout y compris les souvenirs et nous laisse seul face au vide de la mort. Vient donc ensuite la tristesse de la perte de ce temps passé et de leurs souvenirs. Je pense qu’une seule lecture ne suffit pas pour apprécier ce roman finalement méconnu du grand public. C’est avec plaisir que probablement je m’y replongerai dans quelques années. J’ai toujours aimé jouer au jeu des notes (même si ça ne reflète que mon avis personnel et certainement pas l’avis général), en prenant en compte l’histoire, le style – complexe pour le coup – et le temps que j’ai passé à le lire ( si je le dévore c’est qu’il est bon généralement !), cette fois-ci j’ai mis plus de temps à lire ses 750 pages que je n’en ai mis pour d’autres livres de la même taille et donc en conséquence je lui mettrai :

6,5/10

L’info en plus:

En 2003, alors que Stephen King sort de l’hôpital, où il est resté pendant un mois pour soigner une pneumonie, il découvre en rentrant son bureau repeint et rénové avec toutes ses affaires mise dans des cartons. Pensant que c’est à ça que la pièce ressemblera après sa mort, il commence alors à réfléchir à tout ce que son épouse, Tabitha (à qui il dédie ce livre) aura à gérer après sa disparition et ainsi naît l’idée du roman. Les sœurs de Lisey, font référence à celle de sa femme, dont il dit qu’elles ont « le truc des sœurs ». L’écrivain considère personnellement ce roman comme son meilleur livre. Histoire de Lisey a obtenu le prix Bram Stocker en 2007. Le roman à été traduit par Nadine Grassie et édité aux éditions Albin Michel en 2007, pour la France. 

Evidemment dans tout les romans de SK on retrouve des références à ses autres livres, c’est le cas avec le personnage de Jim Dooley qui n’est pas sans rappeler celui de John Shooter, du roman court Vue imprenable sur jardin secret (ou fenêtre secrète le téléfilm avec Johnny Depp pour les amateurs d’écran). D’autre part, l’action du roman se passe non loin de Castle Rock, ville fictive et récurrente dans l’œuvre de King et on y retrouve brièvement le personnage d’Andy Clutterbuck, qui était déjà apparu dans Bazaar. Le nom du romancier Michael Noonan, personnage principal de Sac d’os, est également évoqué plusieurs fois au fil des pages.

Voilà c’est tout pour cette revue ! J’espère qu’elle vous aura éclairé sans trop vous dévoiler l’histoire, et peut-être donné envie de le lire ! N’hésitez pas à laisser des commentaires j’y répondrai avec plaisir !

Bonsai!

Édition présentée: Albin Michel (2007). Titre original: Lisey’s Story. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nadine Gassie. ISBN/EAN13: 9782226179692. Disponible en format poche et en numérique.

Revue littéraire: Le cycle de La Tour Sombre par Stephen King (partie 1/3)

Once upon a time…

«Heureuse rencontre que la nôtre, si fait.» 

Roland Deschain, Magie et Cristal.

Bonjour!

Venez, entrez, asseyez-vous ! Vous devriez pouvoir vous trouver une place, l’endroit est tout neuf. Vous ne sentez pas l’odeur de la peinture fraîche ? Si hein ? Moi aussi, d’ailleurs je ne sens pas que ça, je sens le trac aussi. La frousse, les chocottes, les miquettes !  Tu m’étonnes ! Ce n’est pas facile de soumettre sa plume au regard des autres. Pourtant j’ai décidé de le faire. En fait, c’est surtout parce que je brûle de partager ces passions qui m’emportent depuis tout petit. Ces refuges de l’âme, des endroits créés par d’autres mais que l’on peut parcourir grâce à notre imagination. Et autant quand j’étais enfant il n’y avait pas d’autres choix que de rencontrer réellement des  gens pour échanger là-dessus, autant aujourd’hui on peut venir vers eux par écrit, sur un blog par exemple. Ce que je tente. J’espère que mes articles vous apporteront des renseignements ou des éclairages sur mes sujets de prédilections qui je pense sont les même que vous, sinon vous ne seriez pas ici. J’espère surtout qu’ils vous divertiront à défaut d’être suffisamment techniques.

Bien, vous êtes prêt ? Allez, on y va…

«Il y aura de l’eau, si dieu le veut.»

Stephen King, La Tour Sombre.

Pour ce premier article du blog, j’ai choisi de vous parler d’un cycle que l’auteur a mis 36 ans à écrire et que j’ai lu sur 12 ans. Enfin pas tout à fait, disons que quand je l’ai découvert il n’y avait que trois tomes déjà écrits et que je n’ai pu lire la fin que 12 ans plus tard quand les trois derniers tomes ont été écrits par le Roi (King= Roi    — Ah bon?     — oui oui…).

Donc il y a six tomes me direz-vous. En fait, non il y en a sept, plus un huitième paru en 2012.

Ok, mais là on s’y perd, pourrait-on avoir un ordre chronologique, quelque chose qui nous éclaire sur comment aborder ce cycle long de plus de 5000 pages ? Et puis ça parle de quoi d’abord ? D’horreur, d’Aliens, de monstres ? Stephen King est connu pour ça.

Bien, alors on va prendre dans l’ordre voulez-vous ? On va d’abord parler de la chronologie des tomes dans ce premier article puis nous aborderons les  thèmes dans le suivant, ce qui me permettra de vous donner dans le dernier de cette revue en trois partie, mon analyse (et mon avis, promis !) sur ce cycle, le tout en faisant le parallèle avec la vie de l’auteur, parce que voyez-vous la vie d’un auteur n’est pas un long fleuve tranquille et forcément sa vie impacte son œuvre, et vice-versa.

La composition du cycle

La génèse

Comme je l’ai dit précédemment il est composé de sept tomes plus un huitième écrit presque 10 ans après la fin du cycle.

Tout commença en 1966 lorsque le jeune Steve alla au cinéma pour regarder Le Bon La Brute et le Truand  de Sergio Leone. Ce film, il faut bien le dire est un monument du Western (Comment ça j’adore ça ? Ça se voit tant que ça ? Ah bon ? Ah ben oui  alors). Stephen King sera marqué par l’interprétation de Clint Easwood, par les décors, par la musique grandiose d’Ennio Morricone. Et du coup il rêve d’écrire sur ce sujet. Mais il se trouve qu’à l’époque ce qui se fait de mieux ce sont les Hobbits. Comme il nous l’explique dans la préface de la réédition du Pistolero (le premier tome de la saga) en 2003 qui s’intitule «on n’est pas sérieux quand on a 19 ans», il rêve également de suivre les traces de Tolkien mais il ne souhaite pas faire quelque chose qui ressemblerait à ce qu’il a écrit. Alors une idée germe dans le cerveau du futur auteur de best-seller : et si on combinait le genre de la fantasy et du western, ça donnerait quoi ?

Il ne s’y attelle pas de suite, il a le temps, beaucoup de temps devant lui, il est jeune! Il n’a même pas publié son premier livre.

En 1970, Il a un job à la bibliothèque de l’université du Maine, en parallèle de ses études. Un lot de ramettes de couleurs dans des dimensions excentriques (17,5 X 25) et d’un grain proche de celui de la carte apparaît dans les stocks mais sans aucune trace sur les comptes. Ils décident donc de se la partager entre étudiants travaillant là : sa future femme (Tabitha) en prit une (la bleu œuf de merle), son petit copain de l’époque une autre (la jaune coucou) et la verte lui échut.

Ce papier agit comme un moteur, un élément déclencheur et c’est sur ce papier vert d’un format peu conventionnel, hérité d’un stock fantôme (probablement un papier magique comme il le dit lui-même dans la postface de la première édition du Pistolero, puisque les trois étudiants sont tous devenus auteurs) qu’une nuit de mars 70, il couche la première phrase de cette fresque romanesque, devenu légende depuis :

«L’homme en noir fuyait à travers le désert et le pistolero le suivait.»

Pour la petite histoire, lors de la première édition française il était écrit «L’homme en noir fuyait à travers le désert et le pistolero le poursuivait.» Cette traduction sera révisé en 2003 par Marie de Prémonville (qui a révisé, harmonisé l’ensemble du cycle et traduit les derniers tomes) mais nous en parlerons tout à l’heure.

Il mettra 11 ans pour rédiger le premier tome, narrant les aventures de Roland de Gilead dernier Pistolero de l’Entre-Deux Monde parti en quête de La Tour Sombre. Il sera composé de cinq parties «Le pistolero», «Le relais»,« L’oracle et les montagnes», Les lents mutants» et « Le pistolero et l’homme en noir», qui seront publiées indépendamment dans un magazine appelé  » The Magazine of Fantasy and Science Fiction » entre octobre 78 et novembre 81 (après la publication de ses premiers romans). En 1982 les cinq parties sont réunies en un unique volume intitulé Le pistolero édité à 10 000 exemplaires. Ils disparaîtront rapidement laissant les fans perplexes sur ce livre apparaissant dans sa bibliographie au début de ses romans, mais impossible à obtenir. Très vite une forte demande intervient auprès de son éditeur de l’époque (Doubleday) pour une réédition et une suite.

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Les tomes 2, 3 et 4: L’auteur célèbre est né.

En 1987, alors qu’entre temps le succès est arrivé, ce sera donc la suite tant attendu Les trois cartes. Il a déjà vendu plusieurs centaines de milliers de livres dont plusieurs best sellers adaptés au cinéma ou à la télévision comme Carrie, Shining, Salem, Le Fléau, et sa notoriété n’est plus à faire. Il est traduit dans plus de quarante langues et bien qu’il ne soit pas reconnu par les instances littéraires « sérieuses » son statut d’auteur populaire lui convient très bien. Ce tome poursuit les aventures de Roland qui va rencontrer de nouveaux compagnons de routes dans sa quête pour la Tour, alors qu’il était seul depuis bien longtemps.

En 1991, ce sera Terres Perdues publié au milieu d’autres livres (Stephen King est très prolifique) dont les genres commencent à différer de l’horreur fantastique dont il nous avait jusque là gratifié ( des livres comme Misery par exemple ou Jessie). Ce roman permet le vrai départ, celui de la direction véritable que nos héros doivent prendre pour atteindre leur but: La Tour (« ta foutue Tour » comme dirait Eddie au Pistolero). On l’imagine presque se profiler à l’horizon au fil des pages alors qu’en réalité elle est encore loin, bien loin.

Mais il écrit cette histoire relativement lentement par rapport à ses autres livres et cela le peine autant que ses lecteurs. D’après lui seul 50% de ses Fidèles Lecteurs (comme il les appelle) ont lu son cycle de La Tour Sombre, et cela s’explique peut-être parce qu’il s’agit de Fantasy, bien que l’on y retrouve beaucoup du style (et d’autres choses …) de ses autres livres à l’intérieur, mais tout le monde n’aime pas ce genre (les a priori ont la peau dure!). Le King sort quasiment un livre par an si ce n’est deux, mais il n’a jamais réussi à faire deux années de suite sur La Tour, il a besoin de  se ressourcer entre chaque tome, ou d’attendre que la suite lui vienne (il a une explication sur le sujet), et il a d’autres histoires à raconter, qui parfois, elles aussi, sont difficiles à écrire comme Insomnie sortie en 1995.

En 1997 arrive le quatrième tome Magie et Cristal (qui a dit que c’est mon préféré ? J’entends quelqu’un qui le suggère là au fond, en chuchotant ! Eh bien oui c’est vrai. Nous y reviendrons lors des prochains articles quand je parlerai des thèmes de l’œuvre et de mon avis dessus). Pour la première fois nous allons visiter le passé de notre héros, Roland, et obtenons des réponses sur ce qui n’avait été que suggéré dans les tomes précédents.

The Turning Point

Nous voici donc à la fin du XXème siècle, la fin du monde nous est promise par des rigolos de tout genre et on parle du Bug informatique géant qui doit survenir dans les horloges de tous les ordinateurs du monde lors du passage à l’an 2000. Cela fait bientôt 25 ans que le Roi nous divertit par ses romans et autres nouvelles (il a composé de nombreux recueils, plus intéressants les uns que les autres). Mais pour lui le bug informatique aura le goût de l’acier, et de la morphine.

Le 19 juin 1999 alors qu’il se promène, comme souvent près de chez lui l’après midi, un van bleu le percute sur le bord de la route. Il s’envole dans les airs, projeté à 3 mètres de hauteur puis retombe, la tête pas très loin d’une grosse pierre, brisé de partout. Il est gravement blessé et passe très près de la mort. Après de nombreux mois à l’hôpital et  de nombreuses opérations pour sauver sa jambe droite notamment, il peut enfin rentrer chez lui et se remettre tout doucement au travail. L’écriture comme il le dit, dans son cas, sera réparatrice. Et malgré la douleur de la position assise, il recommence à écrire.

Pourquoi je parle de ça me direz vous ?

Parce qu’alors qu’il est en convalescence, la première chose à laquelle il pense c’est qu’il a bien failli mourir sans finir sa plus grande œuvre ! Si fait ! Il repense à ces lettres envoyées par des fans lui demandant de lui raconter la fin de cette histoire alors qu’ils sont sur le point de quitter notre monde (Stephen King nous parle dans son livre Ecriture : mémoire d’un métier de deux de ces lettres, je vous y renvoie si vous souhaitez en savoir plus)

Et, grand merci, Sai c’est alors qu’il se décide à terminer une bonne fois pour toute cette histoire qui n’a jamais cessé de le hanter. Il sent qu’il faut le faire et il en jurerait par sa montre et son billet.

Le grand Final (Tome 5,6,7)

«Monsieur, notre affaire à nous, c’est le plomb.»

Steeve Mac Queen, Les sept mercenaires.

Après avoir refait une courte incursion dans le monde du Pistolero en 2002 dans le recueil de nouvelles Tout est fatal avec « Les petites sœurs d’Elurie », l’auteur s’attaque enfin au gros morceau. Il publiera ces trois derniers tomes en l’espace de deux ans. Tout d’abord Les loups de la Calla en 2003, roman complètement inspiré du film Les sept mercenaires de John Sturges (à qui il rend hommage en nommant un des lieux de l’histoire « Calla Bryn Sturgis » ), lui-même inspiré du film Les sept samouraïs de Akira Kurosawa.

Puis viendra Le Chant de Susannah en 2004, roman centré sur le personnage éponyme et dans une structure plutôt différente des autres. Ce roman se lit plutôt vite comme si l’auteur avait réussi à calquer le rythme de l’histoire qui s’accélère pour ses personnages, le temps jouant contre eux, au sentiment qu’il doit se dépêcher, que finalement « le type au radar » comme il l’appelle est dans son quartier et qu’il va pas tarder à passer pour lui présenter la note de frais, le reléguant au même rang que Chaucer et Dickens et leurs œuvres inachevées.

Et puis fin 2004 l’auteur sort enfin le dernier opus intitulé sobrement La Tour Sombre, le plus gros volume de la série. Ça y est ! Enfin ! Roland approche du bout du chemin !

…Ou est-ce de « la clairière au bout du sentier », image représentative de la mort dans le cycle ?

En tout cas, ce volume conclut enfin l’histoire de notre Pistolero et de sa quête de La Tour Sombre. Comme dira Stephen King dans la toute dernière Postface :

« On ne peut pas dire que je raffole de cette fin, pour vous dire la vérité, mais c’est la juste fin. La seule fin, en fait. »

La collection avec les textes révisés des premières éditions.

En 2012, le Maître reviendra une nouvelle fois vers le monde de Roland, le temps d’un court roman intitulé La clé des Vents. L’auteur n’a finalement pas tout dit sur le monde du Pistolero et il en trouve encore le chemin. « Pour les fidèles lecteurs, ce livre s’intercale entre Magie et Cristal et Les Loups de la Calla… ce qui fait de lui, je suppose, l’épisode 4,5. » dira l’auteur.

Il ne nous est d’ailleurs pas interdit d’imaginer que suite à l’adaptation cinématographique (dont je ne parlerai pas ici faute de l’avoir vu), King puisse trouver un regain d’intérêt à écrire sur cet univers.

Pour conclure sur la structure du cycle, je vais faire un petit aparté sur la traduction française. On traduira les romans de la Tour Sombre à partir de 1990, quand l’auteur commencera à vendre en France en fait, à raison d’un par an (il n’y en a que trois d’écrit à ce moment là). Magie et cristal paraîtra en français un an après sa parution américaine, soit en 1998. Il en sera de même pour les trois derniers tomes : 2004 pour le tome 5 et 2005 pour les tomes 6 et 7. La traduction sera d’abord assuré par Gérard Lebec  (tome 1 et 2), Jean-daniel Brecque (tome 3 et le tome 4.5) puis à partir de 2002 Marie de Prémonville (tome 5,6,7) qui assurera également l’harmonisation de la traduction pour tout le cycle.

Si vous voulez en savoir plus sur ce travail de l’ombre, je vous renvoie vers cet excellent article d’un site francophone unique sur La Tour Sombre:

http://www.latoursombre.fr/news-211–exclusif-interview-de-marie-de-premonville-traductrice-de-la-tour-sombre

Ce site est une encyclopédie, sur le riche univers de cette série sans égal dans l’œuvre du King. Leur travail est formidable, et je tenais à leur glisser un clin d’œil ici (entre fan on va dire !)

Je vous remercie beaucoup-beaucoup de m’avoir lu jusqu’ici. Dans la deuxième partie, je parlerai des thèmes de La Tour Sombre, en attendant:

«Que vos jours soient longs et vos nuits plaisantes.»

S.K.

Bonsai!

Edition présenté: PANINI COMICS (6 février 2008) ISBN-13: 9782356160041 Collection : BEST OF FUSION