Revue littéraire : Les Souvenirs de La Glace de Steven Erikson

Alors que la chaleur bat son plein et que les hordes caniculaires déferlent sur ma région ultra tempérée amenant leur lot d’incivilités, des envies de fraîcheur, et de glace s’emparent de moi. Ahhh la glace… la glace !! Mon dieu ! Ma revue de 3e tome du Livre des Martyrs ! J’ai oublié ! J’ai oublié de la finir ! Allez hop, je mets ma polaire et on y fonce. Euh.. non. Mauvaise idée la polaire.

Quel plaisir de continuer la chronique de cette grande saga que j’ai découverte en 2019. Le livre des Martyrs ou Malazan Book of the Fallen dans son titre original, est une décalogie écrite par Steven Erikson. Depuis 2018, Leha s’est lancé dans l’édition et la traduction de cette œuvre après deux échecs de publication chez buchet Chastel et Calmann Levy. Force est de constater qu’ils seront allés plus loin dans la réalisation de ce projet que leurs prédécesseurs. À l’heure actuelle, 5 tomes sont déjà publiés et le 6e est sur les rails pour le mois d’octobre 2020 qui, sommes toutes, se rapproche bien vite. Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de la série, je vous renvoie à mon premier article sur le tome 1 Les jardins de la Lune, et celui sur Les Portes de la Maison des Morts.

Au départ, ce tome devait être le deuxième mais Steven Erikson perdit la carte mémoire avec les 350 premières pages déjà rédigées ! Par dépit, il choisit donc d’abandonner ce projet et se consacra à la rédaction du tome suivant qui finalement devint le deuxième : Les Portes de la Maison des Morts. Et quel choix judicieux dans la conception de la saga, car croiser les trames scénaristiques de son histoire aussi tôt dans la globalité de son récit a créé une intensité émotionnelle qu’il n’aurait peut-être pas atteinte si Les souvenirs de la Glaces avait été le deuxième tome.

Je précise que mes chroniques sont sans gluten, sans sucre, sans racisme – bien que ce soit un des thèmes centraux de l’oeuvre dans sa globalité – mais surtout, et c’est le plus important pour tout lecteur, sans SPOILER ! Du moins j’essaye, je suis bien obligé de vous donner quelques noms, de personnages, de lieux. Croyez-moi, il s’agit d’un exercice fort difficile parfois que de vous présenter un livre, une histoire, sans vous en révéler des pans entiers, d’autant plus quand il s’agit d’une oeuvre complexe comme celle-ci. Néanmoins je préfère vous en révéler la magie, les thèmes, vous donner envie sans vous montrer – tout le contraire du fameux « show, don’t tell » ! – et vous laisser franchir la porte de cet univers, seul, vierge de tout élément qui viendrait vous gâcher le plaisir de ce voyage inoubliable.

Quatrième de couverture

Le continent ravagé de Genabackis a donné naissance à un nouvel empire terrifiant : le Domin de Pannion. Telle une marée de sang corrompu, il se répand sur les territoires avoisinants, dévorant ceux qui refusent de se soumettre à la sainte parole de son tyran fanatique : le cruel Oracle de Pannion. Sur son chemin se dresse une improbable alliance.

L’Ost de Dujek Unbras et les Brûleurs de Ponts de Mésangeai sous les ordres de Ganoes Paran ont choisi de faire front aux côtés de leurs vieux ennemis : les forces du seigneur de guerre Caladan Rumin, les Tistes Andii d’Anomander Rake, le Seigneur de Sangdelune, et le peuple des Rhivis des plaines. Surpassés en nombre et se méfiant les uns des autres, ils devront se tourner vers de potentiels renforts, en particulier les Epées Grises, une fraternité de mercenaires qui a pour ordre de tenir à tout prix la ville assiégée de Capustan, mais aussi les Barghasts à Visage Blanc en proie à des querelles intestines. Mais les clans non-morts des T ‘lan Imass se sont également réveillés, répondant à un antique rassemblement ordonné par la première Jeteuse d’Os de chair et de sang à avoir vu le jour depuis plusieurs centaines de milliers d’années.

Dans l’ombre, une force plus sombre et malveillante semble menacer le monde. Une infection se répand, corrompant les garennes, souillant la chair de Brûle, la déesse endormie elle-même. À Morn, des tumulus profanés portent la marque du Chaos, promesse d’une effroyable renaissance. Et partout l’on raconte que le Dieu Estropié, désormais libéré de ses chaînes, chercherait à assouvir son impitoyable vengeance…

Marquant le retour de bon nombre de personnages des Jardins de la Lune et introduisant son lot de nouveaux protagonistes remarquables, les Souvenirs de la Glace se pose comme un nouveau chapitre capital au sein de l’éblouissant cycle de fantasy épique de Steven Erikson tout autant que comme un sommet d’écriture.

Mon avis :

Cette fois-ci, nous retournons sur le continent de Genabackis , décor des aventures du tome 1 que nous avions quitté pour rejoindre dans le tome 2 le continent de Sept-Cités, et nous retrouvons avec un plaisir non dissimulé les personnages bien connus qui en furent les protagonistes, et même certains que l’on croyait disparus ! Tout d’abord, avant de rentrer dans le sujet, j’aimerais rendre grâce au travail d’édition réalisé, car avec ces 1146 pages grand format, il s’agit d’un objet pas facile à assembler. Et pourtant le livre est somptueux. Il nous donne envie de l’ouvrir de tourner ses pages d’une blancheur immaculée, une blancheur de glace… Qui pouvait mieux saisir d’ailleurs l’essence même du livre et la mise en avant nécessaire pour la couverture que Marc Simonetti ? Ces tons de bleus glacés nous renvoient une fois de plus vers un des thèmes du livre : le froid. Une illustration encore une fois parfaite de justesse, de beauté, de précision, et de qualité.

Comme d’habitude l’éditeur nous offre de somptueuses cartes au début du livre, ainsi qu’un Dramatis Personae et un glossaire, en fin de livre, très utile lors de relecture, ou de recherche d’un élément. Je tiens à préciser que ce glossaire contrairement à un autre roman que j’ai lu en début d’année, La Fleur de Dieu et dont la revue ne saurait tarder, n’est pas nécessaire à la compréhension du récit, il s’agit plus d’un point de rassemblement d’informations, un compilation de connaissances. Ce tome se découpe en 4 livres, chacun représentant différentes étapes de la campagne militaire pourrait-on dire. Et comme d’habitude, il possède sa propre conclusion, pas de cliffhanger ou autre artifice du genre.

Une évolution, un tournant.

Là où ils marchent coule le sang…

Steven Erikson

Ce récit pose un nouveau jalon dans le cycle. Certains enjeux nous sont enfin révélés. Si jusque là Erikson se contentait de nous narrer l’histoire de personnages pris dans le tourbillon d’événements les dépassant, le tout sur un fond de règle d’un jeu quelque peu faussé par les manipulations des Dieux, cette fois-ci il choisit dès les premières pages de nous révéler des pièces manquantes du puzzle, que l’on ne pouvait pas au départ assembler, car il va remonter 300 000 ans en arrière ! J’adore ce genre de narration qui tient en haleine et permet la surprise. On a la sensation au fur et à mesure du livre que les enjeux augmentent. Habilement, l’auteur place ses éléments, dévoile le passé, se joue du lecteur. Avec Erikson, on ne sait jamais ce qui va se passer, on ne peut pas anticiper. On essaie de décrypter les intentions de chaque protagoniste mais c’est peine perdue, il est bien rare de tomber juste, et ce, pour notre plus grande surprise !

Onos en action. Crédit : Dejan Delic

Le sens de l’épique… Comme toujours

Si les tomes précédents avaient montré la capacité de l’auteur à nous présenter des scènes vachement badass, ce tome place la barre encore un cran au-dessus, sans conteste. Le siège de Capustan est magistral, la maîtrise de la campagne militaire aussi aboutie que dans Les Portes de La Maison des Morts, avec ce petit plus que les ennemis d’hier sont maintenant amis. Je vous laisse imaginer tout ce que cette situation implique. De nouveaux personnages, tous plus puissants et charismatiques, intriguant et énigmatiques, les uns et les autres, font leur apparition. Chacun a une parcelle d’histoire à révéler, un passé en embuscade. En terme de description, Erikson excelle dans le gore sans trop en faire. Il est magistral de bout en bout. Comme pour le tome 2, la tension monte tout du long, mais cette fois-ci, nous avons droit à deux paroxysmes, selon ma propre expérience de lecture bien sûr, un au milieu, et ce final, poignant comme dans le tome précédent, qui vous coupera le souffle.

Conclusion :

Un moment de lecture intense. 1146 pages de Fantasy grandioses. Le cycle a pris son envol et nous commençons à entrevoir les véritables enjeux qui se jouent dans le monde inventé par l’auteur. La narration s’améliore, se fluidifie, pour nous entraîner toujours avec son style ultra visuel, vers de grands moments épiques. Il forme avec le tome précédent un ensemble unique d’histoires croisées. À relire sans modération.

La Note : 10/10

Comme toujours, pour les anglophones, je vous conseille l’excellent podcast Ten Very Big Books, dont voici le premier épisode sur Les souvenirs de la Glace. Allez,

Bonsai !

Vous pouvez aller lire aussi les avis de Symphonie et du Chroniqueur

Toutes les images présentées dans cet article sont la propriété exclusive de leur auteur.

Auteur : Onos T'oolan

Lecteur assidu depuis l'enfance, je suis également rôliste, wargamer, un peu auteur à mes moments libres et fan inrockuptible de Rock et de Metal. Je me situe quelque part entre rêve et réalité, entre mes univers.

4 réflexions sur « Revue littéraire : Les Souvenirs de La Glace de Steven Erikson »

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